Bleuxit

Viser entre les gouttes, viser entre les goals, j’ai repris la route entre le pays Brabant et le pays Ardent. Ça me rappelle un déménagement, mouvementé, au premier jour de l’été, il y a deux ans déjà, comme le temps a passé ! Du Mondial à l’Euro, ce sont toujours les même dollars, les mêmes klaxons. Sauf que je les supporte de moins en moins. Déjà qu’au balcon, même fenêtres fermées, on ne peut résister à la furie des fous qui se mettent à hurler. Voilà qu’un certain, que j’affectionne d’une tendresse particulière, se met à les défendre ! Mais, mon grand chéri d’amour (je rigole), tu sais bien que ça me fait mal aux oreilles ! Elles sont grandes les oreilles-de-mireille (rime riche), certes, mais fragiles aussi ! Non, je ne supporte pas que les klaxons des cons m’empêchent de dormir la nuit. De même que ma fille, mes voisins, le bébé d’en face, le chien d’en haut, et même les oiseaux. Vos gueules, les mouettes !!!

Je ne les supporte pas les supporters, pas plus que les cloches à pas d’heure. Ma sensibilité heurtée même s’ils sont heureux. Et je maudis davantage encore les klaxons quand je suis au volant, au milieu du trafic. Hein, que, quoi, pourquoi ? Je risque de heurter un vélo ? J’ai frôlé un pare-choc ? Je roule à contre-sens? J’ai brûlé un feu ? J’ai franchi une ligne blanche ? Je sursaute à chaque fois et je risque l’accident à chaque instant. Non, mais ils sont tous tarés !!! Les Ritals du lundi, les Belgos du dimanche, qui suspendent même la circulation des bus ! “Tu imagines, j’ai dû rentrer à pied de la gare à minuit parce que le bus ne roulait plus”, confie une rousse étudiante à son amie. Pourvu qu’elle ne soit pas Mayar en plus…

Car, avouons quand même, tout ça pour ça !?! Gagner un match de huitième de finale d’une coupe d’Europe, de football, qui n’est jamais qu’un sport parmi d’autres. On me répond —oui mon chéri c’est toi— que c’est formidable parce que les gens sont heureux et que je ne suis que rabat-joie. Manquerait plus que je sois abat-jour quand il se prend pour une lumière (je rigole) ! Que des gens soient pris de délire et d’euphorie à la vue d’un ballon, sur une pelouse verte ceinturée de publicités, a déjà de quoi surprendre. Qu’ils se croient obligés ensuite d’aller le crier sur tous les toits, alors qu’ils n’ont jamais fait que regarder la télé, n’a pas fini de m’étonner. Des gens heureux de rien ! C’est triste. Des gens heureux pour rien, c’est bien, me dit-il ! Décidément, nous ne serons jamais d’accord sur ce point.  Et pourtant, au fond, c’est la même passion pour l’humain. Mais pas la même chanson. 

Le malentendu vient de loin. On fait comme si. Tous les Rosbifs détestent les mangeurs de grenouilles. Tous les Spaghetti se moquent des Tortillas, les grands-Buveurs-de-bière détestent les petits-Buveurs-de-bière, les dépeceurs-de-baleine écrasent les buveurs-d’eau-chaude ! Fameuse douche froide. Tous les nationalistes en herbe se réjouissent. Chacun sa pelouse, maître du jeu sur son terrain. Finalement, ce qui me hérisse le poil dans cette compétition sportive (tu crois encore que c’est un sport, mon chéri ?), ce sont les couleurs, les hymnes, les clans et les pays qui s’affrontent. Non, je n’aime pas les nations, ni les nationalistes, ni les footbalistes. Tout ce qui nous fait oublier que nous sommes sur le même bateau, sur la même planète en péril. Et qu’Unis on vaut mieux que les Etats. 

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Quand je désespère de l’humanité,
je relis Yoko Tsuno !

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Du rouge au milieu du bleu

Selon le calendrier, on est en juin. Selon la grenouille, on est à la fête ! Selon les klaxons, les rouges sont passés à l’action. Selon la télévision, ils ne sont pas encore champions ! Cette saison est pleine d’illusions, d’examens reportés, de journées décalées, de grèves annoncées. Attentats à l’arc-en-ciel, bilan halluciné, silence consterné. Consternant. Il ne fait pas bon être homo, comme ils disent, ni pédé, ni même gay. Pas plus que policier, journaliste ou juif. Pour certains, il ne fait pas bon vivre —ni même penser— autrement les jours de ramadan. Hallucinant. Il ne fait pas bon être femme, anglaise, travailliste et tolérante, militante de l’immigration, pro-européenne et même pas lesbienne. Non, il ne fait pas bon être dans le vent en ce moment. Ni à voile, ni à vapeur, ni pour la paix, ni pour l’amour. Sombres jours.

Sinon, un-deux-trois-droits au but suffisent à nous faire oublier de pleurer. Entre deux mi-temps, une phase d’entre-jeu et un milieu de terrain, tout va bien. L’étudiante a enchainé, un-deux-trois examens, 19 sur 20, tout va bien. On attend la fin. Elle a bédé, japonisé, instrumenté, accoustiqué sans le moindre moustique cette année. Non, ce n’est pas l’été, c’est l’orage ! Les fleurs sont fanées.

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Il parait que je suis très fleur bleue…

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Putain, ça penche…
comme les temps changent.

Exit les présidents qui présidaient aux destinées de la France.

Le marché nocturne s’appelle désormais Nuit Debout.

Les livraisons pourront se faire en toute saison, à toute heure,
même le dimanche, quand la loi sur le travail sera passée par là

Charlie vivra… ou pas ! 

Putain, décidément, ça tangue…

 

Parbleu !

Finalement, l’ascenseur de la voie 14 a été réparé, et j’ai pu remonter entre les gouttes, de la Cité des papes à  la Cité ardente, dans un tégévé bondé de voyageurs dégrevés, dégoûtés, déroutés. C’était bruyant et fatigant, peu réjouissant, avec des enfants hurlants, des serbo-teutons causants. Immigrant song, j’ai monté le son. A mes côtés, un businessman à la veste irritante, à la toux crispante, et vice-versa, prenait toute la place. Habitué à voyager en première, fallait-il qu’il prenne ses aises ou ses ailes, son père était sûrement chef d’escadrille ! Le grand bleu heureusement au tournant ! La voie n’est même pas inondée. J’ai réussi à me glisser entre deux grèves, entre deux grêles. 

Parce que oui, samedi dernier, l’autre, celui d’avant, je suis descendue en pleine insurrection, au beau milieu d’une action illimitée sans préavis de rien. Pour arriver à Bruxelles depuis Liège, il me faillait trouver un hélicoptère ou tout autre véhicule à moteur qui aurait faire l’affaire, pour franchir les embouteillages et les barrages. Au matin et au final, après deux jours d’incertitude, l’ami de la voisine a bien voulu consentir non pas à nous prêter la voiture mais à nous conduire. Les gens sont gentils, par ici, je vous ai déjà dit ?

A la Zuid-Station, il m’a déposée mais impossible d’entrer, toutes les entrées justement conçues pour ce faire, étaient fermées ! Quelle drôle d’idée! Entre une haie formée de gendarmes et de militaires, j’ai fini par pénétrer dans le seing-dessin qu’on appelle gare, attention ! Et là, bien sûr, activité limitée et ascenseur bloqué. On se demande d’ailleurs quelle peut être l’utilité d’un ascenseur bloqué dans une gare, à part de servir de refuge à des taréroristes en cavale. Train attardé, puis retardé, qui a fini par démarrer avant d’être bloqué au Sud de Paris, par une pluie d’orage qui a coupé l’alimentation électrique.

Beaucoup de stress pour un voyage banal qui commence à ressembler à une expédition, entre Liège et Avignon. Un déplacement que j’ai fait dix fois, trente fois, je ne sais pas, mais une fois seulement en avion, il y a tout juste un an. Plus d’avion non plus, la ligne a disparu, supprimée après 6 semaines d’exploitation. Caumont pourtant c’était bien près de Bierset ! Circuler en Europe devient chaque jour plus compliqué. Ma liberté entravée mais je ne vais pas crier. Je suis encore une femme libre ! 

Arrivée dans le Sud, du bleu enfin et du gris aussi. Des orages, un peu de pluie, et même l’achat d’un parapluie. Un vent chaud, qui n’est pas de Mistral, pas la moindre cigale et aucune inondation. Non, l’eau qui s’accumule, c’est pour le Nord. Dire qu’en Essonne, l’étudiante a failli étudier, Savigny-sous-l’Orge et sous l’orage. Dire qu’à Orléans, l’étudiante a failli étudier, Montargis sous la pluie. Finalement, Avignon, c’est tout bon. Sauf qu’elle étudie à Liège désormais, où elle préfère apprendre le japonais ! Quelle drôle d’idée, manquerait plus qu’on soit inondé. 

Dix jours, c’est trop court. Je le dis à chaque fois, je n’ai pas assez profité d’Avignon. Eviter que la  frustration l’emporte sur la satisfaction. Apprécier à chaque instant, comme il fait bon être ici, et là, comme chez soi. Retrouver des visages familiers, des adresses connues, des rues parcourues et cette forme d’espérance qui chante entre le Rhône et la Durance.

Alors, en vrac, on s’organise pour faire un peu de tout. Travailler pour rattraper le retard accumulé, cueillir des fleurs de courgettes au marché paysan, écosser des petits pois, déguster des fraises de Carpentras, admirer les ocres de Roussillon, découvrir la forêt de cèdres du Lubéron, parcourir la Montagnette de Frédéric. Croquer des cerises de Bonnieux puis y retourner chercher du pâté. Pendre le linge en bavardant avec la voisine au jardin, se régaler chez Xa, se balader sans se lasser à la Barthelasse. Et puis, enfin, prendre un catamaran pour voir les calanques de Cassis depuis la Ciotat. Je préfère la vie en mer, en vert, en bleu, si je veux !

Mais trop peu de temps quand même ! J’ai fait des centaines de photos que j’ai ratées, j’ai acheté des mètres de tissu que je n’ai pas cousu. Je n’ai même pas pu ramener du thé, c’est dire qu’il va falloir y retourner! Bientôt, vite, très vite, dès que possible. Et puis, trouver moyen d’y rester. Parbleu, le bleu, il se mérite, il se gagne.

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Ceci n’est pas le Pont d’Avignon

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Vue en Lubéron sur le Calavon

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Barques hangar de la Ciotat