Deux ans plus tard…

Il y a 730 jours exactement naissait ce blog. Il était supposé vous raconter notre vie mouvementée, vous conter nos journées balancées entre le gris du Nord et le bleu si bleu du Sud (bien qu’il arrive que la tendance s’inverse). 284 notes plus tard, nous en sommes toujours là !  A ne pas savoir si la vie partagée est une vraie vie ou seulement une vie rêvée, si la vie de compromis sans compromission est une solution. Et avec deux maisons, comment ne pas perdre la raison ? Et avec deux chats ? 

12222 clics plus tard, à raison de 510 clics par mois, soit quelque 17 clics par jour, vous êtes passés, vous êtes revenus, sans générer aucun revenu ! Pas tous en même temps heureusement ! Parfois même sans se connaître, en touriste. Mais souvent, c’est le plus important, en ami. Pour avoir des nouvelles de la couleur du ciel. Pas toujours serein, quelque peu incertain. Nos humeurs changeantes ont pu en dérouter certaines. Et nos coups de gueules en refroidir plus d’un. Ce n’était pas le but. Parfois, la marmite bout alors qu’on n’arrive pas à la faire bouillir ! Toujours, pourtant, avec la même volonté de vous informer, de vous divertir, de vous rassurer, de vous amuser et de vous aimer. Avec des photos, avec mes mots. Merci de votre fidélité.

L’an 15 approche, déjà quatorze s’en va sans autre guerre. Les chiffres sont plus rassurants que les images à la télévision. Un vent d’optimisme est la meilleure chose qui pourrait nous arriver, même si on sait qu’il faut continuer à lutter pied à pied, ne rien lâcher. Ca va encore tanguer. Pour ce qui est de déménager, on a déjà donné ! Chacun sait qu’entre deux accalmies, Mistral souffle sans relâche! Je vous souhaite une année bien arrimée, avec la faculté de pouvoir profiter de chaque moment de répit. La vie se déguste avec modération, à chaque gorgée de soleil.

Enfin, tout n’est pas perdu ! En deux ans, nous avons quand même trouvé la réponse à une des questions posées ! Pourquoi dit-on “en Avignon” ? Les festivaliers vous diront qu’ils descendent tous au festival “d’Avignon”, mais aussi que c’est une expression de Parisiens, à qui on a fait croire qu’on disait “en” pour qu’ils se croient “in” !  Les puristes vous diront qu’on dit “à” Avignon, comme à Ostende et comme partout, mais que l’usage du “en” n’est pas condamné par l’Académie française ! Les intégristes vous diront qu’on s’en fiche comme d’un vulgaire fichu qui ne couvre même pas la bouche-du-rhône. Les nostalgiques vous diront que Mistral aurait dit “en Avignoun”, car l’occitan —qui n’est pas le provençal— ne supporte pas l’hiatus. Les historiens, pas tous croyants, vous diront que c’est l’ancien état pontifical qui justifie l’usage d’une résidence “en Avignon comme en Provence”. Enfin, l’information qui me plaît, est celle qui dit qu’on est “en Avignon” parce que c’est une ville dont on franchit les remparts ! Cette explication me semble logique de conforme. Je vous l’offre en cadeau de fin d’année. Rendez-vous à la prochaine ! Portez-vous bien. Soyez heureux Cool  

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Ceci est un chat qui s’adapte,
tant bien que mal,
à l’environnement d’une
étudiante japono-musicologue
.

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Les mêmes qui ont échappé à Alf…
c’est pourquoi l’image est floue !

BONNE ANNEE !!!

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Treize desserts

Il existe, paraît-il, une tradition très ancienne qui veut qu’on fête le moment où les jours se mettent à rallonger ! Cette période où la lumière triomphe des ténèbres, quand les nuits deviennent progressivement moins longues, revient chaque année, ce qui est plutôt encourageant ! Tout se passe comme s’il devenait soudain possible d’inverser le cours des choses, d’arrêter la course du temps pour repartir dans l’autre sens.  De quoi se réjouir à chaque fois ! L’occasion de se rappeler qu’il faut souhaiter que les hommes et les femmes vivent en paix sur cette terre qu’ils empruntent aux générations futures. Après, bien sûr, chacun mettra des sapins décorés, des nains dans les crèches, de rouges capuches, des bulles en coupe, des chapons rôtis, des guirlandes au balcon, des bûches dans l’âtre, des bûches aux marrons, glacées, à la crème, au chocolat, au café, non sans façon, merci, ça ira, pour cette fois !

Dans le Sud, la tradition est celle des treize desserts. Je vous épargne l’énumération. La liste se résume à des fruits secs, confits et frais, de la fougasse à l’huile et des figues sèches, des noix et deux sortes de nougat. A l’occasion, je vous posterai un article sur le Noël provençal, qui vaut à lui seul tout un poème de Mistral, et sur la période de la calendale qui dure près de deux mois ! Pour l’heure, je vous mets la photo de la table aux desserts provençaux revisités à ma façon ! A la place du melon, je mets des bergamotes ! A côté des calissons d’Aix et des nougats de Montélimar, je mets des biscuits de Reims, des baisers de Malmédy, des spéculoos de Dandoy, des amarettis sardes, des chocolats belges et bien sûr des madeleines. C’est tout moi, ça ! Naturellement, je vous invite à partager et à venir déguster, si vous passez par Liège, un de ces jours prochains… Le soir de Noël, on y mange des bouquettes ou boukètes ! Et ça c’est drôlement bon, j’en reprendrais bien, tiens  😉 

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  Si vous comptez bien,
il y a en bien plus de treize…

Que vous soyez seul ou nombreux à table,
soyez heureux d’être là !

Enfin, une anecdote pour la fin du repas.
Vous savez d’où vient l’habitude de manger une bûche  ?

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Sentiments en rose

Derrière chez moi, passe le bus, et à un saut de puce, il y a une place. Celle du marché, celle du marché de noël, celle qui à l’année nous fait marcher. Et même acheter. C’est le centre, le centre historique et commercial, là où on commère et on achète. Donc, j’ai pris le bus, à la nuit bien avancée. Le marché était fermé mais les bars toujours à bras ouverts. Les passants peu nombreux mais tous joyeux, on voit bien que noël approche. En ce jour le plus court, on court on court, les courses toujours. Mais là, sur la xième place, sur le podium où le matin même dansaient des filles très peu vêtues, un cube de verre attire tous les regards. Trois y sont enfermés pour cinq jours et cinq nuits sans dormir. Ni boire, ni manger me dit une dame. Son mari l’a reprend : il paraît qu’ils peuvent boire, et même manger mais que du liquide ! Et il semblerait aussi qu’ils dorment ! Donc, en fait, ils sont juste enfermés ! Et ils font quoi au juste ? De la radio derrière un micro, et derrière une vitre !

Mais c’est pour la bonne cause. La musique a du coeur, répète l’animateur, qui écourte les disques sponsorisés par des auditeurs attendris. Les pauvres enfants, ce sont les enfants des pauvres. Et des sous il faut récolter parce que charité bien ordonnée commence par balayer devant sa porte. L’animatrice, derrière la vitre, se démène avec une énergie peu commune. Elle a mis des ballons à la place des seins. Je ne vous parle pas des corps-saints, vous aurez compris que je suis remontée dans le Nord. Elle est super sympa qui fait des sourires à la foule en délire. Enfin, plus exactement aux trente personnes qui se pressent encore à cette heure tardive, hésitant entre sortir au carré ou rentrer au dodo.

Il fait froid mais il ne pleut pas. Il ne pleure pas non plus le gamin qui regarde, en buvant sa soupe avec son pain, assis à même le sol. Il est venu avec sa petite soeur et ses parents d’accueil, du village de soumagnes-sur-les-hauteurs pour apporter de la soupe à ceux qui dorment dans la rue. Mais à Verviers, aucun n’a voulu de la soupe que sa néo-mère a préparé avec les dons de tous les gens gentils du village. Alors à Liège, ils sont partis à la recherche de ceux qui errent. Je leur ai dit que, pas loin de chez moi, dans les portes cochères, on trouve des gens endormis sur des cartons. Mais il n’est pas sûr qu’ils voudront d’une si bonne soupe préparée de si bon coeur ! il se pourrait même qu’ils grognent parce qu’on les réveille. Et ils ne sont pas en cage non plus, ni derrière une vitre. Zut alors, ce sont les enfants qui vont être déçus ! Pourquoi tu ne veux pas de ma soupe, me demande la petite fille…

Après, d’autres dans la cage de verre sont entrés, déguisés en frères ennemis qui font semblant d’être amis, ou plus certainement l’inverse. Une bande de potes à rire et plaisanter, qu’on regarde tels des bonobos dans leur bocal, qu’on écoute tels des pinsons dans leur caisson. Ils sont convaincants et convaincus, en direct et sur écran géant. Comment ne pas les suivre ? Les comiques se moquent, les sapeurs se désapent, les motards déboulent. D’autres viendront apporter leur obole, modestement, convaincus qu’il y a toujours plus pauvres qu’eux. Et d’autres encore donneront, à leur bon coeur, toute la nuit et demain. C’est tellement bon enfant ! Ca déconne autant que ça donne. Ca dégouline comme du rimmel. C’est triste à pleurer. Alors, j’ai repris le bus dans l’autre sens. Avec l’envie de gueuler que, décidément, c’est pas comme ça qu’on va y arriver.

Faut arrêter de servir la soupe populaire sur les ondes publiques vendues à la publicité ! Demain, à l’église tout à côté que vous savez, c’est le souper des pauvres, m’annonce la bonne du curé. Charité bien ordonnée réchauffe les coeurs en hibernation. Après avoir donné, on s’endort apaisé, n’est-il pas vrai ? La solidarité reste à réinventer. 

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Photo d’un chat attendrissant,
qu’on appelle chakénathon

Des illusions…

Alors, il y a Souchon, sa voix et ses paroles en chanson…  On ne dira jamais assez combien bien ce passage-là était vraiment bien ! Ces moments qu’on grappille et qui nous font une vie. Instants suspendus comme des refuges. Le bonheur, c’était quand ? Peut-être quand j’écoutais la radio, dans une chambre à Avignon, en vous écrivant des mots bleus… Depuis deux ans déjà ! Je relis ce que j’ai écrit. Le froid et le vent, le soleil jusqu’à la mer, le rhône et les drônes, les platanes et les ânes, les leçons et les faucons, les cigales et le train, puis le bleu et tous les bleus. Ceux qui vous réchauffent, ceux qui font mal au coeur. Le bleu par-dessus les toits, le chat et puis Mistral.

Cette quinzaine fut particulièrement, étonnamment, curieusement, cruellement grise. Mais, ce qui est bien quand on est dans le Sud, c’est qu’on peut voyager, rayonner, s’évader ! J’ai même essayé de rouler à trottinette, vous dire si c’est chouette ! L’année prochaine, j’attaque la bicyclette. Quelques photos glanées, je vous laisse deviner où… et débusquer les intruses. Indice, aucune photo n’a été prise à Avignon. 

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 En demi-teinte

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En attendant Ségo…

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… que voilà !

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Clocher déguisé en station radio
pour mieux tromper l’ennemi.

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Marche de Noël bien aligné
mais peu fréquenté

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Illusion acoustique

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Le Sud, il paraît que les Romains
s’y sentaient bien Cool

Ca tombe bien, moi aussi !
J’y reviendrai…
et je vous y attends déjà.

Action, on tourne !

Parce que la roue tourne comme les manèges de mon enfance. Mais la vie, cadet roussel, n’est jamais aussi sage que sur un carrousel ! En ces jours, toujours plus courts, une naissance pour une disparition. Et d’autres qui viendront. Parce que les lumières de fin d’année sont celles de l’espoir, sans autre religion, d’un monde de paix et de solidarité. Parce que demain, je n’irai pas travailler. Parce que ça sent bon la lavande et la lessive qui sèche. On dirait le Sud, même en hiver.

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  On disait que j’étais à Avignon,
avec Souchon au balcon…

Musique en noir

Il est 11:11 ce 12.12 quand la lumière s’éteint. Une voix me parvient, de loin. Par delà les monts, les plaines et les rivières, depuis des mois, depuis des ans, une voix familière me suit. Où que j’aille, elle m’accompagne, dans mes rêves et mes désillusions, mes désirs et mes délires. Une voix enrouée qui ne peut se résoudre à annoncer ce qui est écrit. La route enchantée, c’est fini. La vie en chanson, c’était bidon. La radio, une option. L’émission va s’éteindre. Non pas sans un dernier feu d’artifice, exceptionnel. Son plaintif comme c’est triste. Et sans explication. Disparaissez sinistre sire, plaisante le faiseur. Je dégage, rétorque celui qui est déjà parti. Voilà, c’est fini. Dernière pirouette pour une marionnette. Un mal de tête me taraude, je ne capte plus rien… Alors, je suis montée, comme on monte pour prier, là où ma vie se rassemble. Aux dentelles, qui me ressemblent, pour respirer. En cette grise journée, j’ai appris tour à tour le décès d’une mère, la disparition d’un sage, la solitude d’un ami désormais muet. Putain de réseau, plus moyen d’envoyer un texto.

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Où on voit bien
les différentes nuances de bleu…

Mensonge en blanc

Parfois, on se dit que la vie vous poursuit. Par-delà la mort. Par-delà les monts, les océans, les frontières, et tous les kilomètres qu’on peut mettre pour trouver la paix intérieure. Le 10, ma mère mourait. Le 11, ma mère naissait. Depuis huit ans, je n’ai jamais vraiment réussi à me faire à cette réalité, qui tient à un jour près. A une année, moins un jour. A un jour de douleur en moins, pour elle. A une éternité de silence pour nous. Alors, de la ville nouvelle j’ai fui. Jusqu’à Liège, sur ses pas, dans son ombre, j’ai marché. Mais que l’histoire est pesante ! Alors, jusqu’à Avignon, sur le pont, j’ai été me réfugier. Que la lumière me réchauffe ! Reconstruire des histoires.

Mais voilà que les images qui voyagent nous rattrapent. A un jour près, en ce mois de décembre. Au plus profond de l’intimité, au salon de l’amitié, me voilà foudroyée. Voilà que sa chambre d’hôpital resurgit, huit ans plus tard, sur le petit écran ! Cauchemar vivant. Les couloirs, les portes, les fenêtres, l’odeur qui traverse les murs. Et voilà que le médecin honni, réapparait. Voilà que celle qui a refusé d’administrer à ma mère la dose létale, se drape dans sa foi de bonne chrétienne, de fervente catholique et se pose en modèle de vertu ! Voilà qu’elle vient dire, tout sourire, qu’elle accepte à regret les dernières volontés d’un mourant. Voilà qu’elle parle de surmonter l’hypocrisie… Je m’étrangle.

Que n’ai-je assez pleuré ? Que ne l’ai-je assez suppliée pour qu’elle accepte, une fois seulement, d’écouter ma mère ? Pour qu’elle accepte d’abréger ses souffrances. Un jour de plus, un jour de moins, dit-elle à l’écran, de toute façon, il leur faudra bien mourir. Elle se repaît, elle se complait, de la souffrance des autres ! Si j’avais pu lui crever les yeux, lui arracher la langue, lui écorcher les veines, lui tordre les bras pour qu’elle prenne la seringue. Mais non, elle était sourde à nos cris, aux hurlements de maman, à la pestilence qui gagnait. Et elle est là, devant moi, devant nous, tout sourire, sainte-corinne-devande-ouste. Bien vivante, parlant à la France entière de l’euthanasie, elle qui, en vérité, n’a pas pu se résoudre à la pratiquer. Elle n’a jamais posé le geste qu’il fallait. Aujourd’hui, elle choisit d’écrire un livre mais laisse à d’autres le soin de poursuivre le traitement palliatif, hypocrite. Quand Bérénice l’infirmière a placé la perfusion de morphine, au soir de mon anniversaire, elle a dit “ça devrait aller vite maintenant”. Dix jours d’agonie !!! Huit ans que je me tais.