Canicule

“Le jour où la pluie viendra… nous serons, toi et moi, les plus heureux du monde”, dit la chanson, ancienne déjà. Enfant, je ne comprenais pas qu’on puisse être heureux de voir tomber la pluie. Et pourtant ! Parfois, comme un cauchemar,  je rêvais qu’une chaleur comme au désert rendait l’air irrespirable. Aussi, je venais de lire l’Étoile mystérieuse. Cette chaleur, Milou, et ce bitume qui fond, et le rebord de la fenêtre brûlant. Et tous les prophètes qui annoncent la fin du monde. Le réchauffement climatique, nous y voici. Mourir de chaud, ça se passe comment, exactement ?

Donc, cet été, on a dégusté et on va déguster. On pouvait s’y attendre mais on préfère faire semblant depuis trop longtemps. On baisse la tête, en attendant que ça passe. Que faire d’autre d’ailleurs ? On subit. On cherche des subterfuges. On s’immobilise, on s’isole, on boit des litres d’eau. On invente des linges mouillés qu’on pourrait étendre où les chats épuisés iraient se cacher. Mais comment rédiger quand le cerveau ramollit, que les idées s’effilochent, que les mains collent, que les bras collent, que les lunettes glissent sur le nez et que les gouttes dégoulinent sur le front. L’étudiante a un mémoire à terminer, les jours sont comptés. 37° affichés à l’ombre du trottoir d’en face.

L’autre samedi, une voisine, dans un élan de bêtise et d’inconscience conjuguées, a entrepris de nettoyer la cour au kärcher©, nous obligeant à fermer les fenêtres et à subir son vacarme incessant, deux jours durant. Elle s’est arrêtée quand je me suis fâchée tout rouge, démonstration imparable que le bruit rend fou ! Surtout quand il fait 33° sans air. On s’étonne parfois qu’il ait des baffes qui se perdent, surtout quand on voit une eau précieuse si facilement gaspillée. Désormais la basse cour est propre mais je ne parle plus à personne, ce qui nous fait aussi des vacances. On choisit ses amis, rarement ses voisins.

Tant bien que mal, l’étudiante a donc remis une première partie de son grand oeuvre. Elle s’escrime à écrire la suite, à la nuit tombée, quand la température baisse d’un ou deux degrés, quand le ventilateur tourne à peine régime, ce qui ne contribue pas à sauver le climat planétaire. Il paraît que nos mails consomment, que nos tweets polluent, que prendre l’avion est une hérésie, que manger de la viande détruit les sols, que respirer nous tue… L’information nous réveille, nous culpabilise, nous mobilise ou nous désespère. Mais que faire, ici et maintenant ? Preuve qu’on nous ment, l’autre soir, on n’a vu aucune éclipse! Dans les champs, les pompiers doivent intervenir pour éteindre les incendies. Dans les rues, on a installé des pompes à eau et des plantes incroyables qui survivent sous le cagnard. Entretemps, l’autre voisine a fait un malaise. Et c’est là, Monsieur le Juge, sous les lumières bleues de l’ambulance, que je me suis mise à implorer Mistral ! Pour sortir de cet enfer…

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2 thoughts on “Canicule

  1. La dernière fois que j’ai vu la pluie, j’ai levé les bras vers le ciel pour remercier les nuages et je l’ai regardé tomber 😉

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  2. Siestes aux heures les plus chaudes, courants d’air, glaces et boissons glacées, douches et bassines d’eau fraîche… Et puis courage ! Et patience, patience : ça va bien s’arrêter un jour.

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