Fast book

Il arrive que certains me demandent à quoi ressemble la place-pie-qui-fut-pape, un jour de printemps par grand vent. Je vous le dis tout de suite, elle ressemble à ça !

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Autrement dit, à pas grand chose ! Les tables sont dressées mais les chaises sont vides. Les parasols sont pliés et les gens pressés. Il fait 22° mais personne pour s’asseoir. Et on voit bien que personne ne lit. Y’a pas écrit fada non plus ! Ici, quand Mistral souffle, tout le monde se couche. La vie au ralenti à s’accrocher aux branches. Les jeunes feuilles de platane, à peine écloses, sont déjà réduites à rien. Elles s’accumulent dans l’entrée et valsent en tourbillonnant…

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Alors, parce que le vent fort fatigue fort, on pense à aller se réfugier dans un endroit où les feuilles sont à l’abri. Dans ce grand magasin de la Ré, qu’il m’est interdit de nommer  — je me suis fait tancer à trop photographier, vous allez vite comprendre pourquoi —, j’ai pu observer de quoi le monde se nourrit. Consternée j’étais ! Vous avez vu à quoi sert la pâte à papier des arbres abattus à l’été ? A imprimer des navets en grandes quantités ! Pas fier, il était le petit gars qui ne voulait pas que je fasse des photos. Vous avez sous les yeux le tableau des  meilleurs ventes, en France, et dans ce magasin en particulier. Cherchez l’erreur.

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Vous avez trouvé ? Il arrive que Musso-dépasse-Lévy alors que les deux sortent deux livres différents en même temps ! Un petit et un grand, qu’ils appellent romans. Derrière vient Pancol, avec deux tomes également, puis Gavalda, je n’insiste pas. C’est ce qu’on appelle la monoculture littéraire ! Et non, je ne suis pas au rayon librairie d’une grande surface qu’on appelle aux-champs… ni casino, ni carrefour, ni aucune autre enseigne concurrente. Je suis dans un magasin qui se vanta longtemps d’être un bouillon de culture, à chercher vainement un essai de Jacques Julliard sur la vie de Simone Weil.

Quand même, un grand journaliste qui parle d’une grande philosophe, ça devrait se remarquer, non ? Ce petit livre vivifiant, qu’on peut qualifier au choix d’intelligent ou d’intello, je l’ai finalement trouvé. Coincé sur la dernière rangée de l’étagère du bas, à gauche, au fond du magasin, juste à côté de la porte de secours, entre l’extincteur et la réserve. Un livre, imprimé en février, sorti en mars, et dont la critique du mois d’avril dit le plus grand bien. Ce qui est bien aussi, c’est qu’il est densément écrit. On peut prendre le temps de le lire, de le relire et de l’annoter. Il donne à réfléchir, aux khâgneux, aux hypokhâgneuses, à ceux qui font l’ENA ou sciences-po en horaires décalés. Ca me console. Sans réellement me rassurer quant à l’avenir de la littérature française !

A ce moment très précis, j’ai une pensée particulière pour tous les écrivains en herbe et toutes les écrivaines en verve. Avec cette recommandation de circonstance, pour être publié, il suffit d’écrire léger ! Avec tout ce vent, désormais les écrits s’envolent comme les paroles. Mais pour passer à la postérité, il faudra s’accrocher.

PS/ Cette nuit, Mistral soufflait si fort, avec ce bruit particulier du train qui entre en gare sans s’arrêter, que j’avais le choix entre :  vous écrire ou lire un livre très assommant.

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En terrasse

Avec cet hiver si doux qu’on dirait la fin du mois d’août, il est un usage qu’on redécouvre, celui de la terrasse. Non pas la grande terrasse, orientée au couchant, pleine ombre à la journée et où il fait bon se rafraîchir à l’été. On peut même y déjeuner quand le vent est clément, mais il y a bien longtemps que ce n’est plus arrivé ! Non, je vous parle de la terrasse au ponant. Celle qu’on avait presque oubliée, parce qu’on ne peut rien y ranger. Elle est faite de grilles très inconfortables pour les pieds, si bien qu’on n’a pas envie d’y rester. Sauf pour guetter le soleil du matin, quand il passe au-dessus des maisons voisines, quand il dépasse le faîte et qu’il inonde la chambre. Alors, on sort pour se gaver, s’imprégner, se nourrir, se réchauffer de tant d’ardeur. Si le vent est tombé, on peut même y réciter ses leçons, y faire de la philosophie à l’occasion. Observer les gamins du lycée et les gamines pareillement insouciantes. Babillant au changement de cours, s’égaillant, se dispersant. Comme ils semblent légers, mal éduqués, turbulents, inconscients ! Comme on les envie, aussi. Surtout ma fille qui étudie.

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Terrasse en suspension pour observer la vie

Belle Verte

A ceux qui n’ont l’ont jamais vu, à celles qui souhaiteraient de le revoir, à toutes et tous, parce qu’il est tout simplement indispensable, je mets le lien vers le film de Coline Serreau. C’est une promesse de jours meilleurs ! C’est un cadeau de bonheur concentré. 

 

 

Prenez le temps, un jour, un soir, de le voir …
au moins une fois cette année !