Un et huit font l’an neuf

Déjà un mois passé, une année au calendrier, une page s’est tournée. D’avoir tardé à écrire, pouvez-vous me pardonner? Du Japon, l’étudiante est rentrée, en bonne santé, un peu déboussolée, s’exprimant par onomatopées, souriant gentiment en inclinant la tête mais ça n’a pas duré. Les lumières sur la place brillent toujours, le sapin dans la cour se maintient, la neige a rapidement fondu, noël s’est dissipé. Les soirées j’ai prolongées, avec des réveillons sans bouchon. De rapports à boucler en dossiers à terminer, les heures ont sonné sans compter. Il y avait bien plus de douze coups. 

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Cerisier du Japon, au Japon !
En fleurs à Tokyo, fin décembre
(variété spéciale, photo© de l’étudiante)

Quand l’heure vient, personne n’est jamais vraiment prêt. Une amie pour une opération, en confiance, est partie. Le voyage a mal tourné, infectée, réopérée, bien puis mal soignée. Elle a passé le mois de décembre à décliner avec le jour. Rien de tel qu’un hôpital pour être incertain du lendemain. A la Saint-Stéphane, qui est aussi comme chacun sait la Saint-Etienne, elle s’est éclipsée sans attendre l’année nouvelle. Elle avait un coeur gros comme ça et peut-être que —vraiment— ça ne se guérit pas…

A Saint-Rémy, qui n’est pas en Provence, dans l’église, en blanc avec du noir, éviter le fou-rire. Se rappeler pourquoi des cérémonies laïques j’ai voulu ordonner. Non, décidément, la grand messe, avec récupération des ouailles, quête et prières imposées, est un exercice bien dépassé. Un autre hommage, plus conforme à la personnalité disparue, aurait pu être rendu. A l’issue de la cérémonie, des civils mieux inspirés se sont heureusement montrés plus convaincants. Et la défunte —fait très étonnant— avait elle-même écrit un texte d’une belle profondeur et d’une grande tristesse. Dernière pirouette d’une comme aucune, qui aimait tant rire de la vie. Certains parfois se préparent mieux que d’autres.

Après le cimetière, la bouffée de souvenirs, l’oppression du temps remonté, la plongée fut plus vertigineuse encore à revoir des amis anciens, des visages familiers devenus ridés. Mettre des noms oubliés sur des traits fanés. Combien d’embrassades et de questions ? Parler à celles qui m’espèrent en Avignon, à ceux qui me savent à Liège. D’autres ignoraient jusqu’à mon départ de la néoville, depuis trois ans et demi, quand même ! A mes côtés, l’étudiante lumineuse, en jeune adulte présentée. Ce retour, en des lieux trop longtemps hantés, avait quelque chose d’halluciné, comme un rêvé éveillé. Appuyer sur la touche escape.            

Retour à Liège. Le chat s’évade toujours aussi facilement et rien ne change vraiment. Alors que les jours rallongent enfin, que le gris est toujours aussi gris, qu’on guette la moindre éclaircie, qu’on se réjouit de l’absence de pluie, on se demande de quoi sera fait dix-huit. Et quand on pourra redescendre au bleu. Et quand l’étudiante pourra retourner au Japon. La vie qui continue. Avec ses interrogations, ses soucis, ses emballements, ses espérances et ses incertitudes. 


Bono Annado ! 
…et pour le même prix,
je vous mets un Bono jeune.

Comme on dit en Provence : “A l’an que ven ! Se sian pas mai, que siguen pas men“. Ce qui signifie, vous l’aurez compris : “A l’année prochaine ! Si nous ne sommes pas plus que nous ne soyons pas moins”… Et j’en connais déjà qui vont augmenter le quota! Très sincèrement, souhaiter que votre année soit douce et légère !

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