Bleù Camargù

Aucun voyage n’est pareil, le soleil brille incertain, le bleu se devine ou s’impose. En repartant, Mistral freinait de toute ardeur à remonter vers le quai des brumes. Le train avançait à regret, les gens patients, les chiens silencieux. Même l’ascenseur fonctionnait avec lenteur. Sûr —certain même— que je serais bien restée quelques jours de plus, à guetter les progrès d’un automne qui s’attarde. Au Sud, les feuilles roussies ne sont pas encore tombées, les vignes grillées sont à dévorer des yeux. Miro, Miréio ! C’est ton pays.

En descendant, plus encore vers le midi, on rejoint très facilement la mer, le sable et les rochers. Traverser la Camargue sous le soleil dardant de roux et de rose, les roseaux étincelants, les buissons ardents de jaune et d’ocre, brillants après l’ondée. Le Rhône s’est égaré, quelques oiseaux attardés. Flamboyance des couleurs rougies sous le soleil à l’horizon. L’été des indiens n’est pas un état nord-américain!

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Magnificence !

Dans l’eau glacée, glisser les pieds, comme pour se rappeler qu’elle est froide la Méditerranée à traverser. Aux Saintes, les Maries migrantes sont arrivées. Vers les Arènes, les taureaux sont ramenés, guidés par les gardians depuis la plage. Aucune corrida, seulement le corps à corps des animaux. Abrivado ! Dix fois, le 10 du mois, onze courses le 11 du 11, et puis douze, le jour suivant. La saison ensuite s’enfuira. Hibernation et hivernage prévus.

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Tout le monde rentre à la manade…

Alors, une dernière fois, une première fois, faire une promenade à cheval à travers les marécages, les mares et les bocages. La Camargue se montre aussi du haut d’une monture. Mes fesses s’en souviennent, je n’en menais pas large sur mon fier destrier ! Combien d’années passées sans monter. Un quart de siècle depuis une mémorable cavalcade avec des Navajos, dans le site le plus magnifique qui soit. C’était peut-être l’Utah. Dans cette Amérique, qu’on appelle Arizona ou Nouveau-Mexique, comme une promesse. Colorado, pour ses couleurs. A Four Corners, la terre est occupée par des indigènes-à-la-peau-rouge qui nous rappellent qu’elle appartient aux générations futures. N’en déplaise à Misterdollartrump.

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Cavaliers en bord d’étang !
4 couleurs pour une même race

[photo impersonnelle non contractuelle]

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Bus bleu

Quand je descends, il y a deux choses à ne jamais oublier : les lunettes solaires et… le parapluie. Parce que oui, dans le Sud, quand il ne sert pas d’ombrelle, le parapluie peut être utile! Surtout en novembre. Et à condition bien sûr que le vent s’absente, ce qui arrive forcément quand il y a des nuages.  Il fait un temps de tous les saints, qui ne va pas durer. 

Quand Mistral revient, il chasse tout ça, exit le gris et les parapluies. D’un coup, d’un seul, revoilà le grand bleu, le frais, et même le froid, je chausse mes lunettes noires, je sors mon lainage. J’y suis, il fait juste bleu comme j’aime. Comme j’aime ça, bleu vivifiant. Je retrouve mes marques, un café en terrasse, un croissant chaud comme une madeleine de proust. Je revis mes souvenirs à chaque détour.

Je pose les pieds dans d’anciens pas, comme en lévitation. Je lève les yeux, une église me sourit. Comme c’est étrange, elle se souvient. Cette place, je la devine, je la connais, la reconnais. Je l’invente et je la hante. Voilà le square qui m’abrita, le coin qui m’enchanta. Je glisse dans ce décor immuable, dans cette ville de remparts, de murs minables, de sombres ruelles, de claires chapelles, de pavés glissants, de palais étincelants. J’y suis, j’y reste, j’y étais, j’y fus, j’y serai. Le temps ici importe peu. Il s’arrête.  

Que dire d’un voyage sans histoire ? Avec des trains à l’heure, des ascenseurs en ordre de marche, des militaires dans les couloirs, les douaniers à peine énervés. Qu’ils ont fermé le couloir de la gare du Sud pour mieux contrôler l’accès au Channel, sans escale et sans calais ? Je ne sais. Je ne sais pas pourquoi il faut désormais sortir de la gare, parcourir un trottoir mal pavé comme les roulettes des valises adorent, pour mieux rejoindre l’autre partie de la gare. Bienvenue au pays surréaliste. Des bus attendent, des porteurs vous interpellent pour vous emmener à Charleroi-Airport où je ne veux pas zaller ! Moi, je veux du bleu Zepplin. A l’arrivée, un chauffeur, qui n’est pas uber mais ami, m’attendra. La vie comme ça, il me plaira.

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Mon bus à moi, il est bleu…
et l’avion, il est loin, regardez bien !

Ce matin, le ciel m’est tombé sur la tête, effondrée je suis ! Le vilain canard a réussi son pari ! De tous les personnages de Disney, celui que j’ai toujours détesté. Me voilà consternée, ma fille dégoutée, prête à renoncer à la vie sur Terre. Quoi de plus dur pour une mère ? Avoir vu venir sans rien pouvoir y faire. Pas même se taire. Nos cris d’orfraie en vain. Il n’est de pire imbécile que celui ne veut pas entendre la voix de la raison. Ceux-là sont nombreux. Nous dérivons. Dangereusement, et tous les optimistes n’y pourront rien changer. Les pessimistes non plus, qu’ils aient tort ou raison.

Alors, j’ai repris le bus bleu jusqu’à l’université. Dans la bibliothèque, je me suis réfugiée. Plus aucun garde à l’entrée. Se ressourcer. Retrouver les fondamentaux, se nourrir de valeurs universelles. Des hommes, des arts et de la musique, de l’histoire. Dans les  livres me plonger. Sur la piraterie en mer de Chine, dériver. Quelques japonaiseries, des bronzes et des bonzes, des cloches et des tambours, l’un ou l’autre dragon imaginaire. Cachez ce monstre que je ne saurais voir !  yell