Bleu blues

Alors, voilà, j’ai fini par remonter, il fallait bien s’y résigner ! Un trajet sans embarras, dans un compartiment réservé, salon privé de classe première déclassé. Tranquillement installée, dérangée seulement par deux agents de la sécurité de rail, embarqués à Lille, capitale de la Flandre, éructant en flamand. Sans gêne mais armés. Pour protéger qui, je ne sais, mais pas moi en tous cas ! Pour protéger quoi, dans ce convoi ? Peut-être le contenu des valises prestement chargées à Roissy. Des agents pas rassurants, on a commencé à s’y habituer. Des armes partout, des regards suspicieux, de la méfiance et de l’indifférence, des mateurs et des amateurs. Au marché, au centre commercial, au concert, à l’opéra, à la ville comme à la gare. Un peu, beaucoup, partout, improbables et, au final, inutiles. Manchester en manchette.

Pendant ce temps, dans ma rue, deux policiers cyclistes poursuivent un gros camion à coups de sifflet ! J’ai bien aimé la scène, tirée d’une bédé digne de l’Agent 212 ! Ils ont fini par l’arrêter, je ne sais pour quel motif, j’ai passé mon chemin. Repris la route, le bus, les habitudes. Pris des détours aussi, par le Brabant vallonné. Revu des ami-e-s. Revu la maison de lilas embaumée, cachée sous le figuier. Il me remonte des parfums de loin. De ces arbres que j’ai plantés et qui continuent à grandir sans moi. Ce ne sont pas tout à fait mes racines, ce sont des origines et des souvenirs mêlés.   

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Lilas et figues

A la gare de Namur, j’ai loupé la correspondance, j’ai emprunté l’escalator qui n’était pas en panne. Trop pressée, j’ai raté une marche, j’ai chu. Aucun agent pour me relever, seulement la main d’une dame compatissante. Jambon grillé sur le gril, genou amoché. J’aurais pas cru que ça fasse si mal. Désormais, ce sera l’ascenseur, quoi qu’il advienne !   

Pendant ce temps, l’étudiante étudie. Motivée par son départ annoncé. Acceptée à l’université de Nagoya, son dossier validé, son billet d’avion réservé. Ouf ! Manquent encore le visa, l’assurance et la banque. Parce que là-bas rien n’est comme ici ! Ni les retraits d’argent, ni les mutuelles, ni les appels en urgence. C’est loin, le Japon, c’est une île à l’autre bout du monde… Elle y sera bientôt, départ fin août, retour après Noël. Reste à profiter de l’été ! Et de la terrasse partagée avec un stagiaire français. Ici, rien n’est jamais évident, le bleu toujours un peu différent.

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Bambou de chez nous

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Devinette…

Quelle est cette ville ?

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Un château qui n’est pas d’Avignon

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Une rue au croisement rhodanien

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Un dimanche à l’abandon

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Ce n’est déjà plus le Vaucluse…

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Un indice de taille, té con’ cool

 

Bleu nuageux

Alors, comme promis, je vous avais dit, elle n’est pas passée ! Et je ne suis pas remontée. J’ai laissé filer, délaisser, le temps détrempé. Détrompez-vous, ce n’est pas l’ennui, c’est l’envie de rester. Briser la règle, recouvrer un peu de liberté. Respirer, calmer ce coeur qui s’écoeure, ces tempes qui s’estampent. Guetter le bleu entre les nuages, et toujours pas d’images. Vivre au Sud comme au Nord, à profiter de chaque éclaircie. Comme c’est étrange, comme le climat change. Ou alors seulement que je vieillis… J’ai les mots, plus les photos.

Mistral s’invite, et tout redevient bleu. Mistral s’évite, et tout redevient gris. Le vent s’inverse, la vie s’averse. Je devrais écrire des chansons. Puis, les chanter pour justifier l’ondée. Décapotée la voiture jusqu’aux Saintes, Miréio sans chapeau imprudemment décoiffée. Les pieds, entre les rochers, dans l’eau claire se baigner, aurelia aurita près de moi. Ne plas glisser. Assurer, assumer. J’ai opté pour la casquette d’acteur des temps présents, celle qui me fait croire que j’ai encore un rôle à jouer. J’ai levé l’option sur la maison. A Vaison, il y a des rêves qui s’échappent, n’en finissent pas de s’évaporer. Me sens un peu déprimée par ce printemps mouillé. Alors, je retourne à l’Université. 

J’arpente les rues ensoleillées comme les rayons emplis de bouquins sur le Japon. J’admire les murs dorés de la faculté, la lumière tamisée qui berce cette insolente jeunesse. A la photocopieuse, trois mille ans de peinture chinoise et une étudiante chinoise, qui m’interpelle. Elle rêve de gestion, de son pays qui lui manque, d’ici peut-être et demain ailleurs. Elle parle aussi bien français que ma fille désormais parle mandarin, enfin, je voudrais bien. Le festival se prépare, son départ s’organise. L’été sera chaud cet année.

Pour changer, j’ai réussi à voir une pièce du festival off avant le off ! Il paraît qu’on aurait vendu le pont d’Avignon mais c’est tout faux. C’est pour rire et pour sourire, avé l’accent. Avé les chansons de Mireille aussi.  Hé oui, entre le Rhône et la Durance, elle a chanté, par ici, pas seulement à Osaka. C’est assez bien vu, ma foi, ce qu’on entend quand on arrive au pays des cigales. Quand on débarque pour la première fois dans cette ville en quête d’un logement. Pour y rester, s’y installer.  Putaing cong, bientôt cinq ans! Et toujours sans raison, ni racines, me manquent les rimes. Alors, je retourne au jardin agricol, avec son air anglais et son clocher perché. Je vais humer les roses. Elles ne sont pas bleues, je vous rassure. Elles sont jaunes, et rouges, et roses, et flamboyantes. Je cueille l’espoir à pleines gorgées. Ne sais quand remonterai…

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Rrose Sélavy

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hé hé, on dirait que les photos revivent…
Patience, les autres vont suivre !

 

Bleu de mai

Au premier mai, il y a des travailleurs, des odeurs qu’on appelle parfums, des relents de printemps. Des roses qui embaument au jardin, du muguet qu’on offre au matin, des fraises qu’on déguste à la main. Il y a une légèreté qu’on voudrait décliner. Une indolence à rêvasser. Au milieu du Rhône, sur l’île de la Barthelasse se promener, croiser des gens. J’adore ça ! Des gens tous différents, très mélangés. Pas seulement des enfants, avec leurs parents. Pas seulement des grands-parents. Pas seulement de jeunes amoureux, pas seulement de vieux amants. Pas seulement des femmes voilées, des filles dénudées, des gars torse-nus, des gaillards tout barbus. Pas seulement des pêcheurs du dimanche, des mémés emperlées, des dragueurs patentés. Pas seulement des familles, aussi des amis, parfois des voisins. Des gens même qui viennent de loin, de l’autre rive du fleuve, de l’autre rive de la Méditerranée, des étrangers qui parlent une langue étrange, des gens avec plein d’accents chantants. Il y a des ballons, des trottinettes, des poussettes, des vélos, des glaces, des cannettes, des cannes, des canetons et des canards. Douce France, celle que j’aime ! Il se dit qu’elle passera. Elle ne passera pas, je te le dis moi, té ! 

 

— Interlude sans raison —

 

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La dolce vita que voilà !