Lune rousse

On ne voit bien qu’avec le coeur, dit le Renard. L’essentiel est invisible pour les yeux. Certes ! N’empêche que le film est drôlement bien fait, et qu’il vaut mieux aller le voir pour s’en rendre compte ! Le conte est dépoussiéré, revisité, non pas transformé, mais intégré à notre époque ultra-connectée, à nos vies ultra-formatées. Soufflent la poésie, et la tendresse, et la tristesse,  l’émotion affleure et les fleurs.

Je n’aime pas les nouveaux dessins qu’on dit animés, et les poupées aux yeux trop grands, et les masques, et les trucs, et les images sans magie.  J’en suis restée aux ombres de princes et princesses, au courage de Kirikou face à la sorcière Karaba. J’ai adoré le vent qui se lève chez Miyazaki mais je n’entends rien aux animations de plasticine. J’ai vieilli ! Ou alors, comme dit ma fille, c’est que je n’ai jamais vraiment aimé ça ! Si j’ai pleuré avec Bambi, si j’ai ri à l’âge de glace, je fuis les minions-trop-cons. Le dessin animé et moi, on serait fâché, que ça ne m’étonnerait qu’à moitié. Trop décalées, la réalité dessinée et la logique bousculée. Je souffre de tant distorsions. Bizarre, non. Vous croyez qu’il faut consulter ?

En attendant, le film de Mark Osborne m’a réconciliée avec le genre. J’ai admiré la prouesse technique, un mélange d’images de synthèse et d’animations en volume. J’ai vu les dessins de saint-Ex se transformer en marionnettes finement taillées, avec de la ficelle et du papier, si joliment filmées, ou décalquées, je ne sais. J’ai apprécié l’habilité du scénario, salué de vraies trouvailles, regretté des évidentes facilités. J’ai goûté la musique, les chansons de Camille et de Trenet. J’ai aimé les voix, si bien choisies, d’André Dussolier, de Foresti, de Cassel, de ceux qu’on reconnaît, de ceux qu’on devine. C’est un film français, s’il vous plaît !

Même le générique de fin était drôlement bien foutu. En revanche, l’affiche, non ! Pas l’affiche. Elle ne traduit rien de la magie qui se dégage des personnages. Dommage. Et en même temps, si je vous conseille d’y aller, avec ou sans enfants, c’est pour voir le film, pas pour s’arrêter aux portes du cinéma !

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Cette nuit, la lune est rousse comme la queue de l’ami renard… et l’humanité de continuer à rêver face à l’immensité du ciel, vide, plein de riens et de rires. 

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Vent d’automne…

Il arrive toujours plus vite que prévu, alors qu’on espère que l’été se prolongera. Dans le Sud, encore un mois, voire deux, et vingt-cinq degrés. Dans le Nord, il fait déjà plus froid. Entre les ondées, se réchauffer. Et comment s’habiller ? Eternel dilemme de la rentrée. Chasser les sandales pour des chaussures et des chaussettes. Ne pas se voiler la face, il faut remettre un foulard. Avec l’étudiante, prendre le temps d’aller se rhabiller. Un grand chapeau, un petit chose. De livres faire provision, ça nous rappelle un départ en Avignon. Trois ans ! Déjà? J’y crois pas, faut recompter ! Faire le plein de spectacles et de concerts, à voir, à faire. Des réserves pour l’hiver. J’adore ces moments partagés à s’inventer de futures soirées. S’imposer des lectures, composer des divertissements intelligents.

Facile à Lîdje de faire la fête ! Tout est prétexte à boire de la bière et du péket. Mais pas toujours évident d’y trouver sa tasse de thé. Samedi, encore une fois, c’était la corrida sur la place. Mais que la Walifornia m’ennuie ! Elle ne me ressemble pas. Même à la télévision, même sur grand écran. Carbon a beau se décrire comme un papier calque à notre image, je n’y retrouve rien. Cet opéra urbain, qui hurle à mes oreilles, ne raconte rien qui me parle.

Non, mon arrière grand-père, valeureux liégeois, n’était pas mineur mais chef de gare ! L’autre était dentiste, et mes grands-parents négociants en thé et porcelaine fine. Ils avaient des amis, ingénieur, inventeur, navigateur. Ils voyageaient beaucoup, en Chine, en Angleterre, à Tilff, à Esneux à l’été, dans leur automobile et dans leur tête aussi. Mon oncle n’a jamais travaillé à la fabrique nationale de fusils de chasse qui tuent des gens. Ni à cockerill qui brûle le coke et les poumons, dans la machine à étincelles. Son fils, qui est aussi mon cousin, fut engagé pour fabriquer des télescopes qui observent les étoiles au centre spatial. Son amie est institutrice, mon amie est aide-familiale. Sa soeur est assureur, son fils est photographe. Ma petite cousine est infirmière, sa mère est artiste-peintre. Son copain est magasinier au rayon fruits et légumes. Son beau-frère est commercial et son beau-père conducteur au tec. Son père est serbo mais pas croate, et certainement pas italien. Il n’a pas été licencié du métal par mital, il a pris sa retraite de contremaître sans défaite.

En ratissant plus large, mon voisin est dératiseur, sa femme est architecte d’intérieur. Ma voisine est une ancienne costumière qui fait partie du décor, sa voisine est une ancienne secrétaire qui décore à l’envie et à l’envers. Leur voisine travaille à la cuisine et sert des boulets, son ami est parti et pas parfait. A l’étage, l’éditeur amateur de jazz poursuit ses recherches arrosées au pastis et la bête qui court dans la cour n’est pas un raton-laveur ! A chaque mois, à Liège, je vois de nouveaux entreprenants qui entreprennent autrement, et du carbone en molécules font du vivant, du médicament, des enchantements. Si les cons avaient des ailes, les voitures auraient trois roues… Wallandrie, qui sait rire, doit sortir de l’ère fossile ! 

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Photo avec du bleu…
et beaucoup trop de noir

(avec tchantchès mais qu’il est laid)

Message personnel : rendez-nous Puggy, comme on s’était bien amusé au concert l’an passé !

Devinette

Entre bleu et gris, je suis remontée. Samedi, je suis allée me promener. Je vous laisse deviner où … Facile, et insolite. Je vous livre quelques indices  !

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Maison de verre

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Maison vert d’eau

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Voiture rouge sous la pluie

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Voiture jaune sur sol mouillé

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L’Ardenne bleue presque verte Langue tirée

Teinturiers

C’est une rue que j’aime bien ! Qui se transforme à l’été, déguisée, d’affiches travestie. De scènes improvisées en arrière-salle. De tables installées, des chaises renversées. Il y coule une sorgue qui fait tourner des roues anciennes. Elle est bordée de platanes, dont certains n’ont pas résisté à la maladie. On y trouve des restaurants animés, des marchands de fringues, des endroits n’importe quoi. C’est l’église-des-pénitents-gris encore assidument fréquentée, le dimanche, avant d’aller aux halles !  C’est une calade qui fait mal aux pieds des festivaliers. C’est le rendez-vous des touristes et celui des fidèles. Ce sont des histoires qui rencontrent l’histoire, avec des bancs publics d’un autre âge. Rue incontournable. Irrésistible. 

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Bleu décoloré signe la fin de l’été !

Sous le vent…

Mistral a soufflé, le gris a chassé. Le bleu est revenu, le frais aussi. Il fait bien dix degrés de moins ! A Vaison-comme-à-la-maison, je suis retournée. Les idées pourchassées. Ne plus trouver la fougasse aux olives de Nyons. Le goût me revient du côté de Saint-Marcellin. Les cigales se sont tues, jusqu’à l’année prochaine. Les vendanges vont commencer tôt cette année, les raisins sont gorgés de soleil. Dans la plaine de Cairanne, il se dit que le vin sera exceptionnel. 2015 serait-il un grand cru ? Je n’ai rien vu ! Les fruitiers au verger sont à maturité. Empilés, les cageots de bois clair attendent la cueillette. Sous les filets, des pommes et des poires finissent de jaunir. De Cavaillon à Carpentras, elles remonteront vers les tables du Nord. Bientôt, je prendrai le même chemin, les doigts occupés à tresser des scoubidous. Chercher des bouquins de japonaiseries. Trouver des dessins très anciens. Ecouter des chants musés, parcourir des musées vivants. Faire provision de souvenirs, savoir s’en servir. Pour écrire, et puis revenir.

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Rue de Vaison sous le vent,
…avant les venaisons.

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Rue d’Avignon, avant la fin de saison ! 

 — juste un clic pour la profondeur
de ce bleu unique — 

 

Gorges profondes

Cette semaine, Miréio a continué à faire le tour du jardin. Grand son jardin, et même au-delà ! Elle a mis son chapeau comme il se doit. Le soleil était tour à tour ardent, troublant, absent. Elle a plongé, sauté, nagé dans des eaux claires et à peine glacées. Elle a mis les pieds au torrent et les mains au volant au milieu des chevaux galopants. Elle est remontée jusqu’à la préhistoire, du Gard à l’Ardèche, sans jamais rencontrer Chauvet. Elle a remonté la Durance sur les traces de Giono, jusqu’à Moustier, et plus si affinités… Des photos, vous voulez ? Attention, tout s’est un peu emmêlé. S’il y a du bleu, il y a du gris aussi, la vie n’est pas toujours rose, même en voiture décapotée, on aperçoit les enfants noyés. Cette année, les vacances dans le Sud ressemblent à septembre. Comment peut-on s’imaginer que l’automne vient d’arriver. 

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J’y étais… comme dans un rêve ancien

(et c’était génial)

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J’y suis… comme dans une légende tenace

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J’y fus … comme dans un souvenir lointain

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 J’y serai… comme dans un escalier sans fin 

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J’y serais… comme un oiseau, si je savais voler

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Il se trouve que je ne serais pas
sur cette photo qui partira en Chine.

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Jamais, je ne serai maire à Vallon-Pont.

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Je n’ai jamais été fleuriste. 

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Je ne fus pas communiste.

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Etre là et ici, à la fois !

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Etre et transparaître.