Je suis Zélène

Il y a du bleu, il y a du blanc, il y a de l’espoir. Pas trop d’illusions, quand même, il faut rester vigilants. Mais quel souffle d’air, sur un air de sirtaki et un concert de bouzouki ! Ils nous ouvrent la voie. Les-Zéllènes, j’ai envie d’être à leurs côtés pour construire une Europe moins austère et plus solidaire. Plus verte aussi et laïque aussi. Je crois bien que c’est le sens que j’ai donné à ma vie depuis que… j’ai vingt ans ! Un jour, dans ma vie, j’ai eu vingt ans au bord du golfe de Corinthe qui ressemble à un gouffre, sur la piste de Marathon à moto, dans les ruines de Mycènes, sur la plage de Corfou, sans colosse à Rhodes, à Grégolimano en bateau, à Paleo Fàliro en terrasse, à Néa Smyrni en avril, dans les rues d’Athènes et sous les cieux de Santorin. Je suis née de la mer Egée et fille d’Europe. D’ailleurs, à l’étudiante qui est partie cette semaine à London, j’ai rappelé qu’il fallait essayer de ramener les frises que vous savez !  

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Un soir, dans ma vie, j’y étais…
et je crois bien que j’y suis encore.

C’est le bleu que je préfère !
(photo Santorini- Postcard)

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Néva que voilà !

La voilà !!! Enfin, dit ma fille qui attend ça depuis trois ans qu’elle ne l’a plus vue ! Parce qu’en Avignon, non. Parce que l’année passée, au balcon en béwé, rien que de la pluie. Et puis, parce que cette année, à Lîdje, on a été servi après tout le monde ! Donc, la voilà ! Mais je vous préviens déjà, elle ne tiendra pas ! Vous pouvez venir sans vos raquettes et en train, c’est plus certain, pour éviter les dérapages incontrôlés dans la côte de Ans. 

Fin des examens ! Enfin, dit l’étudiante, qui attend ça depuis trois mois. Parce que, oui, ça commençait à bien faire cette session. Tant des questions sans réponse au milieu des charlots de feu. En janvier, cette année, on a eu droit à Paris-Akbar en direct sur toutes les chaînes. Avec des discours qui s’ensablent et des images qui s’enflamment. Même pas drôle. Alors, on a éteint la télé qu’on n’a pas et repris les jeux de société qu’on avait. Et on s’est bien marré ! Enfin, surtout celle qui a gagné… Mais, je me disais, ce serait bien quand même qu’on invente un jeu nouveau pour renouveler le plaisir de nos soirées enneigées  !

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Blanc, c’est blanc… 
Il n’y a que des bancs !   

Debout les gens !

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Dimanche matin, à la batte, il y a des gens et des jeans. Il y a un peu de tout. En bord de Meuse, il y a des gens qui passent en long et des pantalons froissés à repasser. Des vestes, des pulls, et des doudounes aussi, parce qu’il fait froid en hiver. Moyennement froid, quand même, pour un mois de janvier ! La neige tarde et ne s’attarde pas. Il fait suffisamment bon pour s’asseoir à la terrasse, à regarder ce qui se passe. Et là, ça vaut vraiment la peine. Parce que le bleu est bleu. Et le temps insouciant pour un instant. 

Au bout de la rue, une voiture de police banalisée s’est mise en barrage pour éviter le parkage sauvage. Inoffensive, anodine. Ils sont gentils, par ici, les flics, je vous ai dit ? Sauf quand on vient les énerver, un peu comme le torré ! Assise au café du coin de la rue, je me fonds dans le décor et j’observe. Un jeune couple va partir voir ses parents. Il charge le kangou du bébé et de ses langes. Un bambin geint dans sa poussette. Un barbu à lunettes. Un vieillard à vélo se faufile, son panier décroché. Une dame parle à son téléphone au foulard accroché. Deux touristes teutons en version sac à dos. Un couple de visiteurs étonnés sort du musée. Un étudiant trop pressé. Un mendiant à la main tendue et au ventre vide. Une femme endimanchée tellement trop maquillée. Une africaine en boubou et ses deux bouts-de-choux. Un noir au bras d’une blanche. Un gamin ramasse une branche, on est dimanche. Une poivrote et son caddie de mari qui porte les poivrons. C’est vivant le marché à Lîdje ! C’est bariolé. Sur la place, les pigeons ont cédé la place aux mouettes.

Hormis les agressions, le quartier est très agréable. A l’été, les stewards remplacent les policiers. Plus loin, ils ont rasé la prison et l’armée n’a pas encore débarqué. Et puis, les voisins sont charmants, je vous ai dit déjà ?  D’habitude, à son voisin, on demande un oeuf, du sel ou du lait, au pire du café ! Mais comme tout change et que la société évolue, à mes voisins, j’ai été demander à pouvoir me connecter au service fédéral des taxés désaxés. A l’heure de rendre la déclaration, pour un boîtier défaillant, pour un module à mettre à jour, pour un programme inaccessible, me voilà gros-jean-comme-devant. Alors, j’ai été frappé. Dessus, dessous. A gauche, à droite. Ils se sont mis à quatre. Comme dans une bande dessinée, d’une case à l’autre je suis passée. C’était drôle, c’était simple, c’était bon enfant, parfois énervant, mais au final, c’est parti ! Taxée, je serai ! Belle preuve de solidarité. Ensemble, les gens sont plus intelligents… 

Je suis down…

Down le clown ! L’humour est le trait qui se perd le plus facilement quand tout dérape. Vous vous imaginez sur une route verglacée, à vous demander si la porte du frigo est bien fermée ? A la seconde même, le second degré vous échappe. Voilà une espèce en voie de disparition, que dis-je, en complète extinction. Fermer les bans ! Quoi, en plus, vous avez oublié d’éteindre le gaz ? Et pan, c’est l’explosion. Non pas qu’on n’arrive plus à rire des choses qui nous arrivent mais qu’on n’arrive plus à en rire avec les autres. Le clown est triste. Il a un petit air de Charlot qui serait comme un-Charlie-Chaplin-qu’on-plaint. Vous n’êtes pas obligé de sourire mais on peut essayer la grimace. Je vous sers la soupe ?

Vous dire qu’en principauté, on est gâté ! Les forces spéciales d’intervention interviennent. Et pas dans la dentelle. Dans la laine bien tissée. Et la laine, en réseau tricoté, pour la démanteler, il faut tirer un bon coup. Voilà qui est fait. Maintenant dans les rues, on attend l’armée, car la police est menacée. Mais que fait-elle, claquemurée, soudain incapable de protéger les honnêtes citoyens, tous enrôlés sous la bannière de Jesuis ? La libraire, à la porte fermée, me dit qu’elle a été braquée, la semaine dernière, avec un pistolet, par un encagoulé qui lui a pris la caisse de la journée. Je vous dis tout ? Il ne voulait pas le dernier exemplaire de Charlie hebdo. La librairie est à 100 m de chez moi, dans une rue commerçante, celle qu’on prend chaque jour pour aller et venir dans la ville, tranquillement. Affable, elle me prévient aussi que la femme d’un voisin a été agressée, en revenant du restaurant, sur la place… heu… la place où j’habite, à tonze heures du soir ! Vous aurez noté la faute de goût ? Et dire que je n’ai rien entendu, ni vu, peut-être même que je ne dormais pas. C’est très rassurant d’habiter en ville. Mais que fait la police ? Et les voisins ? Et la presse ? Je ne voudrais pas vous mettre la pression mais décidément ça tangue drôlement !

Alors, avec l’étudiante, on grappille des moments de soleil. Précieux instants. Entre deux révisions très baroques, quelques crêpes avant la chandeleur pour nous rappeler le temps de l’hypokhâgne, celui où on mangeait des pâtes à l’eau sous le pont que vous savez. Pour ne pas perdre l’habitude du minimum vital. Le luxe, maintenant, ce sont les chats qui se prélassent comme des pachas. Et puis, les livres qu’on ouvre à la page des sept petits bonheurs… Se dire qu’on a beaucoup de chance de pouvoir écouter sans fin the liberty of norton folgate.  

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Que font ces pigeons devant ma porte réunis ?

Je suis Dany …

Ces jours-ci, j’ai souvent écouté Dany le Rouge, Dany le Vert, l’impertinence déconcertante, l’analyse extralucide. Et puis aussi Dany, qui trouve si bien les mots avec la voix de Renaud. C’est le Mauro, cliquez sur la photo !

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Putain, ça tangue…
pas facile de trouver l’équilibre  !

Je suis Schubert…

JesusChristi, JesuisChris, JesuisCharlie, aussi. Et ce matin, JesuisXavier ! Mis en croix et aussitôt ressuscité. Tout va si vite qu’on n’arrive plus à suivre. Petit résumé, vous voulez, de la semaine écoulée ? Non, en fait, vous êtes saturé. Ecoeuré, dégoûté, mobilisé puis démobilisé, à essayer de ne pas être récupéré.

Mercredi dernier (putaing une semaine déjà, on dirait qu’un siècle a passé), j’avais raconté comment chacun pensait ce qu’il voulait, aux marches du Perron. Chacun était venu avec sa grille de lecture des événements. Fastbook faisant, les policiers agissant, les terroristes terrorisant, les manifestants manifestant, les politiques politisant, tout s’est emballé. Chacun a continué à s’écrier et à déconner pour ne pas péter les plombs. Les larmes au bord des lèvres, à vouloir commenter, informer, déformer, dessiner, chanter, à faire valoir son opinion. Réagir, mais comment ? Se faire entendre pour évacuer le trop plein de peine et d’incompréhension. Avec des certitudes bien ancrées comme pour se rassurer. Chacun avec son explication, derrière le carton noir des anonymes, sur la toile et dans la foule. Aujourd’hui, chacun se précipite au kiosque, par solidarité, par curiosité, non sans ambiguïté.

Dans la rédaction d’un journal de la Capitale, qui sévit également en bords de Meuse et qu’on appelle Gazette dans le Centre, un journaliste a osé critiquer l’odieux collage fait du carnage intervenu en Ile-de-france. Aussitôt mis à pied, menacé d’être licencier -heu non- licencié (faute grave), les réseaux se sont mobilisés. JesuisXavier a fleuri, le journaliste a été réintégré. La liberté d’expression est sauve, le débat évité, la publicité peut continuer. Rien n’a changé, tout va si vite ! Certains même ne sauront jamais ce qui s’est passé. Les autres pourront continuer à se délecter des titres racoleurs, qui puent tellement qu’on n’ose plus les qualifier de torchons pour ne pas faire injure aux tissus à carreaux. Le rédacteur lui-même va-t-il se remettre en question ?

Récupération, vous avez dit ? Même pas. Juste de l’affolement général en période de grands doutes. Panique à mainstreet, on a la presse qu’on mérite. Réactions épidermiques. Ca nous démange tellement, et de partout. Soudain, on découvre les autres. Un avant-goût de l’enfer ! Des pans entiers de gens qui ne pensent pas du tout comme nous ! Des pans entiers de gens qui ne raisonnent pas comme nous. Des pans entiers d’une société qui ne vit pas comme nous. Non, je ne vous parle pas de religion, ni même d’éducation. Nous ne lisons pas tous les mêmes journaux ! Nous n’écoutons pas tous les mêmes radios ! Nous n’avons pas tous les mêmes référents. A la recherche du plus petit commun dénominateur, je suis.

C’est flippant. Tant de gens, tous différents, tous convaincus d’avoir raison et qu’on n’arrivera pas à convaincre du contraire. Avec les réseaux, on accède à des profils qu’on n’aurait jamais croisés dans la vraie vie. On découvre des idées pourries, des dessins géniaux, des arguments grinçants. En vrac, des âmes généreuses, de sinistres tocards, des autocars de sophismes, des Sophie rebelles et de belles bêtises. On découvre qu’il existe des gens très intelligents que personne n’écoute et des gens très bornés qui tournent en boucle. On découvre qu’à laisser parler ses tripes la tête vient à enfler, tant et si bien qu’à la fin… On découvre qu’on peut perdre un ami pour un bon mot qui a mal tourné ! On se découvre à polémiquer sur un sujet sans rien y connaître. On veut exister ! Etre bon et con à la fois. Etre Charlie, juste un jour. Un jour seulement !

Et pendant ce temps, heureusement, l’étudiante étudie. Sur un air de Schubert, se taire et réussir. Réussir à faire taire la haine qui monte et la peur qui sourd.  Réussir avec les honneurs au milieu des horreurs.

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Jeunes chats qui s’instruisent
sur fond de ventilateur.
C’est un peu n’importe quoi…
et ça y ressemble drôlement !

Je suis Charlie… ou pas

Ca se passe boulevard lenoir, mercredi. Je sens venir une larme et des cris. D’un revers de la main, je l’efface. Des fois, on ne sait pas bien ce qui se passe… Ca se passe sur l’écran, vers deux heures. Je sens monter la vague des profondeurs. C’est l’ultramoderne certitude.

Depuis qu’ils ont tout changé les programmes à la radio, je n’écoute plus. Plus vraiment. En tous cas, pas aujourd’hui.  Alors, c’est par les réseaux que j’ai appris l’impossible nouvelle, puis que j’ai compris, et que j’ai lu, et que j’ai commenté. Changer mon profil. Ajouter des images. Partager des textes et des dessins. Emouvants, révoltants. Modérer. Appeler à manifester. Agir pour ne pas rester sans réagir. 

Ca se passe sur le perron, vers six heures. Sur la place de l’horloge, c’est bondé. Ca se passe partout dans le monde révolté. Pour défendre la liberté de penser, quelques bougies allumées. Nous sommes cent et plus, pas mille. Faut le vouloir, il fait froid dans ce noir. Nous sommes là, chacun comme un charlie déguisé en charlot. Atomisé, pulvérisé sur l’autel de la violence éternelle. A se regarder sans comprendre. Un prend la parole, qui dit son amour de l’hebdo et ne trouve pas ses mots. Une fille émue qui ne dit rien qui soit audible. Un chômeur exclu qui dit tout de cette société pourrie. Une femme qui demande qu’on lève un stylo en signe de colère et de résistance. Puis, cet homme, en complet beige, la cinquantaine, la barbe claire et le teint pâle, qui dénonce le crime et s’indigne qu’il puisse être commis au nom du prophète. Représentant des musulmans, venu avec un message rassurant, pour défendre la liberté et la démocratie. Des paroles d’apaisement pour rassembler les fidèles, heu- les croyants, heu- enfin non-  les gens. Son discours était bienvenu et applaudi. Comme j’aurais aimé qu’il fut suivi des mêmes paroles d’apaisement et de rassemblement de la part d’un curé noir, d’un rabbin qui serait passé par là, d’un représentant de la laïcité qui se serait égaré ou surtout d’un édile de cette bonne ville. Mais non, silence radio. On n’entend plus que woulbeêke.

Alors, j’ai parlé autour de moi, il y avait des gens. Aucun n’avait été sur les réseaux. Et chacun se défiait de laisser parler l’émotion. Surtout des intellos, qui se revendiquaient scientifiques. Chacun voulait tenir un discours rationnel. “Mais à qui profite le crime? ” A personne, soyez-en sûr, même si certains vont vouloir profiter de la situation. Voyez déjà toutes les paranos qui enflent, et les complots du complot. “C’est la marine qui va tirer les marrons du feu”. Spéculations, anticipations, projections. La peur est palpable. “Terrorisme aveugle”. “On n’est plus à l’abri nulle part, on ne sera plus jamais à l’abri”. Heureusement, peu d’amalgames, mais beaucoup d’angélisme. “Attendons que justice se fasse”. “Il faut désamorcer ce geste. Ce sont des innocents comme les autres”… Victimes sur l’autel de la violence éternelle, on connaît la chanson !  

Alors, je m’énerve un peu. Non, ce ne sont pas des innocents comme les autres. Non, ce ne sont pas les victimes d’un attentat dans le métro saint-michel, ni sur la place-saint-lambert-juste-derrière. Non, ce n’est pas le hasard et ce n’est pas aveugle. C’est au contraire très ciblé ! Et ils ne sont pas spécialement juifs, comme à la rue des rosiers ou au musée. Ce sont des dessinateurs, des journalistes, des rédacteurs, des libres-penseurs, impertinents et mécréants. Ils ont été tués parce qu’ils ont osé penser et critiquer ! Ils ont bravé l’interdit de dessiner le barbu et ils ont continué malgré les menaces. Parfois la vérité crève tellement les yeux qu’elle devient aveuglante. Même mon frère de lait s’y perd, qui veut qu’on tempère et qu’on temporise, en attendant que la justice nous éclaire. J’attends pareillement des explications et une sanction exemplaire. Mais je ne peux nier que les victimes sont mes frères de crayon. Et qu’ils ont été tués parce qu’ils défendaient cette liberté qui m’est chère, entre toutes, celle de penser et d’écrire. Et que les policiers qui les défendaient ont pareillement été abattus. Parce que la démocratie est désormais en grand danger et que rien ne sera plus pareil.

Un jour, il y a longtemps, des croyants fanatiques ont tué Hypatia. Elle pensait librement sans jamais renier ce droit. Aujourd’hui, je suis celle-là. En pleurs, mais vivante pour continuer à le dire et l’écrire. Combattre tous les fanatismes. Un combat sans fin et très fin, avec des idées, avec des dessins, avec des chansons. Et dire qu’en plus, il n’y a personne. J’essuie mes larmes et mes doutes. C’est l’ultramoderne incertitude. 

 

IMG_1636.JPGSur le perron, liberté
j’écris ton nom !