Dans le ventre de la baleine…

A la fin de l’hiver, quand la lumière vient à manquer, faute d’énergie, comment recharger les batteries ? Le vent a molli, le soleil a pâli, les centrales ont failli. Reste l’eau, en refuge subaquatique, ou les salles obscures, en réserve subliminale. Sur la Meuse amarrée, la péniche accueille une entreprise musicale qui n’est pas un spectacle, juste un conte pour enfants. Une histoire qu’on raconte avec des sons, un divertissement du dimanche pour familles assagies. Un endroit où se réchauffer, au violon à clous. Un lieu où se ressourcer, au ventre de la bête. Je ne vais vous spolier, toute l’intrigue est dans le titre du film. L’aura ou pas son oscar, le lascar ?

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La batte vue du bateau !

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Muse

Voilà une année du singe qui commence bien, avec un repas chinois et un film japonais. Doublé comme il se doit, d’un café liégeois, à la place du marché. Une virée entre filles entre deux ondées. Conseillé par un ami fidèle, le grand réalisateur japonais Ozu nous a fait rire avec son film ancien, pas très éloigné du réalisme italien. Parce que — oui — il fut une époque où l’Italie était une grande nation de cinéma ! D’ailleurs, il faudrait absolument que j’aille voir le dernier Nanni Moretti…

En février, l’envie de voir et de vivre des histoires en grand me reprend. Une envie irrépressible, une soif inextinguible, comme une sève qui monte, un amour d’écran noir, une rose pourpre du Caire. Quoi, l’hiver est déjà fini ? Voilà qu’on brûle le bonhomme hiver !

Le soleil timide invite à la rêverie. Il se glisse entre les nuages chassés par un vent violent, qui s’appelle ici n’importe comment. A Lîdje, tout le monde peut se prendre pour une star et s’afficher en grand dans les galeries Saint-Lambert. Tout ça reste bon enfant. Ce n’est pas bien important. Les militaires armés jusqu’aux dents surveillent en papotant. C’est très rassurant. D’ailleurs, avec ce fusil de la fabrique nationale pointé vers le sol, on reste dans la production locale ! C’est du circuit court. Et comme vous savez, moi je suis pour ! Enfin, pour la paix surtout. Et si on pouvait remplacer la production de chargeurs par celle de triporteurs, pour tout dire, ça m’arrangerait mieux.

Love and Peace. Avec ce rouge partout, on a envie d’aimer tout le monde. D’acheter des macarons, d’offrir des chocolats, d’embrasser son voisin, de relire des bédés éculées, d’écouter Kula Shaker, d’entonner un air d’opéra, mon coeur s’ouvre à ta voix… mais qu’est-ce que je dis là ? Ne me demandez pas pourquoi, il y a dans l’air une forme d’espérance que je voudrais cultiver, au moins, jusqu’à l’été. Mais hélas, toujours pas de photos !

 

Lauriers bien mérités

Vendredi, enfin ! Le livre est arrivé, les résultats sont tombés ! Laissons tomber le livre, arrêtons-nous aux résultats ! Okinawa, c’est pas si mal que ça, finalement… c’est même excellent ! Japonais et théorie musicale font bon ménage, l’opéra cartonne, le rock est moins roll que prévu, et l’ensemble forme la très jolie moyenne de 16 pour l’apprentie musicologue ! Soulagement et félicitations. Pour la peine, je vous mets une photo du chat bleu… il a beaucoup eu à subir durant cette période ! 

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Fin de session

Or, donc, nous voilà réjouis, en ce 24 janvier, dimanche cracra, gris et pluvieux ! Un jour d’hiver, après la neige, quand la fonte accélère le cours des ruisseaux sans prévenir. Un jour qui rallonge au matin. Un soir qui s’éloigne vers une nuit de pleine Lune. Tiens, j’éternue. Les voisins ont emménagé, toute la journée, la porte grand ouverte, la musique à fond, les caisses à donf. La voisine a déménagé, toute la soirée, la porte jamais fermée, le chien dans l’escalier, les caisses au palier. Tiens, j’ai éternué. Les papiers, j’ai rangés. Les dossiers à trier toujours entassés. Les chats couchés ont tout fait tomber. Encore raté, il me faut ramasser ! Poussière amassée me fait éternuer ?  Ou seulement ce vent froid qui se glisse sous la fente du plancher, le long de la plinthe, près du chambranle, j’en tremble. Manquerait plus que je prenne froid.

Or, donc, la bonne nouvelle, en ce 24 janvier, outre la sortie de l’ouvrage d’un ami très vain qui écrit très bien, c’est que la session de l’étudiante est enfin terminée ! Deux semaines de blocus et trois semaines d’examens, émaillées de fête de fin d’année, de noël au balcon, de feux d’artifices en terrasse, de crise de colère et de découragement, de morts subies et de regains d’intérêt. Semaines sous haute tension. Il a fallu composer entre philosophie antique et histoire contemporaine ; balancer entre le rock et l’opéra ; se débrouiller entre le rommelpot  et la théorie musicale ;  départager Japonais et Okinawais. Ah ouais, c’est quoi ça ?

Déjà que c’était pas facile, il a fallu un décret “à-la-con” qui impose des examens partiels pour tous les cours, même pour ceux qui ne sont pas terminés au premier quadrimestre ! Examens non dispensatoires, qui donc ne servent à rien, puisque toute la manière fera l’objet d’un nouvel examen en juin ! Voire en mai, si la session commence plus tôt. Donc, au lieu de cinq matières déjà bien solides, voilà l’étudiante obligée d’en présenter huit. Mais qui est le sombre crétin qui a imaginé pareil système ? Je veux des noms ! Etudiants épuisés, en larmes, hagards, se sont succédé sous les yeux des profs dégoûtés, eux-mêmes écoeurés de la nouvelle règle du jeu. C’est pas moi qui l’ai inventé, si vous lisez la presse bien informée, vous l’aurez lu ! Et pas qu’en faculté de médecine. 

Or, donc, au final, l’étudiante avait un horaire à moitié pourri seulement, moins pire que certains condisciples. Car, bien sûr, puisque tout le monde suit désormais un cursus différent (options, mineure et étalement), plus personne n’a le même horaire que son voisin. Ni pour les examens, ni pour les cours bien sûr, ce qui donne lieu à de joyeux chevauchements, appelés fort justement conflits d’horaire. Situations opportunément résolues par un vote des élèves : “la majorité l’emporte, les autres se débrouillent”. J’aime —ô que j’aime— cette loterie qui donne tellement envie d’apprendre et de partager le savoir. Comme si l’université avait perdu sa vocation première, celle de transmettre et de former.

Or, donc, les résultats, on ne connaît pas et on ne connaîtra pas avant huit jours. Sauf le rommelpot, qui a fait l’objet d’un 30/30 bien mérité mais ce n’était qu’un partiel ! Pour la peine, pour votre bonne information, je vous mets une illustration de l’objet en question ! 

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Instrument typique des fêtes populaires du platteland, dont vous penserez ce que vous voulez ! Personnellement, mais c’est très subjectif, je préfère le mode de vie des Okinawais, qui vivent centenaires sur des îles au cadre idyllique, avec du bleu, bien bleu, voire même turquoise ! Là, oui, je vote pour.

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Ceci n’est pas une photo
de ma collection personnelle
!

 

Beau, Oui !

Je pleure doucement mais Rebel je resterai. C’est comme une blessure, une brisure. Je n’ai rien vu. Je savais, j’étais aveugle. Ce bandeau sur les yeux, c’est nous qui étions dans le noir. Tout était écrit, tout était prévu. Le dernier album, le dernier cadeau, le dernier clip, Lazarus, les mots même étaient choisis. Magistralement orchestré. Avec quelle énergie, quelle lucidité, quelle audace, quelle créativité ! Comme il a toujours été. En avance sur le temps, sur son temps, le nôtre. Quelle chance d’avoir partagé avec lui cette fin de siècle, ce tournant du millénaire. Quelle chance de l’avoir croisé, de l’avoir vu, d’avoir pu l’aimer. Je l’avais placé à la tête de mon panthéon personnel, bien loin devant tous les autres. Comme une évidence. A choisir, Bowie.

Le retrouver, en filigrane, au détour de nos vies. Du générique créé pour une émission de radio au début du concert de U2, du show-case de Raphaël au pseudo de Jean Genie. Dans un livre de théorie musicale, de Furyo à Arno, de Verlant à Rieppi, de Londres à Montreux,… il a émaillé nos vies de héros. Jusqu’à ce funeste matin où Laforge ne s’est pas levé pour rien. Just for one day !

En 1978, un concert parfait qui commençait à l’heure dite. il était prêt. Tout était prêt, programmé, millimétré. De répétition en répétition, mettre en scène sa propre disparition. Y réussir ! Tenir, se taire, souffrir. De si longs mois, saloperie ! Vouloir garder le contrôle jusqu’au bout, choisir de dompter la mort, et pourtant la maladie a gagné. Même sur lui, l’extra-terrestre, si grand, si différent. Admirative et bouleversée par ce rock’n’roll suicide.


Bleu pétrole

Le ciel était bleu, d’un bleu profond, comme j’aime ça. En ce jour particulier, ils étaient tous là. Obama et Poutine, le Chinois et l’Iranienne, le révolutionnaire Bolivien et le très beau Trudeau. Qui pouvait rêver d’un plus bel anniversaire ? De ce jour, où ils décideraient tous de faire tout pour que le monde tourne plus rond. Je n’ai pas rêvé. Le beau cadeau que voilà ! Et comme j’aurais voulu être là. Tant de réunions internationales me reviennent. Celle qui signait la fin de la guerre froide à Stockholm, celle qui ouvrait le commerce mondial à Marrakech. J’y étais, j’écrivais, je vivais. Aujourd’hui, Fabius a bien parlé mais sera-t-il été entendu ? Un formidable vent d’espoir a soufflé. Ce n’était pas Mistral. C’était l’humanité occupée à balayer ses vieux démons.

J’ai des doutes, est-ce que vous avez ? Des idées, des rêves, le goût du danger, des routes à prendre ou à laisser, des nerfs d’acier… et livrer le secret des banquises.

  

Black Friday

Ils se sont donnés le mot et c’est l’époque qui veut ça certainement. Les cartons, tout de noir étoilés, devaient être imprimés depuis quelques temps déjà. Mais quand FNAC-CLUB-PARFUM-INNO-STAR vous invitent personnellement à un Black Friday, ça donne à flipper ! D’autant que la séance a lieu jeudi soir.

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Et qu’au final les magasins seront fermés parce que le niveau de la menace est monté de 3 à 4. Sur l’échelle de Richter, il s’agit un léger séisme comparable au passage d’un tank dans la rue. Et on l’a bien senti passer le char à Brüssel-Stad ! Pas ceux de la saint-vé opportunément virés du paysage. Non pas de chars en carton mais en canon pour éviter de nous transformer en chair à canon justement. Enfin, c’est ce qui se dit dans les milieux autorisés. L’OCAMisole de force, dirait l’autre. C’est une histoire de fous !

Fais moi mal, j’aime bien quand ça s’arrête ! L’état d’urgence décrété et le danger imminent annoncé ne sont pas de nature à nous rassurer mais à nous faire paniquer. Policiers blindés et militaires surarmés dans la capitale européenne. Personne ne bouge. Les concerts sont annulés, les matchs privés de public. Medor à la niche ! Comme un coup d’état qu’on n’aurait pas vu venir. Taisez-vous dans toutes les langues et sur toutes les ondes. Passe un char, je donne ma langue au chat. Niveau ‘cat. Il est passé par ici, il repassera par là. Niveau moins quat’ dans l’ascenseur, le piège dont on ne peut pas sortir. Les métros, un jour sur trois et une station sur deux. L’école tu fermeras, les hôpitaux tu éviteras… chacun se débrouillera.

Sur les réseaux, c’est l’affolement, le déferlement, l’abrutissement. Je ne sais rien mais je dirais tout. Deux-pièces à loger avec porte blindée. Accumulation du grand n’importe quoi, interventions en direct et en différé, images floutées, interviews réchauffées, questions virales, réponses viriles.

Parfois, une analyse pertinente, qu’on aura pris la peine de traduire d’un média anglo-saxon. Parfois, un anthropologue avisé vient nous expliquer ce qui se joue aux confins du désert. Ce désert qui mériterait à peine qu’on s’y attarde s’il ne servait d’écrin à Palmyre, affirme le guide. S’il ne regorgeait de pétrole, précise l’économiste. Parfois, aussi, un jeune berger tunisien nous raconte les villageois qui vivent sous la terreur depuis des mois et sous la pauvreté depuis des années. Et là, on se dit que ce n’est pas gagné.

C’est à cet instant, monsieur le juge, que j’ai commencé à paniquer. La nausée, jusqu’à dégueuler. Le vertige, la plongée en abysse et en apnée. J’ai senti, ressenti le danger. Je sais le sable. J’ai humé l’ennui et pourquoi Deir-ez-Zor est un endroit à périr, qui ne vaut pas la guerre qu’on va livrer, ni aucun sacrifice. Et pourtant, tant qu’il y aura des combattants de l’obscurité à combattre, il faudra y aller. 

Où va le monde ? A mon chevet, 2084 me nargue. Lire ou ne pas lire ? Il y est fait une description très détaillée de ce qui attend nos enfants, demain et maintenant, dans quelques temps, si on laisse aller. Ce n’est pas une valse. Il est tentant de faire ses valises. Mais pour aller où ? Aucun ilot à l’abri, surtout depuis que le réchauffement climatique s’invite. Comment faire pour l’éviter ? Privés de manifester. Pendant ce temps, les ministres lévitent, trois pieds au-dessus du niveau de la mer. Qui monte, qui monte… Putain, ça penche, Alain, on voit le vide à travers les planches ! Nike, Diesel, Chanel, Cacharel, Hermès, Converse, Yamamoto, Petit Bateau,… putain, ça tangue ! On nous vend du vent, des espaces radio pour des assurances obsèques, la promotion du nucléaire, les soldes avant l’hiver. Black Friday, ils disaient…  Blackstar, Bowie chantait. C’est exactement ça, écoutez bien. Ouvrez les yeux ! Nous sommes dans un cauchemar. 

 

Blackstar David Bowie 2015