Un dimanche à Lîdje

Bien sûr, il y a des dimanches gris, comme quand Arno est venu. Mais, ici, on fait la fête quand même !  Ce jour-là, il y avait des cortèges, des fanfares enjouées et très douées, des défilés improbables, des géants trop grands, des fantassins sous mes fenêtres. 

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Ca tambourine, en tous sens …

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… ça cor-de-chasse, ça claironne, ça circule !  

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Epoque napoléonienne ?

Et puis, il y a des dimanche lumineux, comme quand l’été se poursuit. Et on fait la fête pour dire que c’est dimanche. Et qu’on n’a rien à faire que se promener à la Batte. Ecouter les bateleurs. Qui vantent et vous vendent des casseroles, époque titanienne. Et puis aussi des maillots fluos, des poulets cuits et des coqs encore crus. Des nippes comme des fripes. Des fruits et des fromages. Des chaussures, des chaussettes, des fleurs et des odeurs. Et puis des objets étranges, du troisième type, qui attirent les badauds. Le nez en l’air, l’air de rien. Tous de grands enfants comme ils sont. 

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Défilé de foulards

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Epoque Bastos ?

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Epoque Potale ?

Après, ils vont tous s’attabler à la terrasse pour goûter une bière et déguster l’été qui s’estompe. Impression fin septembre. J’ai enfin réussi à télécharger le dernier album de U2. Sur iTunes, vous savez que tout le monde peut en profiter, à condition d’être connecté faut-il préciser ? Il y a un peu de tout. Un morceau au nom de ma fille chérie, je suis flattée. Des marches qui ne sont pas militaires. Des marchés qui ne sont pas mitraillés. Ainsi va la vie, ailleurs et autour du Perron.

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J’en vois un qui a encore oublié sa Vespa ! 

J’espère qu’il reviendra.

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Sous les sunlights…

Le temps d’un éclair, je suis retournée à Brüssel, qui n’est pas si belle qu’on veut l’espérer. A la sortie d’une soirée peu arrosée mais très bien animée, j’ai vu ça ! N’est-il pas scandaleux ? Cet hôtel de luxe qui brille dans la nuit. C’est le parlement européen, vous croyez? Entièrement éclairé, à la vue de tous, à la sortie de la gare. Et ce député roumain qui a laissé sa porte ouverte. C’est son bureau, vous croyez? Il paraît même qu’il peut y loger. Il a un lit, une armoire, un évier, de quoi se restaurer, de quoi se reposer. Il y fait chaud et éclairé, comme vous voyez.

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Sur plusieurs étages, parcourant les coursives de ce paquebot géant, il y a plus de 750 chambres à l’identique. Vous me direz, il faut bien que la démocratie se loge quelque part. Ce n’est pas moi qui vous dirais le contraire. Je suis très attachée au bon fonctionnement des institutions européennes. Il arrive pourtant qu’elles disfonctionnent. Et qu’elles oublient de regarder par la fenêtre. Le monde autour. Et tous les logements qu’il reste à construire pour que chacun puisse avoir juste un endroit où dormir la nuit. 

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— No comment —
J’espère seulement que cette photo aura un prix.

La fille du père noël est sourde !

Arno est un chanteur que j’adore ! Il est le seul que je connaisse qui parvienne à massacrer si bien ses propres chansons ! Le son qui tue, c’est lui ! Double bouchons d’oreille et écouteurs rivés sur le pavillon, je l’entends encore hurler. La basse qui écrase. La masse qui s’abat. Le coeur qui bat. Et boum. Nous voilà à terre. Ecrasés. Le public liégeois reste sans voix. Une aut’ chanson ? Oui, mais par pitié, baisse d’un cran, Arno ! Arrête de crier. En français, en flamand, en anglais. Il t’est possible de chanter ? Juste chanter et chanter juste. Faire passer de l’émotion, comme tu sais si bien faire, dans les yeux de ta mère ? Je t’ai vu faire, je sais que tu peux faire. A Oostend, et comme partout. C’était… c’était, il y a peut-être dix ans. Comme le temps passe. J’étais si contente d’être allée à pied au concert dans la néoville. Je considère que c’est un vrai luxe de t’avoir à ma porte ! Ici, aussi, comme j’étais heureuse de te revoir. Je vis dans des villes formidables, où les sans-dents et les sans-terre viennent au concert avec leur bière. On est quand même tous des Européens. Alléï, alléï, c’est magn’ifik. On t’adore Arno, avec toutes tes failles.  Mais on t’aime plus fort encore quand c’est moins fort !

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LE SON QUI TUE  !

Avec tous ses spots et cette fumée, dire que j’ai même pas vu le présentateur, qui était très bien, paraît-il…

Train de vie

Pauvre de moi… je veux dire que d’être pauvre, je sais ce que c’est ! Surtout quand le dentiste vous engage à jouer au loto pour payer l’implant et la dent pour remplacer celle qu’il a vaillamment arrachée. Quand on n’a pas le sou, on n’a pas le sourire ! Parce que ça fait un trou béant, et pas que dans le portefeuille ! Il va donc falloir s’accommoder à vivre sans dent, comme tous ces gens si bien nommés. Mais on survit aussi, il suffit de manger moins !

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Ceci n’est pas Lîdje…

Comme à Brüssel, et comme partout, il y a des pauvres sans dent (pléonasme vicieux), qui traînent dans les rues, sans manger, parce qu’ils n’ont pas les moyens d’avoir faim ! On les croise à l’odeur aussi quand ils rassemblent la monnaie pour s’acheter un pack de mauvaises bières au carrefour du coin. Avec ou sans chien, il faut bien boire. En allant vers la gare, qui est centrale et souterraine, il y a un long couloir famé d’affamés, de tous âges, qui y passent la journée. En sortant de la gare, qui est centrale et sous les arbres, il y a un square mal fréquenté. De ceux qui attendent un train pour rentrer ou un autre train pour changer de vie. Des jeunes gens qui passent en quête de passe. Des rêveurs allongés sur l’herbe, qui fument. Des voyageurs mal informés, avec des valises à rouler. Des cyclistes en espérance de vélo et des voleurs qui tournent en boucle. Une pissotière fraîchement repeinte, donc forcément peu utilisée ! Partout, des zombies. Et puis, au pied d’un vert cerisier, une plaque qui dit… 

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“Cet arbre est un monument vivant
à la mémoire des morts de la rue”

J‘ai relu deux fois, en français, et en flamand aussi c’est écrit. Mais je suis un peu illettrée, j’ai pas tout compris tout de suite. Et puis mon franc (ancien) est tombé. Frissons dans le dos. Parce que la rue peut tuer ? Et pas que les voitures qui ne respectent pas les limitations de vitesse ? Des gens transparents, dont on se souvient seulement parce qu’ils sont morts de froid, de faim, de rien ! Ne va pas jouer dans la rue, me disait ma mère, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Et puis, lave-toi bien les dents, avant d’aller dormir.

Le train serait-il moins dangereux que les pavés goudronnés ? J’ai repris celui sur-bondé qui réunit les trois régions du pays, d’Oostend à Eupen, et comme partout. Puis, de la gare des palais à la place du marché, j’ai croisé les mêmes pas-encore-morts mais sans arbre. Le soir, sur la place grande, je suis allée au concert gratuit. Gratuit, merci qui ? Il y avait tout de suite beaucoup de plus de monde ! Des gens qui s’offraient des bières sans soif. D’autres qui jouaient au loto à gratter pour gagner à vie. Parce que le spectacle était sponsorisé, qu’est-ce que vous croyez ! La vie, c’est une question de Chance. Antoine passait par là, et il était franchement mauvais. Mais on ne va pas lui dire, pauvre garçon. Ensuite, il y a eu un moment magique, dont j’espère que tout le monde a pu profiter. Complicité, avec l’étudiante musicologue, sous les étoiles et avec des musiciens déchaînés, sous les sunlights. Franchement, ceux-là, ils sont bons ! Et ça, oui, ça vous réconcilie avec la vie.

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Puggy in the sky forever !

Des hommes et des cloches

Vous connaissez tous, enfin ceux qui me connaissent depuis longtemps, mon affliction partagée — je veux dire mon aversion déclarée— pour les cloches. Surtout celles qui sonnent de manière inconsidérée le dimanche matin, le samedi soir, au baptême et à la messe. Depuis quelques jours, silence radio ! Aucun réveil matin à 8h, aucun mariage, plus aucune demie de l’heure sonnée. A la rentrée, les cloches disparaissent-elles avec l’été ? Muettes désormais, dans une ville très catho mais très protestante aussi dans ses choix.  Peut-être que les honnêtes citoyens non-chrétiens ont eu raison du bourdon ?

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Comme un Lego© avec des hommes

Vous connaissez tous, enfin ceux qui me connaissent depuis toujours, ma nature résolument optimiste. Je ne doute de rien ! Pas même de l’improbable. Régulièrement pourtant, je suis confrontée à la réalité. A la banalité des évidences, au poids des traditions.  Non, les cloches n’ont pas mystérieusement, ni spontanément, disparu ! Elles ont subi une cure de rajeunissement… ou mieux. Tout simplement, de bonnes âmes ont veillé à leur remplacement. Avec nos deniers sonnants et trébuchants, les voici, toutes neuves et pimpantes, qui vont sonner de plus belle. Elles sont deux, qui font la paire. Ah non, trois que voilà. Réjouissez-vous bons paroissiens, les citoyens mécréants ne dormiront plus en paix le dimanche matin.

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La montée au clocher… et de une… 

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… et de deux…

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… et de trois, qui s’envolent… 

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… mais pas jusqu’au ciel !
Un homme les glisse dans le trou,
un autre viendra, qui les fera sonner !

 Mais un doute m’habite… 
je n’ai pas vu redescendre les vieilles cloches !
L’église va-t-elle sonner deux fois plus fort ?

 Spécial dédicace
à un pas-très-cloche qui se reconnaîtra.

Gris bleu avec l’automne

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Stockholm ? Nancy ? Wien ?

Dans la ville, je n’arrive plus à me promener, mais seulement à courir. Enfin, courir, c’est vite dit ! Disons que je me déplace le plus rapidement possible d’un point à l’autre, à pied, en bus, en taxi… Dans les ruelles mal pavées, sur les hauteurs mal famées. Faut pouvoir relativiser. Mais que cette ville est étendue et mal foutue! On y circule très mal, vivement le tram ! En même temps celui-ci ne fera jamais que suivre les berges de la Meuse, là où on aurait pu mettre en place un système de navettes fluviales. Elles auraient eu l’avantage de pouvoir passer plus facilement d’une rive à l’autre et d’une rive à l’autre Je rappelle qu’il y a non seulement l’Ourthe mais aussi l’Outremeuse. Mais surtout comment rejoindre la colline de cointe, seraing et angleur, la côte de ans, les usines de herstal, ougrée pollué, grivegnée, tilleur, saint-nicolas, le père lantin, le cimetière de robermont, la citadelle, le standard, le zoning de milmort, le géant suédois d’hognoul, le sart tilman, l’aéroport de bierset et la très belle gare des guillemins ? Voilà que je suis bien contente de vivre au coeur historique et pas dans la cité du bourdon.

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Du jaune, un peu partout,
qui n’égaye pas tout…

Aucune solution raisonnée parce que contrairement à d’autres grands villes, il n’y a ni métro, ni tram, ni funiculaire, ni trolleys. Juste des bus régionaux, très jaunes et très tec. C’est-à-dire sans technologie aucune. L’horaire affiché à l’arrêt, papier déchiré ou électronique défaillant, n’est jamais respecté. On est chanceux aussi quand l’abri decaux, qui fait un bruit énervant en tournant, n’a pas été fracassé par des casseurs pendant la nuit ! Faut pouvoir s’adapter. Le numéro du bus est illisible à dix mètres. Autant dire qu’il a le temps de vous passer sous le nez avant d’avoir eu le temps de lever la main. Mais si vous courez (sic), il vous attend… longtemps ! Bien sûr, une fois dedans, c’est beaucoup plus rock’n’roll. Faut pouvoir s’accrocher, c’est généralement bondé et très secoué. Il y a des arrêts partout et on ne sait où. Après, pour choisir de descendre, il faut être inspiré. Aucune indication dans le bus, pas même un plan de la ligne. Les portes s’ouvrent de manière aléatoire, en fonction des platanes ou des passagers trop chargés. Struggle for life, Mais en même temps, comme les gens parlent facilement, tout çà reste bon enfant… quand on a le temps !

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Bus liégeois bleu…
Photo non contractuelle

Gris soleil descendant

Aujourd’hui fut un grand jour ! Evacuation de la cuisine qui m’empoisonnait l’air et l’existence. Je comprends mieux pourquoi maintenant ! La hotte était fausse, les plaques en trompe-l’oeil. Pas de rat crevé mais de vraies saletés, tant il est vrai que celles des autres sont toujours plus sales. Pourtant, vous me direz qu’elle était belle et bleue, cette cuisine ! Certes, mais sous son joli sourire que de dents cariées ! Or, vous savez comme va la vie. Un jour, on n’a plus le temps, ni l’argent d’aller chez le dentiste. Il se pourrait même qu’on devienne pauvre, quelle horreur ! Ou polonais, comme un édenté que je connais qui se dit prêt à bricoler l’électricité du couloir. Vous savez à 2,62m de haut ? Il ne manquerait plus qu’il se fasse mal en descendant ! Oui, je sais, pardon…

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Bleu trompeur…

En attendant, à la recherche d’une nouvelle cuisine, je suis partie, sur le net et dans la ville. A la découverte de rues inconnues, en outremeuse et en roture, “où jamais tu n’iras”, me disait ma mère ! Je me demande bien pourquoi? J’y ai vu l’église saint-pholien, qui est triste à se pendre. Juste à côté, une librairie dédiée au fameux commissaire. Juste à l’angle, un grand café où j’ai hésité à entrer. Sur la devanture, il est marqué en grand le nom de mère-grand qui jamais n’a tenu un café en roture ! Sinon, je l’aurais su, vous pensez bien. Son frère obscur alors ? Le mal-aimé et le maudit, qui aurait réussi à vivre du débit de boissons ? Un mystère qu’il me plairait d’éclaircir, voire même d’écrire. Un quart de siècle après la disparition de Simenon, oserais-je me lancer ? Vous me direz, de nos jours, n’importe qui écrit n’importe quoi sur à peu près n’importe qui, aussi. La trash-vérité, ça s’appelle, parfois aussi TV ou encore VT, comme vite torché.  

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Face à malsain-pholien…

Après, j’ai traversé la dérivation qui nous complique la vie, parce que la Meuse se divise et que les ponts se multiplient. Je suis arrivée dans un quartier sans nom, matongé qui pourrait rivaliser en nombre d’affreux coffrés et de coiffeurs afros au mètre carré. De ceux qui proposent des coupes de footballeurs, très moches, avec photos à l’appui. Ici, on les voit en vrai ! C’est moche tout pareil mais très ressemblant. En même temps, j’avoue que je connais peu les stars de la coupe du ballon rond. Aussi, je me suis demandée si j’étais toujours à Lîdje ? Le ciel était gris et pollué. Les maisons étaient grises et polluées. Les rues étaient chaudes et polluées. Les gamins étaient bruyants et à vélo. Les filles étaient… non, les filles n’étaient pas dans la rue, sauf une petite de six ans sans ses dents, assise sur le seuil de sa porte. Les femmes étaient enceintes, avec des landaus et des tresses. Non, pas en détresse. Tout ça reste bon enfant, comme vous savez. D’ailleurs, leur sourire est éclatant ! Et puis, de ce côté-là, ils ont de la chance. On voit bien qu’ils ont l’électricité à tous les étages. Evidemment, comme tous les belgicains désormais, il n’est pas sûr que ça pourra durer tout l’hiver ! Disons seulement que d’être dans une grande ville, pas vraiment belle, eh bien,,, c’est déjà ça !

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Ce ne sont pas des oiseaux migrateurs…