Chute et bleus

Voilà le printemps, c’est tout blanc! Encore une preuve que ce réchauffement climatique est d’abord synonyme de dérèglement. Le 2 mars, la dernière gelée de l’hiver était annoncée, un verglas programmé, avant que les températures remontent… jusqu’à 16 degrés au moins, prémices d’un futur ensoleillé. Mais ça n’a pas duré, le vent de Sibérie a soufflé, les températures ont dégringolé, et voilà le résultat. Résumé rapide de trois semaines écoulées, sur le divan allongée. Car, bien sûr, entre la plaque de verglas et moi, ce fut une très brève mais intense histoire de fusion. Une passion douloureuse, qui a duré… disons une seconde. Le temps de poser le pied et de chuter.

La faute à la femme d’ouvrage, ouvrage de la femme de ménage, ménage bâclé de la femme à journée. Car ce jour-là, c’était un vendredi. Je n’ai compris qu’une semaine plus tard. Comme à son habitude, elle a lavé les communs et l’escalier à grandes eaux, puis jeté l’eau du seau sur les marches de pierre bleue et la cour en pavés. Sauf que ce jour-là, il gelait à pierre fendre, à corps rompre. En sortant, une heure plus tard, alors pourtant que je savais qu’il fallait être prudente, je me suis seulement dit qu’il ne pleuvait pas encore, que les risques étaient limités. Et donc, j’ai posé le pied —droit— sur la première marche, erreur fatale. Glissade digne des jeux para-olympiques, sans médaille aucune. Sans personne pour m’aider à me relever, j’ai prévenu ma fille de faire attention et de rentrer vite. Puis, je me suis hissée, —aie—, redressée, —aie—, je ne sais comment, —aie aie—, je me suis trainée. Remonter l’escalier. Rentrer, me soigner, éviter de m’évanouir. M’évanouir, aussi, peut-être.  

Après, comme un long cauchemar, de nausées et de douleurs, de médicaments peu efficients. L’étudiante à mes côtés, bienveillante et attentionnée. Réconfortante et inquiète pourtant. Les chats à venir se loveler pour me consoler. Les journées, comme les nuits, à se ressembler. Un matin, pouvoir s’asseoir, enfin. Se redresser, marcher, retrouver un peu d’autonomie. Un peu seulement. Chaque jour, se réjouir d’un geste supplémentaire puis regretter aussitôt une tentative inutile. Tout doucement, millimètre par millimètre, faire lentement. S’abstenir de tout effort. S’abstenir de tout. Renoncer.     

Renoncer à descendre, dans le Sud, alors pourtant qu’il me manque tellement. Renoncer à faire des plans, alors que l’apprenti architecte a fini sa mission. Renoncer à réfléchir, alors pourtant que l’étudiante prépare son mémoire et que —loin de l’aider— je l’inquiète et j’entrave ses recherches. Renoncer aux choses simples de la vie quotidienne. 

Demain, je vais tenter une sortie. Cette nuit, il s’est mis à neiger, finement, encore,  mais ce midi le ciel est vraiment bleu, enfin!

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Fenêtre sur Cour

J’ai adoré le film, je déteste ce remake

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