Attrape-moi si tu peux…

Catch them all, ils disaient ! Voilà qu’on s’y est mis. Tous les matins, tous les soirs, à la fraîche, à la pêche. Avec le filet, qu’on appelle épuisette, parce que ça épuise aussi. La piscine est un sport qui se mérite. Petites bestioles, machins volants non identifiés, à la guêpe comme à la mouche, criquets, grillons, grande sauterelle, araignée d’eau douce, que sais-je que je n’ai pas reconnu, du jamais vu. Vous dire aussi qu’on a atterri au pays du père de l’entomologie. Jean-Henri-Fabre, poète, savant, humaniste, originaire de l’Aveyron, passionné par la nature. Plus besoin de se demander pourquoi il a choisi de s’installer dans ce charmant village du Comtat. Maintenant, on sait pourquoi  !

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Pêche matinale au lagon…

Or, donc, il fallait bien qu’on l’attrape, notre tigre ! Comme tout le monde ici. Puisque c’est le journal qui le dit, on est envahi. D’ailleurs, il a fallu s’y reprendre à trois fois, tant il est coriace l’animal qui fait mal. L’étudiante est toute rongée, je ne suis pas mieux arrangée. Avec notre proie, fièrement brandie, nous sommes allées au Naturoptère, opportunément installé sur les terres du Grand Fabre. Pour vérifier… Caramba, encore raté ! “Une espèce de mouche vorace, avec une sorte de dard rétractile”, m’explique l’entomologiste apprenti, féru de détails croustillants. Décidément, je n’y connais rien. Tête basse, je retourne à l’observation des fourmis qui ont envahi la terrasse. J’attends que certaines se mettent à voler. 

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Ceci n’est pas un tigre !

Vexées, la nuit, on a relevé la tête pour observer les étoiles. Tu vois Orion ? Et la queue du Dragon. J’ai repéré Cassiopée (facile) mais je n’ai pas réussi à l’attraper ! Carte du ciel en main, l’étudiante étudie : la lyre, l’aigle et le cygne. Elle est plutôt bonne en géométrie spatiale. Consternation et constellation du Serpentaire, Sagittaire plus Sud, Scorpion caché dans la cabane. Saturne qui s’avance et Mars qui recule. Nous serons bientôt en août mais cette année les filantes ont pris un peu d’avance. Un voeu par ci, un avion par là. Le lendemain, le feu d’artifice de la fête votive, qui n’a pas été annulé mais seulement déplacé, polluera le ciel étoilé. Ce soir, c’est l’orage sur Gard qui gâche la chasse. Heureusement, l’autre avant-midi, avec mon appareil déréglé, j’ai réussi à capturer un très joli spécimen. Variété peu courante qui — fait très inhabituel — circulait au coeur du village. 

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   Ceci n’est pas un pokémon !

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Ceci est un fameux dresseur d’insectes,
transformé en “hotspot” local
(à ne pas confondre avec le despote du coin)

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Eleveurs de pokémons en batterie

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Bestiole au naturel
est toujours plus belle !

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L’été sous la serre

Go, c’est parti, les vacances par ici ! Ils sont passés par là et ils repasseront. Sur la route, près de l’église, derrière l’olivier, pas même caché, au bord de la piscine, va-t-il se noyer ? Faut-il le voir pour le croire ? “J’ai pas la 4G, il va m’échapper” ! La bachelière se méprend, me surprend, retombe en enfance, manquerait plus qu’elle tombe en courant. Mais qu’est-ce qu’ils ont tous, le nez rivé sur l’écran ?

Go, c’est parti, le festival et les rues déguisées. Me voilà retournée, au coin des places reconnues, comme elles sont différentes. Ici, tout a l’accent parisien, même les prix ! Les teinturiers animés, les fourbisseurs plein d’odeurs, les lices au supplice, le théâtre couve sous la braise, les spectacles spécialement dédiés à saint-didier et saint-sulpice réunis. J’aime bien, comme la ville familière m’échappe sous les fards. Elle rougit, moi aussi.

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Éventail rouge, ici et comme partout…

 

Go, c’est fini, la foire aux bestiaux. Des images me parviennent, de loin, décodées, combien d’étés sont passés ? Des amis me reviennent de loin, la faute aux réseaux. Ne vous déplaise, désormais on voyage beaucoup plus facilement dans le temps. Il paraît même que c’est virtuel. On croit volontiers en des choses qui n’existent pas. On écoute un peu n’importe quoi qui ressemble à ça, ou pas. Lambada revisitée, son copié-collé-serré ou — mieux — coldplay-enclipé-par-beyoncé, nous fera le tube de l’été.

Go, c’est fini, les rapports qui rapportent. Nos soucis quotidiens s’appellent machine à glaçons et pompe à eau. Faut-il ou non couvrir la piscine quand Mistral s’installe ? Avec 33°, les cigales chantent à tue-tête et s’entêtent au soleil couché. Fera-t-on une confiture ou une gelée de ces fruits mûrs cueillis au marché d’à-côté ? Et des mûres qui grimpent déjà sur les murets ? Un livre commencé par ici, une nouvelle à peine achevée qui traîne par là. Où est passé le chat ? Lunettes noires pour chaise blanche. J’aime l’été à rien. C’est un luxe de se sentir loin. Pas même concerné par l’étau qui se resserre.

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Bleu qui vire au vert lagon

Nice to be here

Samedi. J’ai repris le train, en direction de Nice, pour m’arrêter avant. Avant Marseille, avant Toulon, avant Cannes. Avant, je descendais jusqu’à Nice par le train de nuit, en couchette, en T2 partagé. Au printemps, je rejoignais maman. J’arrivais tôt, avec le soleil éblouissant. De la place  Masséna au cours Saleya, sur le marché aux fleurs, déjeuner en terrasse. J’ai toujours l’odeur. Les éboueurs nettoient à grand jet toutes les traces, les déchets, les fleurs coupées, les dalles mouillées. Par tradition, je sais que je mangerais une pissaladière, avec des ognons fondants qu’on appelait encore oignons, des anchois et des olives noires, des niçoises comme j’aime ça. Maman, contente de me voir de si bon appétit, me raconterait comment elle passe ses journées, sur les contreforts des Alpes qu’on dit maritimes, si hautes qu’aucun cycliste n’emprunte jamais ses lacets. Elle me parlera de cette maison qu’elle a repérée où elle voudrait tellement habiter. Villa triste de Modiano, Mondo et d’autres histoires revisitées par Le Clézio. Puis, sans aucune trace d’inquiétude dans ses yeux mouillés, on irait se promener sur la promenade des Anglais, où ma grand-mère venait déjà. Ou plus certainement, elle voudrait qu’on monte pour embrasser d’un regard la baie des Anges, et tous les anges de Chagall qui flottent dans l’azur. Dans un tableau de Raoul Dufy, me plonger et pleurer. Comme j’ai aimé ce temps arrêté.

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Jeudi. J’ai quitté la rue de Fétinne, j’ai longé le quai familier, traversé le pont de Fragnée, tandis que le feu d’artifice battait son plein. En éclairs rouges zébrés, en reflets dorés sur la Meuse, oooh, la belle bleue ! Dans ce coin de France, qu’on appelle Liège-en-Wallandrie, on y fête le 14 juillet comme ailleurs, en Normandie et comme partout. Je suis arrivée à la fin, pour le bouquet final et joyeux. Et dans le parc d’Avroy, les premières familles déjà reprenaient le bus. Il y avait des gamins, des grands, des petits, des papas qui poussaient un bambin endormi, des mamans avec leur rejeton, les yeux encore écarquillés, des fillettes à peine maquillées. C’est à ce moment-là que je me suis rappelé qu’il est normal que les parents amènent leurs enfants au feu d’artifice comme à la foire. Même tard, à tonze heures du soir. J’ai souri, comme un souvenir d’enfance attendrissant. Maman m’emmenait-elle ? Elle y avait renoncé, moi aussi. Très vite, j’ai détesté la foule. En rentrant, j’ai admiré la Tour Eiffel embrasée. Une photo de Loïc Lagarde, postée sur le réseau. Puis, j’ai lu, j’ai appris, effarée, consternée qu’une soirée n’est jamais terminée. Il suffit ! Je vous demande de vous arrêter ! Je n’ai rien regardé. Toutes nos fêtes endeuillées. J’ai pleuré.

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Samedi. Dans le train à grande vitesse qui m’emmène vers le Sud, j’ai pris place. Sans réel effort, sans grand espoir. L’ascenseur du quai onze était opérationnel, celui du quai quatre également, ce qui est très étonnant. Plus aucun militaire armé, plus aucune porte fermée. L’alerte oscille entre 3 et 4, sur l’échelle de la terreur relative. Le thermomètre frôle à peine les 20°, manquerait plus que la mer monte. Il y avait du monde, des vacanciers, des étrangers, des nationalités, toutes mélangées, même des Anglais réfugiés. Des bagages entassés, des poussettes mal pliées. Aucun rapport à rédiger, il y avait longtemps… J’aurais pu m’ennuyer mais j’ai remonté le son. Immigrant Song. Et puis, à Marne-la-Vallée, j’ai vu s’illuminer les yeux du petit garçon assis en face de moi. Il a aperçu une tour, “la tour de Disneyland, là, on dirait bien” ! Moment magique, il n’en croit pas ses yeux. Moi, non plus ! Je ne l’ai jamais vue, depuis 4 ans pourtant que je fais l’oscillant-battant. Faut-il avoir des yeux d’enfant pour voir ces choses-à ? En complicité, maman et son fils, avec leur gros sac encombrant au milieu du couloir, s’en vont à Draguignan. « Mais pas jusqu’à Nice ? », demande le gamin d’un air inquiet. Non, non, rassure-toi, on descend avant.

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Dimanche. Je suis donc descendue à Avignon, les cigales chantaient près de la maison du Comtat.  Il y a des lauriers roses, des lauriers sang, comme elle les aimait, maman. J’attends mardi, il fera 36°, l’étudiante me rejoindra, peut-être qu’on ira à Orange ou à Vaison. Peut-être qu’on retournera festivaler ici ou là. Peut-être qu’on prendra le temps de se construire des souvenirs. On parlera du passé. Et “pourquoi maman, tu ne m’as jamais emmenée à Mickeyland” ? On parlera d’avenir. Des études de parfumeur à Grasse, de musicologue à Lyon, de japonaiserie à la Sorbonne, après Fukuoka ou pas. Elle me racontera comme elle a vu Strasbourg. Je lui dirais combien j’ai aimé Petite France. Comment, certains lieux hantent nos vies… Et puis se dire qu’il faut avancer, se retourner, s’arrêter, écrire, puis avancer. Comme dans un roman de JMG. C’est à ce moment-là que j’ai entendu passer les pompiers. J’ai vu la fumée, en volutes. Pas très loin, à l’entrée du village. Un feu de Provence, pas encore tout à fait les vacances…

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 Spéciale dédicace aux hommes du feu
et à Mistral qui n’a pas soufflé.

Bleu Ardente

Or, donc, en cette fin de semaine, à Liège, c’était les Ardentes. Festival musical, bon enfant, sans être familial, qu’on dira convivial. Bruyant aussi, ça rappe par-ci, ça crie par-là, ça chante aussi. Le vent de Meuse nous ramène des miaulements d’Indochine. Entre cent klaxons, trois victoires et deux défaites, reste l’espoir. Les bus bondés, chargés de jeunes prêts à camper, ne s’arrêtent plus à l’arrêt indiqué. Les bus trop pressés empruntent les quais, tout schuss. Puis, s’arrêtent pour faire marche arrière ! C’est très étonnant un bus, à rallonge, trop chargé, qui se met à reculer. Sensation, train fantôme à la foire du Midi ou serpentin à la foire d’Octobre !

Dans les magasins, dits de proximité, ça parle flamin, italien, dindon, germon, anglois, ecetera, chinois, spanish ou portuguèss. “T’as pas pris de shampoing ? Non, mais… c’est pas moi qui paie le pain!” Sardines à l’huile et tomates en vrac, de l’eau et des bières. Oui, ils sont venus, ils sont tous là, la belle jeunesse européenne. C’est très rafraîchissant par ces chaleurs. Il paraît qu’on a frôlé les trente dans les tentes des Ardentes.

Pourtant, les Français sont aux abonnés absents. Je me demande bien pourquoi. Les nuits debout seraient-elles plus belles que nos jours de pluie ? Les soirs de match seraient-ils plus bleus que nos matins gris ? Comme chaque année, jeudi 14, c’est Fête-Nat, avec concerts et feu d’artifice à Lîdje. On va danser sur le pont mais peut-être que la fête ne sera pas tout à fait la fête… Certainement à cause du 49.3 ! On peut y voir une fameuse défaite. Pourtant, si toute cette belle jeunesse se mobilisait, pour construire une autre Europe, un monde meilleur, plus de justice sociétale, moins d’injustice sociale. Avec des “si”, on pourrait mettre Paris en bouteille… et même du sable dedans ! 

— Es gibt kein Foto —

Meuse en été

Grande première, mardi, je suis revenue par la Meuse. La navette fluviale flotte, arrive à l’heure, part à temps, prend son temps, descend le courant. Le matin, elle part trop tard pour aller travailler à contre-courant. Le soir, c’est le bateau des enfants. Ceux qui reviennent des jeux à la Boverie, avec leur animatrice et leur papa à vélo. Tout le monde peut embarquer ! A midi, ce sont les mamies, les jupettes et les biceps, les touristes d’un jour. Il y a du vent, du gris, des nuages sous la pluie et, entre les gouttes, du soleil aussi. C’est évident, un peu lent, mais moins polluant et nettement plus déstressant. Bien sûr, il faut marcher, un peu, beaucoup, mais combien plus agréable que d’emprunter la ligne 4, qui fait omnibus sans amortisseurs et jamais à l’heure.

Traverser le petit pont et s’égarer dans la roseraie du parc, admirer, respirer. Bien sûr, auparavant, il aura fallu traverser la chaussée, autoroute urbaine infranchissable quand on a oublié de mettre des passages, des ralentisseurs, ou même des feux. La ville piétonne, c’est à demi seulement. Et le bateau, c’est à la demie, seulement. Ne boudons pas notre plaisir. Peut-être même qu’il viendra à l’année, avec des horaires élargis, une fréquence dédoublée, des arrêts mieux pensés ?  Enfin, on peut rêver… déjà, il est là ! Tant il paraît flagrant que c’est le moyen le plus intelligent pour se déplacer dans une ville fluviale. “La Meuse est la principale artère de Liège”, aurait pu dire Napo, qui se vantait de bien connaître Paris où, depuis longtemps déjà, la navette nave.


(Photos de qualité inférieure assumée, je n’étais pas armée)

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Sous le pont, qu’on dit passerelle…

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Arrêt de bus hautement improbable

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Le Vauban prêt à l’embarquement

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La tour infernale des finances

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Péniche à l’évêché

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L’aquarium de Juju, qui n’y est plus…  

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L’université de l’étudiante,
qui n’étudie plus !

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 Curtius, le musée… pas la bière ! 

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Arrivée du bateau en gare de la Cité…

…heu, non, je me suis trompée de fleuve
(d’ailleurs, c’est pas le même bleu) !

C’est la parade du Festival “off”
mais je n’y suis pas… pas encore cool

 

Graduate

… 15 – 16 – 17 – 18 – 19 – 19 – 19 – 20 … Ce sont les vacances, enfin ! L’été annoncé qu’on nous avait promis. Non, ce ne sont pas les températures à Lîdje, qui restent bien en-deçà des normes de saison, avec des pluies d’avril, des giboulées de mars, des éclaircies de janvier, des fraicheurs de septembre, des orages aoûtiens qu’on dirait de fin du monde. D’ailleurs, il n’y a plus de saison. Ce ne sont pas non plus les températures d’Avignoun, qui sont bien au-delà, comme il se doit en cette saison, dépassant allégrement les trente degrés qu’un Mistral ne vient pas rafraichir. Les cigales chantent, les gros chats dorment à la journée et à l’ombre… rue des lices, rue délice.

Non, ce sont les notes de la jeune licenciée en histoire de l’art et archéologie, orientation musicologie, tendance japonaiserie. La jeune bachelière (comme on dit en Wallandrie), qui préfère se décrire comme historienne de la musique, savoure des journées à rien ! A se demander ce qu’elle va faire l’année qui vient, et la suivante, et après. Elle a 20 ans et 20/20 en opéra. En faire quoi ? Le Japon qui l’attire et la vie qui attend. Maman qui assure et qui se détend. Enfin, qui essaie… comme elle peut ! Mesurer le chemin parcouru, trouver la bonne direction et l’énergie de continuer. Traverser les ondées, guetter l’accalmie. Profiter de l’été.  Profitez bien de l’été !