Mistral gagnant

Lundi, il est revenu en force, cinglant, bruyant, assommant, nous gratifiant d’un bleu parfait, d’un froid polaire, à ne pas sortir sans manches. Mistral s’invite. Octobre a sonné, nous rappelant que l’été s’en est allé, après des journées d’une chaleur insolente et des nuits d’une douceur délicieuse. Ainsi je suis revenue au bon moment, celui du basculement. J’adore débarquer à Avignon à l’intersaison, au temps de l’été qu’on dirait des Indiens, au moment où le Canada me manque tant. Voyage sans encombre, retard habituel, ascenseur en fonction, changement chaotique à Aix, pour changer, et forte chaleur à l’arrivée. J’y suis, j’y reste. Je me promène, je me régale, je m’évade. Je découvre, je devine, je redécouvre, je réinvente. De nouveaux lieux, les mêmes mais différents, des endroits revisités. J’adore me balader le nez en l’air, pousser la porte du Musée Lapidaire, retourner au Cloître Saint-Louis, traverser la rue sans chercher d’emploi.

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Passer à la Poste, repasser devant les Corps Saints, reprendre la petite rue repavée et marcher sans tomber, retraverser la place Saint-Didier rénovée. Comme elle est belle, comme je l’avais rêvée, ma ville !  Il y a 5 ans, j’imaginais qu’à cet endroit, un bâtiment à l’abandon ferait un très beau lieu d’accueil, d’échanges et de partage. D’accord, c’est redevenu un café fréquenté et bien famé, qui ne recueille aucun affamé. Mais l’envie de m’y poser pour écrire, encore et à nouveau, refait surface. Quelques dizaines de mètres plus loin, une maison très étonnante, qui est longtemps restée fermée aux yeux des passants, ouvre désormais ses portes aux artistes. Je m’y sens comme chez moi, dans un très joyeux fatras comme j’aime et que n’aurait pas renié ma mère. Jugez vous-même !

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La Maison de Fogasses, c’est un peu fou…

Des surprises, il y en a partout. Des bonnes surtout. Comme de pouvoir danser dans la grande Cour du Palais, celui des papes que vous savez. Avec une projection féérique et en musique, sous la Lune et les étoiles, avec Mars en voisin. Une nuit magique, quelques instants volés, comme suspendus, presque irréels. Et puis revenir par les ruelles, encore animées, sans vent et sans crainte, légères comme des papillons à la nuit tombée. Je n’ai jamais fini de parcourir l’intramuros et j’en découvre encore, derrière le décor.

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Ceci n’est pas le pont d’Avignon… mais le pont du Gard, bien sûr

Tant d’illusions ! Pour ce qui est d’avoir du bleu, vous êtes servis. Et si vous voulez des clochers en voici aussi : celui des Carmes qui me charme toujours autant, et celui plus austère de Saint-Pierre qui m’indiffère assez. Je vous laisse deviner…

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Dans cette rue, qu’on appelle Carreterie, il y a un magasin cyclo-bio, qui depuis cinq ans a bien prospéré, la dame et toujours là et le patron souvent me reconnait, quand nous parlons circuits courts. Il y aussi mon bar, un café où il est bon de s’asseoir en terrasse pour regarder passer le temps. Tout au bout de la rue, il y a l’Université où il me plait d’aller. Non loin, à tribord, il y a les Halles, que l’on rejoint par la rue Sain, du nom d’un peintre orientaliste. On y trouve aussi la boutique d’un incroyable artiste, qui se rêve sculpteur de cuivre et de ferraille, en créant de toutes pièces des pièces très improbables. C’est ici qu’on se dit tout devient possible. Il suffit —pour ça— d’un peu d’imagination, comme dirait si bien Charles Trenet, qui empruntait si facilement la nationale 7.

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Bleu qui tire sur le vert…

Il y a plein de bonnes raisons de vivre en-Avignoùn ! La première est le bleu que j’aime. Il naît du bon vouloir de Mistral, le traître qui, cette fois-ci, m’a fait faux bond. Et donc, la photo est un peu voilée mais on devine bien, au-loin, la deuxième raison d’aimer la région. C’est le fameux Ventoux qui accroche les nuages. A l’avant-plan, le non-moins fameux pont, dessous duquel il paraît qu’on dansait. Et bien sûr le Palais, tantôt blanc, tantôt d’ocre, que l’on aperçoit de loin comme une promesse… adossé au Rocher des Doms. Chaque promenade sur l’île de la Barthelasse est un plaisir renouvelé.

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Une autre raison, importante, particulière, nécessaire, en-Avignoùn, c’est l’affichage ! Et ce n’est pas toujours du théâtre. Juillet approche à grand pas, son festival, en Off et en In, se prépare dans l’effervescence. L’ambiance sera bientôt détonante, vibrante, étincelante. Mais à l’année aussi, la culture est à l’honneur. Les musées y sont désormais gratuits. Voilà qui mérite bien le titre de “Ville d’exception”, même si on espère que beaucoup d’autres villes démentiront rapidement cette appellation.

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Liberté, égalité, gratuité… je vous laisse méditer !

A l’année aussi, les habitants avisés, des militants éveillés, savent que les idées se communiquent par écrit et s’affichent. Aussi, j’aime ce pays, parce que je peux y lire ceci:

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Où on voit que les vieux platanes ont fait place à de jeunes micocouliers…

Bien sûr, dans cette Région qui s’appelle désormais “Sud” (c’est tellement inattendu), on n’est jamais très loin des montagnes et pas trop près des frontières, sauf à la mer. Il suffit de descendre le Rhône. Se rappeler que la Provence (c’est son vrai nom) fut cette grande Province romaine, au bord de la Mare Nostrum. Mes racines sont d’ici, mes ailes m’emportent là. Les nageoires sont faites pour nager comme les pieds pour migrer.

A Arles, la prestigieuse, le Rhône se sépare. Le Grand-Rhône descend jusqu’à Port-Louis, vers Fos et Marseille, où commercer et échanger riment avec produire et polluer. Le Petit-Rhône file plus à l’Ouest vers la côte, là où Miréio perdit son chapeau, vous connaissez l’histoire et la chanson. Entre les deux, le grand delta de Camargue, avec le riz, le sel et le listel ; avec ses oiseaux migrateurs ; avec des saintes venues de la mer en barque ; avec des taureaux qui ne sont pas espagnols, comme leurs cornes l’indiquent, et pas non plus victimes dans les arènes ; avec des chevaux qui sont blancs après avoir été marrons, parce que la nature fait comme il lui plaît ! Oui, on peut changer de couleur, de bleu, de peau et de pays !

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Spéciale dédicace à une gardiane amoureuse de la Camargue… 

 

Et comme si tout ça ne suffisait pas, en descendant vers la Côte bleue, on y trouve un rivage aux reflets de bleus et de verts, qui font tellement rêver qu’on voudrait s’y baigner, mais que les rochers coupants et les galets roulants empêchent d’aborder.  La crique reste une zone critique.

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La mer qu’on voit danser le long des golfes clairs…
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Des pins si bleus qu’on voudrait les peindre… spéciale dédicace aussi !

Mille et une raisons de rester en Avignon, et pourtant je suis remontée ! Shiva se devait d’être là pour faire réviser l’étudiante, qui a bien réussi l’épreuve mais doit encore rédiger ce qui s’appelle un mémoire, tandis que je n’en finis pas de relire mes mémoires Cinq ans déjà qu’on vidait notre refuge de la rue Saint-Charles. Cinq ans ? Cinq ans !

Bleu Spa

Alors que la place est blanche, le ciel gris, le vent violent, je vous mets du bleu de spa. Celui des bouteilles et des cures de jouvence. A guetter les éclaircies, il arrive qu’on soit surpris de voir la vie qui défile sans crier gare. La mienne se résume trop souvent à des trains. Celui-là était incertain, comme une période romaine qui s’achève, comme une page qui se décolle. Comme la fin d’une histoire qui marque aussi un nouveau départ. Celui-là était chaotique, comme un samedi, avec changement dans une station à l’abandon, sans indication. Un quai sans nom, une voie unique, un escalier, un couloir, un cauchemar. Après, le tortillard, qui arrive d’Aachen tout seul comme un grand avec deux voitures, nous conduit vers la perle des Ardennes. Tout un poème. Sur la place grande, Souchon rame, rameurs, ramez. Même le bleu pique aux yeux.

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C’est la fin du sapin !

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Funiculaire qui monte, qui monte…

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Moulin qui n’est pas de Daudet

Dans les bains, se baigner. Se détendre, se relaxer, se reposer. Tourbillonner. Et puis discuter. J’aime bien ces moments volés, qu’ils soient mouillés ou apaisés. L’amitié retrouvée, la complicité renouvelée. Le temps en suspens. Les jours qui s’étendent. Vivement le printemps. Faudra-t-il encore longtemps nager à contre-temps ? Depuis que l’apprentie japonaise est revenue, elle fait du chinois. Depuis que l’apprenti architecte est arrivé, il fait des dessins. Et moi, je fais des plans sur la comète !

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Cadeaux du Japon

Bleu d’automne

Le long de la Durance, les pommiers sont en pommes. Par ici, le bleu est parfois gris, et les reinettes font grise mine. Pourtant, il fait chaud, très chaud, encore. Assez pour se promener, décapoter le cabriolet qui décolle (je rigole). Assez pour grimper, comme un cabri à Cabriès, sur la traverse du pied de la chèvre, j’invente rien. Té, je vous mets la photo, il y a du bleu !

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C’est une maison deux…

Prendre les chemins de traverse, retraverser la Durance, jusqu’à Lourmarin. Le joli coin, où Camus et son ami René s’étonnaient de tant de lumière, de tant de lucidité. D’une brûlure proche du soleil. Si proche, qu’il a mordu Miréio qui en mourut. Parfois, je me sens un peu fada mais rien n’est fade par ici même si on raconte beaucoup de fadaises. A Cucuron, le bassin n’est pas rond. Il me rappelle celui de Pamplemousses, sans nénuphars, sans maurice, sans ma mère, sans amertume. Juste une image. Té, la voilà !

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Carpe diem

Des images comme s’il en peignait ! Gauguin sur son île à Tahiti m’ennuie. Enfin, le film, surtout. Cassel est très crédible mais entre deux Vincent, je préfère Van Gogh. Alors, on retraverse la Durance, vers la Crau et Saint-Rémy. Au pays de Maillane et de Mistral. Près des Antiques, autour d’un cloître ancien, une chambre monacale, et un jardin. Avec des iris, des blés, des oliviers, des nuits étoilées. La folie transcendée, la lumière si proche du soleil, si paisible pourtant. On n’entend rien des cris de douleur. Les couleurs des arbres japonais, l’inspiration comme une respiration. Au pays de Vincent, des images revivent, reviennent. Séquence émotion. On n’est jamais au bout des surprises en Provence. Le pays d’où je suis d’ici.

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 Reproduction interdite

 

Il pleut des chiens et des chats

Le petit chien de la voisine F est rené, renaquit, rescussité, rescued, ressuscité, je ne sais jamais comment ça s’écrit ! D’ailleurs, je n’y crois pas. Il paraît désormais que Jésus n’a jamais existé, ils viennent de le prouver. Enfin, c’est comme l’existence de dieu, on ne peut jamais prouver que quelque chose n’existe pas. Sauf dans l’imaginaire des unes et des autres. Moi, je dis que seule Marie-Madeleine exista, s’exila, s’exposa, s’extasia, et cetera, pourquoi pas. 

Revenons à notre chien. Ce n’est pas le même bien sûr ! Vous vous en doutiez ? Quand on voit comment va le monde, dieu doit être bien caché au fond d’un trou si profond qu’on l’appellerait le diable. Dans un geste de bonté infinie, il a quand même permis à la voisine très triste d’adopter un autre chien, plus sage et plus malin, plus grand et moins gros, qui pourra monter les escaliers sans se fatiguer. Il aboie peu aussi. Et la chienne du bas en est tombée amoureuse. La vie est bien faite parfois.

Dans ma cour… il y a des chats et des chiens, et des voisins. Au rez-de chaussée, le chat angora, au poil tout mêlé qu’on est obligé de raser, ne ressemble à rien. Il est gentil et malin. Il fuit sa maîtresse distraite pour aller squatter l’appartement du voisin au gros chien, qui est une chienne comme vous savez. Parfois, il s’enfuit dans la rue, et revient blessé. Tout le monde se cotise pour l’emmener chez le vété. Il dort volontiers sur le coussin de la chaise en osier que la voisine —l’autre qu’on appellera A— a posé à son intention toute particulière. Et aussi à l’usage de nos fesses quand le temps est d’attendre. Elle a un petit chien, elle aussi, tout riquiqui-tekki, qui aboie quand il me voit mais parce qu’il est content. Sa queue sert à la fois d’indicateur de pression et mesure la direction du vent. Enfin, je crois! Je n’ai jamais compris pourquoi certains veulent l’appeler baromètre. 

Au second, il y a un chat très fin, très gris, très timide, qui sort peu. Et quand il tombe, c’est sur ma terrasse. A l’heure du premier carillon, vers 8h05, timidement, la voisine G vient frapper à la porte pour le récupérer. Elle se glisse discrètement dans la chambre, elle récupère la bête toute heureuse qui se blottit dans ses bras. Affaire classée, jusqu’à la prochaine fois.

Et puis, chez nous, il y a deux chats que vous savez, qui ne sont siamois que de nom et birmans de sang, ou inversement. On les reconnaît facilement, le mâle est sans queue, la femelle se frotte sans se laisser caresser. Quand le temps est au bleu, ils jouent sur la terrasse, mangent le bambou, chient dans les pots, se cachent sous linge qui sèche au vent, se vautrent au soleil, s’étalent à l’ombre et se coursent joyeusement. Parfois, ils tombent. Dans la cour. Le gros chien aboie, la voisine, une voisine A-C-D-E indifféremment, vient sonner : ton chat est tombé! On ne sait jamais comment c’est arrivé. On le récupère tant bien que mal et avec beaucoup de malice. Jusqu’à la prochaine fois.

Et puis l’autre jour, le sans-queue, comme il y a des sans-dents, des sans-papiers, des sans-rien, est allé se promener dans la cage d’escalier. Il adore ça. Les odeurs de l’autre chat, du chien qui passe, des araignées au plancher. Quand il peut ou qu’il pleut, il se précipite vers la cave, noire et gluante, puante et glissante, qu’on dirait que le diable s’y est caché. Opportunément, la porte en reste désormais fermée. Vexé, ce jour-là donc, il est remonté et monté, monté. Jusqu’au toit. S’est faufilé par la fenêtre mansardée qui était entre-baillée. Et voilà le résultat !  

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Nouvelle gargouille !
Jugez mon émoi et n’en parlez pas à l’étudiante qui japonise !

C’est la voisine du fond de la cour qui l’a vu et surtout entendu miauler. De plus en plus fort. J’y suis, j’y reste et je ne bouge pas ! D’ailleurs, j’ai le vertige. D’ici, je vous vois tous, et les chats et les chiens et les voisins et les voisines qui s’agitent. Et ma maîtresse qui grimpe à l’échelle de la voisine D, sur la terrasse de la voisine G. Puis qui vient m’appeler par la fenêtre des voisins H. Si elle croit que je vais revenir… et courir tout content vers elle, comme un chat normal ferait ? Pas du tout, je suis terrorisé. Je suis tétanisé. Je ne veux plus bouger. Manquerait plus qu’il faille appeler les pompiers !

Et puis, effet du saint-esprit-et-du-clocher-réunis, après une demi-heure de patience et d’angoisse, il s’est mis à ramper, à tout-tout-petits-petits pas. Alors qu’il avait à peine 2m à franchir sur une corniche de 30 cm de large, ce qui représente un boulevard pour félins, il n’avançait pas. Et quand enfin, je l’ai réussi l’attraper, MIRACLE ! Celui-là, on pourra dire qu’il s’est fait prier. 

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Au Japon aussi, ils vont prier et mettent
des chiens-lions à l’entrée des temples…

L’étudiante se régale
et j’adore les photos qu’elle envoie.

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Nourritures terrestres…

 

Bleu orage

C’est un ciel orange avant l’orage. Une lumière venue d’ailleurs. Un changement de planète. Une pollution qui ne dirait pas son nom. Une menace extraterrestre. L’heure où tout pourrait basculer. Ca ne va pas durer. Il est 21h à l’horloge du clocher. Il est minuit par ici, il est tonze heures par là. La photo est trop pâle. Les couleurs trop métalliques. Non, ce n’est pas ça. Le ciel était orange, les fenêtres étaient orange, la cour était orange, la place était orange. Orange est-ce une couleur, un fruit, une ville ou seulement un songe?   

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Pourquoi cette inversion des codes ? Une spirale du temps. C’est Nimitz, le retour ! La cabine du bon docteur whooo qui délire. 1Q84 réécrit. Une morsure du serpent maya. Une courbe spatio-temporelle. Le téléphone sonne. Il n’est pas huit heures, c’est l’heure de la traite, une erreur certainement. Et c’est là, monsieur le juge, que tout a basculé. 

Ma fille a décidé de partir au Japon. Kim a décidé d’attaquer. Donald a menacé de répliquer. Des oeufs pourris se sont lancés à la tête. Crâne-d’oeuf premier est intervenu pour calmer le jeu. Et moi, j’étais là. Comme un observateur en pleine neutralité, à quoi penser ? Je ne ponds plus depuis que le fipronil m’a pris tous mes enfants. D’interview en discours, j’ai coupé le son. Je suis partie promener sur la rambla di lîdje, drôle d’idée…

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En bord de Meuse, j’ai vu ça. Et là, mon coeur a fait boum. Un feu d’artifice du 15 août, tiré le 16, parce qu’en république, chacun fait ce qu’il lui plait ! A midi, j’avais pris la navette, pour changer. J’aurais pu chavirer. En soirée, goûter le vin de groseilles avec des Lorrains bien arrosés. J’ai dégusté. Au matin, mal réveillée, découvrir un écran clignotant comme un philtre puissant. J’ai déliré. Sur le réseau virtuel, big data se moque de moi. Mon pire ennemi me demande en ami. Faudrait que j’arrête le café. Je sens que tout va recommencer, comme avant, comme jamais. Le voisin qui revient, une maison improbable, des dettes, un projet, deux projets. De l’espoir, des espoirs. Raccrochez, il n’y a pas d’abonné au numéro que vous avez demandé… il n’y a pas d’abonné… il n’y a plus d’abonné… il n’y a plus… il nia… il nia… il a plu ! Que la fête commence, que l’orage éclate! 

Blanc de bleu

Vous voulez du bleu ? Voici du blanc ! Après une traversée hexagonale sous un pâle soleil, arrivée sous le grésil, le blizzard, la neige et la glace ! Bienvenue dans le Gard, n’espérez pas voir le pont, ni le Rhône, à peine la gare ! D’accord, on est fin janvier mais avouez que c’est rageant. Se geler, se cailler, se cacher sous la couette, alouette ne te découvre pas d’un fil, avril est encore loin. 

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Du train, on voit bien
qu’on file vers la Sibérie. 

Le voyage avait pourtant bien commencé, aux guillemins-guillerets, avec un bus pas même bondé, un train pas même en retard. A la Zuid-Station, les escalators du quai 15 étaient même en panne, vous dire si tout était parfait. Au guichet de la stib-mivb, appelé indifféremment KIOSK ou BOOTIK (je n’ai rien inventé, ils se sont surpassés), on a même été servi en français et très rapidement comme c’est très différent de Lîdje ! Le temps de se poser, le temps de se retrouver. Séquence émotion, c’est la première fois… depuis 4 ans, que je redescends avec mon enfant en Avignoùn, dans le train à toute vitesse.  Elle a bien grandi ma fille, elle a délaissé ses livres trop lourds, opté pour la tablette. Confiante, elle attend les résultats de sa session. Suspense, suspens. Ils ne sont pas pressés de communiquer les notes. Alors, on descend, on descend, puis on s’arrête. 

La ville sans elle, la ville avec elle, n’est pas tout à fait pareille. D’abord, il faut guetter le bleu entre les nuages, ensuite écarter les souvenirs, faire le tri entre le miel et l’amer. C’est un ciel fâché et sans mistral, elle ne peut même pas râler. Elle n’aime pas, c’est décidé, affirmé, définitif. Point barre. Pas d’interrogation, ni subjonctif, ni conditionnel. Pour la nostalgie, je peux me brosser. Trop froid l’hiver, trop chaud l’été, elle a détesté. Voilà c’est dit. C’est sale, c’est triste. Je peux remballer mon lot d’illusions, mon flot d’imagination, mon affection pour une cité interdite de toute émotion filiale.

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 En demi-teinte,
le palais se laisse deviner…

Pourtant, en rusant, on arrive encore à partager des moments éthérés. Entrer dans une bouquinerie, acheter du thé, essayer des chaussures. En complicité, jouer aux reines du shopping déguisées. Déguster des sushis, se frotter à la compagnie des chats. Elle aime ça et ne s’en cache pas! Finalement, tout ça reste mystérieux, le choix d’une ville, l’âme d’un lieu, les rues traversées. La liberté respirée, le nez en l’air, la tête ailleurs.

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Où on voit bien que les photos
ne sont pas de moi !

Profitant d’une journée éclairée de bleu retrouvé, à la mer retourner. Mon Sud à moi, il est bleu comme ça ! On y voit des palmiers, en janvier. On y mange dehors, sans faire de photos des assiettes garnies. On se dit que le printemps ne va plus tarder, que le moral va remonter, avec les degrés. Que bientôt il faudra remonter mais on évite d’y penser. On fait le plein de lumière, on oublie l’hiver.

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Ceci n’est pas un riad !

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Ceci est un trompe-l’oeil…
visible uniquement par ciel gris !

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Plein de bleu avec du blanc
(peinture céleste)

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Janvier à la plage…