Bord de Meuse

A la même gare, très laide, qui donne envie de fuir très loin, j’ai repris le train. Dans l’autre sens! Jusqu’à la capitale enclavée dans la Wallandrie endormie sous la brume matinale. J’aime bien le soleil au levant quand on roule vers l’Est ! Arrivée au confluent de la Sambre et de la Meuse. Si on n’est pas trompé de voiture, le train remonte vers le Nord. Il longe le fleuve. C’est tout de suite moins bucolique, surtout si on est du mauvais côté. Les usines fermées succèdent aux usines en activité, les carrières de blanc recouvrent tout, la centrale nucléaire fume encore pour un temps incertain. C’est un pays laborieux qui s’éteint doucement. Alors, on allume des contrefeux.

Je suis remontée au Sart-Tilman, comme c’est évident qu’en prenant de la hauteur on voit mieux d’où vient le vent. La biotechnologie comme fer de lance, ça ne date pas d’hier. Il me semble que tout était là depuis toujours, quand je relis une étude que j’écrivis, il y a … près de trente ans ! Déjà, le stévia, on en parlait, le colza, le jojoba, le kénaf, et tout ce qui pousse et qu’on n’utilise pas comme on devrait. Les molécules de tabac qui sont plus utiles à la médecine qu’à la fumée. Et le chanvre qui a des usages insoupçonnés. Plutôt que de fabriquer des pilules tueuses dans des labos cachés, la recherche wallonne ferait bien de s’appliquer ! 

Résolument optimiste quant à l’avenir de cette terre d’agriculteurs qui fabrique des ingénieurs qui construisent des miroirs pour observer les étoiles, j’ai donc repris le train dans l’autre sens. J’ai changé de côté pour mieux voir le fleuve. Et j’ai vu. Les péniches qui descendent, vers la Hollande, si lourdement chargées qu’on dirait qu’elles vont couler. Des écervelés qui font du ski nautique, des plaisanciers qui se sont égarés dans le sillage des navires qui remontent à vide vers le pays de Hollande qui s’appelle France.

Tranquillement la Meuse s’est frayé un passage qui réunit les pays et les paysages. L’eau miroite entre deux coudes boisés, qu’on dirait inchangés depuis l’âge du silex. Des arbres si hauts et des rochers si escarpés qu’un roi s’est tué. Puis, surgissent des pierres taillées en maisons tapies et en églises dressées, de l’autre côté d’un pont qu’on a lancé sur le fleuve. C’est beau l’ingéniosité de l’humanité.

Au confluent, le train accouplé a repris sa route vers les terres-et-vallons-de-limons-sans-nom. Dans le ciel rougeoyant, deux ballons des frères Mongolfier montent, doucement découplés. Souvenir d’une extraction d’été, d’un amour envolé. J’aime bien le soleil au couchant quand on roule vers l’Ouest !

J’aime bien cette région de France exilée quand elle s’invite à espérer. A faire les rêves les plus fous ! Comme d’aller sur la Lune avec une fusée rouge à damiers, dont on sait bien qu’elle ne pourra jamais décoller si on la met sous un plafond vitré ! La Wallandrie est un éternel chantier d’idées à construire, dont le coeur bat à Liège et les bras tournent à Tournai. Un pays qui vit entre la Meuse et l’Escaut qui me vit naître.

Les fleuves se moquent bien des frontières inventées par les hommes, qui ont construit des ponts pour les franchir et des trains pour faire voyager nos rêves.   


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Où on voit bien que l’idée du Zepplin
a fait du chemin …

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