Au train où vont les choses…

Pour que les choses soient claires, ce qui est bien, c’est qu’au Nord, il est marqué qu’on est au Nord. Tout est fait pour éviter la confusion qui naît si facilement quand on voyage entre ici et là. Quand j’arrive à Brussel, capitale de Flandre où les francophones sortent la nuit, venant de Hesbaye, c’est à la gare du Nord ! Quand j’arrive à Brussels, capitale de l’Europe où les eurocrates crastisent, venant de Provence, c’est à la gare du Midi ! Comme les choses sont bien faites…

Venant de Liège, toujours, c’est à Paris-Nord, que j’arrive …heu… que j’arrivais ! Parce que nenni, c’est fini ! On n’ira plus à Paris à grande vitesse sur la dorsale wallonne qui ne relie plus rien à rien, même plus Verviers à Tournai. Aucun train international ne passe plus dans la capitale de Wallandrie, Namur pour ceux qui auraient un doute. Sauf peut-être le direct pour Bâle, vers Chûr, qui n’est jamais en retard car c’est un train suisse,  très pratique pour aller à Davos ! Voilà comment enclaver une région.

Economiquement, culturellement et très logiquement, la Wallandrie a plus de liens avec Paris qu’avec Antwerpen mais ça tout le monde s’en fout ! Surtout le gouvernement néo-facho-vert-de-gris-tout-pourri-qui-fait-rien-de-bien-surtout-pour-les-wallons-bons-à-rien-tous-chômeurs-profiteurs-et-les-immigrés-mal-logés ! Laissez-nous une chance ! Juste une chance… mais non, trop cons ou trop malins ? Je le sens bien ce dégoût… qui monte, qui monte.

Alors, pour que ce soit bien clair, l’économie, elle va se faire locale, circulaire et solidaire ! Et ça commence près de chez vous, à côté de chez moi. La brasserie du rond-point, elle est du Nord. L’épicerie du coin, elle est du Nord. La monnaie, ce ne sont plus des coins, ni des cents, mais des valeureux. Comme d’autres ont du talent ou du blé, à Lîdje, on a de la valeur ! Des billets façon monopoly pour faire joli, des gestes citoyens pour faire plus sain et acheter son pain. D’accord, le pain n’est toujours pas terrible mais les légumes sont frais et bios. Les jus sont tautentiks, les fromages puants, les graines en vrac et les sacs dégradables, ou en coton ethik. Au Sud, c’est tout pareil ! A Avignoun, la monnaie, c’est la roue. Et elle tourne. Comme à la rue des teinturiers, comme à Athènes, et comme partout où les petits reprennent leur destin en main quand les grands ne font plus rien !  

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Non, je n’irai pas à Paris à vélo !

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Je suis pierre

Une statue ne parle pas. Celles de Cocteau regardaient. Celles de Mossoul avaient des ailes. Brisées les sculptures assyriennes de l’ancienne Ninive ! 5 millénaires réduits en poussière, 5 minutes ont suffi ! Peut-on continuer longtemps à se taire et laisser faire ? Le sang n’a pas coulé, ne restent que nos larmes. Les têtes qui roulent, les crayons brisés, les coeurs arrachés, les pierres en cailloux, ils sont fous. Fous à lier, qui pour les arrêter ? Il y a la rage et l’écoeurement, la nausée qui monte et qui déborde. Et ce silence oppressant qui sent la peur.

Avec l’étudiante en histoire de l’art se dire que, soudain, tout semble dérisoire si l’Histoire elle-même disparaît… Alors, on cherche des livres sur la théorie de la musique, avant qu’ils détruisent tous les instruments. Alors, on apprend le japonais, avant d’être submergé par un tsunami. Alors, on se recoiffe tant qu’on peut sortir dévoilée en rue. Alors, on chante et on se moque avant les coups de fouet. Alors, on rit en complicité des pastels qu’on va acheter pour redessiner le monde en paix. Alors, on parle de retourner au British Museum, ou au Louvre, ou au Metropolitan, tant qu’ils sont entiers. Alors, on parle des voyages qu’on ne fera jamais et de ceux qu’on a fait, au bord de l’Euphrate, au berceau et même avant. Là où tout a commencé. Là où l’humanité se délite. Là, où le bleu est délavé par une belle journée de février.      

 

 

 

 

Ceci n’est plus !

 

 

 

 

Cherchez l’erreur…

Jouons, voulez-vous ? Deux photos, prises à trois jours d’intervalle, à peu près à la même heure. Sept erreurs. Saurez-vous les reconnaître ?  Cool

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Eglise

Saint-Didier

Clocher à trois cloches

Platane argenté

Ombre projetée

Ciel serein

Beau

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Collégiale

Saint-Denis

Clocher emmuré

Tilleul fatigué

Ombre ombrée

Ciel mitigé

Moche

Je me demande même ces deux photos ont un seul point commun ? Le christencroix, me direz-vous ! Pas du tout, je ne mets jamais les pieds dans une église, je ne peux donc pas comparer. Je ne suis pas en odeur de sainteté et mon odorat est très sensible à l’encens. Mais si vous aviez encore des questions, vous avez la réponse. A choisir, vous savez désormais pourquoi je préfère être là ! A l’extérieur, il fait meilleur.

Ici, dans le Nord, soleil et gris et pluie. Plicplicplocpliiicploc, sur le balcon en zinc galvanisé. Les chats jouent sur le lit mais aussi dessous et partout où il y a des caisses, des boîtes entrouvertes ou des chaussettes. Ils jouent. A deux de préférence. Ils jouent avec le reflet des rayons au salon, avec les points du laser au vestiaire. Ils jouent avec leur queue et avec mes pieds. Ils s’en prennent à l’ombre de ma main, à l’ombre du chien dans la cour, à l’ombre des pigeons sur la place. Ils courent après des chimères, des promesses de liberté. Ils ignorent tout des calvaires, des mystères et des mystiques. Ils s’illusionnent dans la caverne. Ils cavalent le jour et la nuit. C’est pas qu’on s’ennuie mais on aimerait bien dormir aussi! Plicplicplocpliiicploc fait la pluie sur le balcon.

Dans la galerie marchande, peu importe le temps, on importe chinois. On veut du bleu, un peu de tout et même n’importe quoi. On fête le carnaval et le nouvel an en même temps ! On fait la fête, comme on sait faire ici, souvent n’importe comment ! On joue dans la caverne pour oublier les ombres en projection, les déjections, les décapitations, les crucifixions, les fausses-fictions, et toutes les conditions en bas du contrat qu’on n’avait pas lues. On n’est pas des chats non plus ! Réjouissons-nous, c’est l’année du mouton, celui qui suit et qu’on égorge. On l’appelle chèvre aussi, joyeuse et offerte en sacrifice, celle qui bêle inconsciente sur face-de-bouc.

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J’entends Daudet
qui dit “reviens, reviens…”

Terre à louer

Voulzon et Souchy sont sur un bateau. Ca tangue un peu, c’est normal. Ca swingue aussi, c’est un parti-pris. Gagné, cette année, c’est bien mérité ! Place de l’horloge, il y a deux ans déjà, Souchon j’avais vu, tout ému, il chantait. Tout émue j’étais. L’an dernier, chez Marius, on mangeait en terrasse. Plus belle la vie. Cette année, au ciné, je suis allée me réfugiée, entre les gouttes. Le sel de la terre avait un goût amer. Des photos si belles, si noires. Mortelles et vitales, celles d’un demi-siècle passé, juste à côté. A côté de nous, le Rwanda, l’Ethiopie, la Bosnie, la Croatie, le Mali, le Niger, on a tout nié, oublié, occulté. Les puits pétroliers incendiés. Le terre à feu et à sang, c’était quand encore maman ? En remontant vers la place pie, du pape que vous savez, deux voitures militaires, une poignée d’hommes, en kaki-treillis-bérêt-rouge-à-la-mode. Ils ont des gants et des guêtres blancs pour mieux les distinguer dans le noir, surtout le grand noir qui m’interdit de prendre la photo. Pas la peine, je sais très bien où on est. Cette ville, je peux m’y promener les yeux fermés. D’ailleurs, j’adore ça, avancer parallèle aux teinturiers, le soleil bien en face, le regard clos, la tête ailleurs, en confiance absolue. Savoir la chance d’être en vie ici, à cet instant, et d’y revenir à chaque fois, inlassablement.

Présentement, je sais exactement que je suis près du magasin de mangas que j’ai découvert la première fois en septembre et où l’étudiante est revenue tant et tant de fois. Il est situé sur la place-de-jérusalem car la synagogue est juste en face. Elle est très belle, paraît-il. On est vendredi soir, demain c’est sabbat. Ici et là-bas mais dans le port, on abat sans pardon. Sirène sidérée, je reste sans voix. Cette année, l’insoutenable légèreté s’est dissipée. Le bleu est plombé. On a beau faire comme si de rien et regarder loin, il y a une ombre qui plane, un voile qui fait mal. Au rocher-des-doms, je suis montée. Sans les feuilles, on voit bien l’immeuble au loin. J’habite en face. Ici et là-bas, je suis à la fois et sans foi.     

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La Terre des petits Doms

Un pont en hiver…

Celle-là, je sais que vous l’attendiez depuis longtemps ! La photo d’un platane en hiver ! Donc, sans feuille mais brillant avec des boules comme on voit bien, et ce n’est plus Noël. Derrière, un objet non identifié s’est posé qui prend toute la lumière et qu’on appelle petit palais. Puis, un pont qui fait semblant d’être terminé mais qui a été tout miné. L’eau qui coule jusqu’à la mer s’appelle un fleuve et cette vue m’apaise…

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Le premier qui dit que c’est en bord de Loire
repasse par la case départ… 

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D’ailleurs, en plan large, et à l’extrême,
on aperçoit bien le Ventoux !

Plus loin, dans la Montagnette (nom déposé), je suis montée en fin de journée. L’air était presque doux, la lumière était chaude, et c’est là que j’ai aperçu le vrai pont ! Celui qui enjambe le Rhône, celui que j’emprunte pour remonter et pour redescendre, avec le train que j’attends et la gare que j’atteins quand tout va bien, au loin et qu’on ne voit pas. A l’avant-plan, c’est la ville de Barbentane qui ressemble à un village. 

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V’là le joli pont, v’là le joli vent…

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… et les beaux dégâts ! 

Route barrée, déviation, détournement, contournement, il a fallu enjamber les troncs arrachés, les souches déracinées, les branches éparpillées. Les tronçonneurs étaient déjà passés mais ils n’avaient pas tout ramassé des arbres tombés. Des pins, je parle ! Pas des platanes, vous pensez bien qu’ils ont résisté ! Sur la Montagnette, comme son nom l’indique, on est légèrement en hauteur. A 168m, sur un sol calcaire, ce sont des pins-d’alep-qui-poussent. Et à Alep, en ce moment, chacun sait qu’on est particulièrement malmené…

L’endroit est charmant pour se promener à l’automne, au printemps, par tous les temps mais pas par grand vent ! C’est très impressionnant. Je crois bien que je n’ai jamais vu autant d’arbres brisés en même temps au même endroit. Il est vrai aussi qu’en 1999, j’étais un peu distraite, pas encore très présente dans la région, ni au Jura, ni dans les Vosges ! On ne peut pas être partout à la fois…

Pour ceux qui doutaient de la véracité du vent qui soufflait à 130km, comme je l’entendais bien à l’abri dans ma chambre, voilà donc confirmation. Il a été très méchant dimanche. Même les pierres des remparts sont tombées sur la chaussée. Heureusement, tout n’a pas été soufflé dans la petite montagne. Plus loin, le cimetière, derrière ses hauts murs, était bien protégé. Plus loin, les nomades installés en campement improvisé avaient bien pris racine. Un air de violon tzigane s’est envolé, la quiétude retrouvée sous le soleil incliné. Là, ce moulin, qui tangue un peu et qui ne tourne plus depuis longtemps… Aux siècles passés, ils étaient six à l’identique, brisés qu’une croix au sol indique encore. Allez savoir pourquoi, la vue d’un moulin m’émeut toujours autant ! Qu’importe le vent…  

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Ceci n’est pas le moulin de Daudet !

Ca vente !

Violent, le vent ! Non pas lent, 130 km au compteur ! Vous imaginez, un véhicule qui déboule à la vitesse maximale autorisée sur autoroute, dans la petite rue derrière chez vous ? Vous imaginez les dégâts ? Nous y voilà. Les volets volent, les portes s’éclatent, les panneaux tombent, les poubelles roulent, les poteaux ploient, les platanes plient, les pompiers passent et je m’accroche. C’est juste une tuile qui est tombée, me dit la boulangère, en emballant les croissants dorés, les meilleurs du Vaucluse. Par ici, le vent, on connaît. Mais cet après-midi, il est plus fort que d’habitude et cette nuit, ce sera pire encore. Si c’est possible ! Le drucker a beau faire le beau, comme si de rien, derrière l’écran, bien à l’abri, ce dimanche venteux est éprouvant.

Déjà, le bleu n’est plus vraiment bleu, balayé de nuages hauts, le soleil décline. Il va faire froid, encore plus froid. Le chauffage ne chauffe pas, ou trop peu pour réchauffer l’air qui chasse à travers les vieux châssis qu’on n’a toujours pas changés. Ils étaient là bien avant maritie-et-gilbert-carpentier. Et non, ils ne sont pas inoxydables, contrairement au sourire du michel-qui-sourit-depuis tant d’années qu’on se demande si ce n’est pas son copain du musée grévin qui tient le micro. Mais le pire, oui c’est possible, c’est le bruit, qui prend la tête et qu’aucune parole triviale, aucune musique ensorcelée, ne peut couvrir. Ca gronde, ça grogne, ça cogne, ça roule, ça souffle et ça siffle. C’est la pression exercée sur les bâtiments et tout objet qui entre en résistance. Invisible bras de fer avec le pont de terre dont on ne sait qui va gagner. La maison de paille du petit cochon envolée. La maison de bois du petit cochon effondrée. La maison de brique du petit cochon écroulée. Faut s’accrocher ! Oui, mais à quoi ? 

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Nationale 7… 
Michel vous dit bonjour ! 

Para-normal

Alors, il y a du bleu, il y a du vent et 8 (huit – hU-It) degrés au compteur à cette heure, vers midi et dans le Midi. Oui, j’y suis ! Non sans mal. Je vous raconte, comme ça se passe, dans l’Union européenne, depuis qu’on est tous devenus des charlots ? Exactement comme dans mon post précédent mais en moins marrant ! Je devrais faire voyante 😉 Petit résumé d’un voyage d’habitude très ordinaire, entre le Nord et le Sud. Un trajet que j’ai bien dû faire une cinquantaine de fois, je ne compte plus. Je n’ai jamais compté. Surtout avec les amis.

A Brüssel, la brigade des douanes est montée pour contrôler nos bagages. A la recherche d’un colis suspect mais sans ouvrir les valises. C’était stressant et très peu rassurant. Ils étaient six à bloquer la voiture mais totalement désarmés face au moindre comportement suspect. Vous avez vos papiers ? Cette valise noire n’appartient à personne ? Si, à la dame chinoise, là-bas, qui n’a pas compris votre question. C’est tout bon, dit le chef. Merci de votre collaboration. Sans façon. Entre délation et coopération, je ne sais pas si on peut vraiment éviter les ennuis.

A Lille, ils sont descendus, bredouilles. Un drôle de gars est monté s’installer derrière moi. Il avait une casquette et une veste qu’il n’a pas enlevées du voyage.  Il a mis ses écouteurs et le portable sur la tablette, sa valise noire au-dessus de moi. Pour une fois que je voyage en première ! Ce n’est pas un délit de sale gueule mais celui-là ne fait pas celui qui voyage d’habitude comme ça ! Moi, non plus, vous me direz ! Il est vrai qu’ils font des promotions en cette saison. 

Avant Roissy, le train s’est arrêté. Juste au moment où la dame chinoise était venue rechercher sa valise pour descendre. Sauf qu’elle n’a pas pu descendre. On était bloqué sur la voie. Suite à un colis suspect à l’aéroport Charles de Gaulle, notre train est immobilisé, dit la voix. Le délai d’attente est d’une demi-heure environ. D’ailleurs, je me demande si la dame a eu sa correspondance pour Hong-Kong, après l’intervention des services de déminage, comme on nous l’a si bien annoncé.  

A Marne-la-Vallée, le train avait déjà pris 35 minutes de retard. Le barman recomptait sa monnaie avec fébrilité, avant de me servir un thé. Il attendait le ravitaillement avec impatience, car il manquait d’eau, de sandwiches et de tout. Un groupe de bataves bavardes réclamaient un café-latté. Rien que de très normal mais en regagnant ma place, le dormeur à casquette dormait toujours. C’est là que j’ai commencé à flipper. On peut tout imaginer. Aucun contrôleur, aucun douanier, aucune raison de s’affoler. Et pourtant.

Bien avant Lyon, la dame d’âcoté, après avoir transbordé seule les deux valises sous les yeux étonnés de son mari, s’est enfin assoupie. Elle a mangé une orange, lui a pris une bière et une mousse au chocolat. Curieux mélange. Ils partent en croisière dans les îles grecques. Curieuse idée, en cette saison. Moi, je n’arrête pas de gamberger. Je n’arrive pas dormir, je n’arrive pas à écrire non plus ce rapport qui attend… Le train roule trop vite pour rattraper son retard. On est balloté comme jamais. Je me ronge les ongles comme jamais. C’est idiot, j’ai beau savoir que c’est idiot. 

Je me fais des films, voilà ! A l’approche de la ville des frères Lumière, quoi de plus normal. Le contrôleur est passé. Il a rassuré tout le monde, sur les horaires, sur les changements, sur les possibilités de rattraper ce retard qu’on ne rattrapera pas. Mon voisin patibulaire a ouvert un œil qu’il a aussitôt refermé. Je n’aime pas le savoir dans mon dos, c’est idiot. Au loin, je distingue les monts du beaujolais, qui ne sont pas spécialement beaux sous un voile de pollution. Un bébé vagit doucement. C’est plutôt rassurant un enfant, l’innocence d’un enfant. Il boit, de l’eau. Le barman annonce qu’il est en rupture de tout, sauf de chips et de saucissons secs. Ca donne envie de descendre ici, et d’aller déjeuner dans un bouchon. Mais non, je sais que je vais continuer… parce que de tout façon,  je n’ai plus assez d’essence. 

Lyon, enfin, tout le monde descend ! Cette paire de doctoresses qui discutaient de leurs interventions au scalpel depuis Brüssel. Ce groupe de musiciens qui composaient pareillement à l’écran. Même le violoncelle est descendu. Un couple de Martiniquais frigorifiés et la maman au bébé. Tous, sauf les croisiéristes. Tous sauf moi. Et lui, bien sûr, qui dort toujours, engoncé dans sa doudoune sous sa casquette. Mais le pire est devant moi. La place avant est vide désormais, ne restent qu’une veste et une valise non identifiée ! Je n’arrive plus à me rappeler… Qui était là ? Comment a-t-il pu m’échapper ? Quand est-il monté ? Quand est-il descendu pour fumer en oubliant de remonter ? Parce que ça arrive souvent des gens qui descendent puis voient repartir le train sans eux. C’est un des risques ignorés du tabagisme ! En attendant, cette valise-là ne me dit rien qui vaille. Et son propriétaire n’est certainement pas en voiture-restaurant puisqu’on vient de nous rappeler qu’il n’y a plus rien à manger !

Plus qu’une heure de trajet et pas le moindre rayon de soleil. Comme j’ai hâte que ce voyage se termine… La brume toujours et la neige à présent ! Aurais-je remonté le temps ? Erreur d’aiguillage, nous voilà partis vers la Savoie. Non pas, je ne sais pas, je ne vois rien derrière les vitres sales, c’est gris et triste. Vite, un petit coup de Led Zep qui décape. En gare d’Avignon, le peintre s’impatiente. Le train ralentit au lieu d’accélérer, tant de retards accumulés, comme une vieille dette qu’on aurait oublié de régler. Le Ventoux, rien du tout, sous la brume. Au tournant, j’aperçois enfin les Angles, puis Villeneuve, le Rhône tout gonflé, le Palais au loin. Je respire, on a frôlé le pire. 

Il y a du soleil, et un vent violent qu’on appelle Mistral, si je me souviens bien. Le gars ne descend toujours pas, l’autre à rejoint sa place. C’était donc lui, ce malappris ! 43 minutes de retard au compteur.  Je quitte sans regret le train qui va aller s’échouer en gare de Saint-Charles, sans autre incident. C’est bien la peine de nous faire des frayeurs pareilles ! Maintenant, il me reste à profiter du soleil. Parce que le Sud, il se gagne, il se mérite.

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L’homme à la valise !!!
Sur la place de l’horloge…