Moderato

Vous mettre du bleu ? Comment dire… le stock vient à manquer, même en été. Ici, vous aurez remarqué que le ciel est blanc, même par beau temps. D’ailleurs la chanson ne dit-elle pas que ceux du Nord ont dans leurs yeux, le bleu qui manque à leur décor? Je confirme qu’ils ont même dans le coeur, le soleil qu’ils n’ont pas dehors. Mais tout ça ne fait pas de belles photos ! Alors, on peut toujours essayer de raconter des histoires, de les mettre en musique…  Extraits choisis.

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… el pueblo unido jamas sera vencido…

Acteurs des temps présents, en lutte devant le bureau de l’agence fédérale au service des capitaux de l’agro-alimentaire. Défendre la production de herve au lait cru, un fromage qui pue bien de chez nous, c’est préserver autant notre culture que de notre agriculture. Au combat, j’ai retrouvé un fromager à la barbe fleurie et un ami, un frère, un agitateur professionnel jamais en cessation d’activité. D’autres encore, à la voix rocailleuse et à la main caleuse, pour évoquer des moments épiques à Libramont ou à Ciney, j’y étais ! Des moments que les moins de six ans ne peuvent pas connaître. Je suis étonnée comme tout est si vite oublié, effacé, ignoré. Comme si tout ça n’était jamais vraiment arrivé. Et pour la Grèce, vous irez manifester en tracteur ?

Depuis que je suis revenue et installée (le bien grand mot) à Liège, le passé me revient par bouffées. Ma mère et ma grand-mère en bord de meuse-sans-muse. Mais aussi Madeleine et son fromage de Battice, Eric et ses valeureux trébuchants, Gustav et son bavardage, Sven et son bureau en face de la gare, Nicole et son Beau-Mur, Dominique à Lannay, le CRIE sans crier gare, le développement durable d’avant qu’il soit durable, l’Agenda 21 d’avant 2010. Si j’ai des racines ici, toutes les boutures n’ont pas pris.

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  Eugène Pointbarre

Face au conservatoire, l’étudiante espère, hésite, souffre en silences et notes en attente, à chiffrer et déchiffrer. Le résultat, qui sera une résultante, ne tombera pas avant mardi soir. Là où l’apprentie kiné a réussi son année et son intégration au carré ardent, l’apprentie japonisante va passer l’été à faire des gammes et des games aussi. Point d’orgue et suspension ad libitum. Les roses parfumées apportent un peu de douceur dans ce monde de brutes. Les roses de Taxi Téhéran apportent un peu de baume sur nos coeurs meurtris.

IMG_1969.JPGLa tour des finances qui monte, qui monte… 

Fin juin, il faut la remplir, la déclaration ! Rentrer les papiers, faire les décomptes. Jongler avec les comptes ouverts et les découverts. Equilibre sur un fil tendu. Il faudra bien pourtant que je contribue à l’achèvement de la tour qui se dresse désormais dans le paysage mosan ! Encore une année où je n’irai pas manger à la capitainerie du port. Il paraît qu’on y rencontre des gens qui comptent et sur qui compter, des gens importants et qui importent dans le pays. Sans le sou, comment voulez-vous vous intégrer ? Alors, j’ai essayé l’opéra. Le pigeonnier pour dire de m’amuser et à l’improviste, parce que j’adore ça ! Même qu’on y parlait d’amour, façon farce. 

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Silence, on tourne ! 

Klaxons devant chez moi, la mariée est trop belle pour toi. J’adore la voiture, je n’ai pas vu la tête du marié. A chaque samedi, la même histoire, la même illusion, le même espoir. En noir, en blanc, en mixte. Tous sont toujours aussi gais mais je n’ai pas vu encore de couples homosexués.  Il faut dire aussi qu’on est devant une église et pas une mairie ! Le pape François a beau faire des efforts en matière d’écologie, il reste encore du chemin à parcourir à la curie. Et dans les têtes. Alors, tous et toutes vont à la fête, ici, comme il se doit, au village Gaulois. Jusqu’au 14 juillet, Liège redevient française, comme du temps de ce bon bonaparte ! Une nouvelle occasion de boire du pêket, et des bières, et du vin, sur la place saint-Paul, illuminé à Damas, tandis qu’on massacre indifféremment chrétiens et musulmans, kurdes et coptes, juifs, bronzés, ouvriers, athées et mécréants. Buvons un coup, buvons en deux, à la santé des femmes et des étoiles, nom de dieu !

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Quand Tchantchès s’en mêle

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Derrière chez nous…

Dimanche dernier, j’ai été marcher. Pour les Grecs, pour la Grèce. Enfin, symboliquement. J’ai été marcher derrière chez moi. Dans le petit bois sur la colline qu’on dirait une montagne. Sur le terril reboisé qu’on dirait une forêt, à se demander où on est. J’ai d’abord gravi la montagne de Bueren par les escaliers les plus extrêmes du monde ! Si c’est le Huffington-post qui le dit… D’ailleurs, il y avait des Chinois, des Tchèques, des Ostendais, des Ougandais, des Albanais, des Aztèques, des Australopitèques, qui pareillement sont montés avec moi. Epuisés on était à l’arrivée, tout en haut des 374 marches, comme l’a précisé la guide en anglais dans le texte. 30% de dénivelé, qui dit mieux ?

Ensuite, j’ai été marcher comme indiqué, à suivre les flèches sur un parcours de 5 km qu’on aurait dit 20 ! Descendre une rue pentue et mal pavée puis remonter à travers un chemin broussailleux et même dangereux, pour apercevoir un clocher à je ne sais à quel saint voué.

Pestant contre ce cheminement sans charme aucun et sans croiser une âme aucune, je déboule soudain dans une clairière apaisante, un coin où paissent les brebis.  Berger matois, accroupi à l’ombre. Photo. Champ libre. La conversation s’engage. “Et il est où ton mari ? ” Bonne question ! Question du Sud, question du Maghreb, question de Sicile, de la péninsule ou des îles, question du Far West. Il est où ton mari ?  Il y avait si longtemps que j’avais presque oublié. Mon mari…  ben, il est à son poste, dans le poste, devant le poste, à la poste… que sais-je ? Et d’abord, il n’a pas voulu venir marcher avec moi ! Voilà. Curieux berger qui me demande mon âge et m’en donne dix de moins. Il avait oublié ses lunettes, pépé, à quatre-vingt ans, tout s’explique. Mais si vous voulez du fromage bio, j’ai désormais une adresse que je ne communiquerais pas à l’agence alimentaire. Le circuit court, je suis pour. 

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Par monts et par vaux, contrainte de poursuivre mon chemin incertain. Pas vraiment laid, pas vraiment beau non plus. C’est bien parce que ce n’est pas loin mais ce n’est pas pour autant que j’y reviens, n’y reviendrais. Baraques cosys et barakis se font face. Je hère dans une bien étrange sphère. Un homme offre des épis verts à sa femme. Faut-il y voir un signe ? Fatiguée je suis, je ne vois plus les flèches. J’aperçois un chien roux qui s’éloigne. Une famille certainement. Ou serait-ce un chat à la queue en panache qui s’amuse ? Je m’approche, il détale. Un renard flamboyant ! J’ai besoin d’une nouvelle paire de lunettes assurément ! Je me suis trompé de sentier. J’arrive à la grand-route. J’interpelle un groupe de djeuns. Où suis-je ? Sur la route entre Cointe et Herstal ! Ah, mais c’est très loin de chez moi ça ! “Si vous descendez, par-là, c’est la Meuse… mais vous êtes à pied?”, remarque la plus jeune, perspicace, le nez percé. Elle grimace. Me reste à rebrousser chemin. 

De panneaux mal attachés en plaques de rue effacées, je finis par trouver, puis par tracer. J’ai hâte de rentrer. On redescend pour mieux remonter. L’itinéraire est sans charme aucun, sauf à se retourner. Qu’elles sont loin mes promenades en Hesbaye, à l’horizon dégagé ! Court-circuit en fin de parcours, je retrouve le sentier des coteaux que je m’applique à descendre avec précaution, les deux bâtons bien plantés. Aménagés avec vue sur la ville, des balcons en terrasses de métal ajouré. Si loin de tout. J’aurais bien aimé être accompagnée mais il est où mon mari ? L’endroit est plus inquiétant qu’autre chose. Et le long de la voie ferrée, c’est plus lugubre encore ! Plus j’ai hâte et plus je me traîne.  J’ai l’impression de marcher depuis trois jours, je ne sens plus mes jambes, ma cheville se tord. J’ai eu tort. Tout ça pour des Grecs, qui n’en sauront rien ! Heureusement qu’il y avait la musique. Pour me porter. Et pour m’encourager, des marches en rythme. Rien de tel. Vous aussi, si vous voulez tout savoir. En irlandais, dans le texte. Voilà un an qu’on est à Liège.

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Panorama par dessus les toits

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Une église sans nom

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Un champ de brebis

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Un champ de caravanes

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Un champ de froment

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Un champ de nuages

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Une ville qui joue à cache-cache 

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C’est encore loin ?

Cuisine et dépendances

A ceux qui se demandent ce que devient la cuisine, depuis qu’on l’a démontée, bradée, repeintée, remeublée, … je vous dit tout de suite que ce n’est toujours pas ça ! Cuisine équipée. Désormais réfrigérée, surgelée et même congelée. Dotée d’une hotte qui n’a de hotte que le bruit. Manquent encore le four à chaleur tournante, la plaque qu’on dit taque à induction, la peinture sur les portes et les plinthes assortie. Mais on progresse ! Les boutons des tiroirs, trouvés sur le marché saint-rémois, sont en place et cachent les disparités colorées. On dirait même qu’ils lui donnent son cachet. La taque, qu’on dit plaque vitrocéramique, trouvée entre balen-et-limbourg, est désormais fixée sur son socle découpé à la scie sauteuse. Le four tourne les jours pairs et chauffe les jours impairs, un coup en haut, un coup en bas, trop cuit ou pas assez, mais on s’y fera. Enfin, pour vous donnez une idée d’où on vient, voici une photo originale (mais non-contractuelle). 

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Musée d’en face et d’ansembourg
(qui va fermer sans tambour ni fracas)

 

Chat’alors !

Pas Muse, finalement ! Faut-il que je trouve à m’amuser autrement. Pas trop vaillante non plus, à cause d’une crasse, qui n’est pas Hysteria mais on ne sait quoi. Bref, l’étudiante se maintient vaille que vaille. Elle est tombée malade non pas à la veille de l’examen mais le matin même. De quoi la pousser à finir sa copie en une heure, c’est dire si elle connaissait son sujet ! A présent, il lui reste une semaine pour remonter jusqu’au moyen-âge. Il est venu le temps des cathédrales… Là, il est vrai, on change tout de suite de registre ! Donc, durant cette semaine à demi, où les nuits sont courtes, les clodos bruyants, les touristes nombreux et les questions incertaines, on met le nez à la fenêtre. Et on y voit des chats, qui regardent des chats, qui nous regardent. Fenêtres sur cour, tel le nom du scénario. 

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Là, je viens juste vous narguer…
je ne suis même pas chez moi !

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C’est pas qu’on s’ennuie,
mais si on pouvait sortir !

Comme on ne peut pas,
on fait la cavalcade dans le couloir,
à la nuit, à la journée, à se demander
 à quoi nos vies se résument…

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Chat’Pot …

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… et Chat’Pat
 se défient entre chassis. 

Dimanche en juin…

En attendant Muse, oui, non… Finalement, il est sorti ou pas cet album ? Saturé, nous dit l’expert qu’on a été écouter hier. L’apprentie musicologue continue à apprendre du son et de l’invention des bandes magnétiques, avant le cd et après le 78 tours, dont on se demande s’il tourne encore…  Tout ça ne nous rajeunit pas mais tout ça reste bien récent dans l’évolution de l’humanité, l’enregistrement. La voix d’une personne est paraît-il —et je confirme— le souvenir qui s’efface le plus rapidement qui soit. Il doit me rester quelques vieilles K7, encore faut-il que je retrouve un lecteur ! Et de vieilles bandes d’émissions, montées à la nuit tombée dans les couloirs de l’université. Clin d’oeil à ceux et celles qui se souviendront de ces soirées-là ! 

Donc, dimanche, pour m’amuser en attendant Muse, j’ai été en bord de Meuse. Me promener où vous savez que c’est l’été à Lîdje toute l’année ! A défaut d’enregistreur, j’ai pris l’appareil photo pour vous donner une idée de l’ambiance, et des couleurs, et des odeurs, sur la Batte, autour et alentours. Il faisait bleu ! Vous verrez que c’est bariolé, bon enfant, et finalement amusant ! 

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C’est dingue, ce vent sur la digue !

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Tout ce vert !

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Tout ce  bleu !

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C’est le temps du prendre du bon temps !

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Le temps de prendre des photos
entre copines… 

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Le temps de s’asseoir à la rue,
à écouter des chansons d’un autre temps !

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Le temps d’admirer les façades
(grand prix du ravalement) ! 

Eté, qu’il soit !

Alors, là, il fait chaud ! Incontestablement ! 31°, 32°, je n’ai pas compté. On dirait le Sud mais sans les cigales, ce qui fait toute la différence ! L’appartement reste étonnamment frais, preuve qu’il est bien isolé, malgré une orientation plein… Sud, justement ! Dehors, c’est la fournaise ! A 18h, c’est l’étuve. A 19h, c’est le sauna. Dégoulinante, je suis, elle est, nous sommes. Dans le bus, on dirait le Sud tout pareil, avec l’odeur, tout pareil, avec l’ambiance, tout pareil. Sauf un mec torse noir, qu’on ne verrait pas en paca, ni nulle part d’ailleurs. Tout juste s’il n’était pas à poil, sans aucun poil. Façon allons à la plage en bord de Meuse ! Ne manque que la serviette. Mais pas de chance, ici aucun attaché-case ! Le bus 4, c’est pour aller acheter — ou vendre —  des nippes, des loques, des fringues chez primark-fabriqué-en-chine. 

Quand je vous disais qu’ici les gens s’habillent vraiment n’importe comment ! Ils sont très relax, finalement. Les filles, j’avais compris depuis longtemps que c’était du-très-vulgaire-qui-veut-pas-en-avoir-l’air. Les gars, j’avais pas réalisé que c’était vraiment du-grand-n’importe-quoi-mais-on-s’y-fera. En même temps, du coup, je sors plus facilement en jogging, avec des babouches, un pull trop grand, une veste trop petite, du rouge aux joues, du jaune aux mains, du bleu aux pieds, sans être dépaysée, sans jamais détonner.  Même, je dois faire attention. Quand j’ai un entretien professionnel et que j’ai pensé à m’habiller correctement, avec des couleurs assorties et de bon ton, je me fais aussitôt remarquer ! Et pas question alors d’aller flâner dans les rues chics du carré-ouest, sans se faire interpeller comme si j’avais soudain trop d’argent. Je paraîtrais même élégante que ça me ferait rire. Surtout si j’étais à Paris !

En même temps, c’est bon enfant. Façon des chiens et des chats. L’autre soir, Yolande Moreau était au cinéma. Venue présenter son dernier film “Voyage en Chine” que j’aurais pu voir à Avignon. Mais non. j’ai attendu qu’il arrive à Liège, où les Grignoux ont décidé de le distribuer ! Parce que oui, ici aussi, il y a une politique cinématographique qui prend des risques. Personne pour se lancer à programmer un film d’une heure trente-six qui dure un temps infini ! C’est terriblement lent, ça parle chinois qu’on dit mandarin, et français, et anglais avec l’accent. C’est très touchant, très décalé, pas trop d’actualité. Dépaysant, assurément. Mais qu’est-ce que c’est lent ! Slow move, slow food, slow life. Laisse aller, c’est une valse ! Avec les images superbes de Georges Lechaptois et Zoltan Mayer, un ancien photographe à la réalisation, voilà une autre manière de découvrir l’Empire du milieu dans un fauteuil. A condition bien sûr d’aimer les silences et les robes de Yolande Moreau 😉  

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Photo dans un bus, où on remarque
qu’ils sont assis et tous habillés !

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Image de contraste ! 

Et pendant ce temps, l’étudiante étudie. Histoire de la musicologie, tout un programme. Et japonais, dans le texte. Et si elle persévère, elle devra apprendre le mandarin !  En attendant, c’est l’été et je dois avouer que c’est drôlement bien ainsi.