Au train où ça va…

Donc, nous y revoilà. Ici et là. Dans le Sud. Sous l’orage, emprunter le bus parce que la ligne aux palais est inondée, prendre un train plus tôt pour ne pas arriver trop tard, l’ascenseur de la voie 16 n’est pas en panne, les contrôles sont aléatoires, le départ retardé de quelques minutes à peine. La voiture 7 est pleine à craquer de valises et d’étudiants du vendredi, veille de grève, le changement à Valence est venteux, l’arrivée en gare se fait sur un quai bondé de jeunes gens excités. On y est à la nuit tombée. Il fait un monde comme en plein festival !

Le lendemain, aller jusqu’aux Halles, dans les rues pareilles et différentes. Refaites à neuf, en moins de neuf mois et moins douloureuses aux pieds. Se balader sans trop traîner, respirer. Qu’est-ce qui dans l’air a changé ? Les musées municipaux désormais sont gratuits, j’en connais un qui serait content! Sinon, les bus sont toujours confortables et l’arrivée du tram se prépare à vive allure. Les pickpockets sont de sortie avec les touristes revenus. Vol du portefeuille, la main dans le sac, vite fait, pas vu ! Retrouvé une heure plus tard dans la sacoche d’un postier. L’argent dérobé, les cartes bloquées. Ne reste que la stupeur et un large sourire pour gratifier la postière qui a appelé. Grande première dans une ville où jamais je n’ai craint pour rien. Inconsciente certainement.

Donc, ici même, qu’est-ce qui a changé ? Les couleurs ne sont plus de mise, la justification non plus. Tout ça fait un peu désordre et graphiquement mal aux yeux. L’arnaque est —était— prévisible. Paiement souhaité pour amélioration visible! Paiement souhaité pour rendre le blog plus visité! Mais mieux encore, rappel pour me suggérer de se faire payer chaque visite à travers la publicité. Encore “des” qui n’ont rien compris! Si j’écris, c’est pour les amis, les curieux, les badauds. Pas pour leur vendre du saucisson, des voitures, des crèmes solaires, ni des prêts à tempérament. J’ai mis les noms exprès, pour voir ce qui va sortir du moteur de recherche ! Sinon,comme d’hab, je vous embrasse…

Bon, pour les photos, c’est un peu compliqué. L’option n’est pas activée, ou alors elle est payante, ou manquante, ou sur google, ou avec des images préfabriquées… Tiens, la voilà, au final, quand même. Non, décidément, je n’aime pas ce nouveau média !

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Arrivée du tram revenu à Avignon, comme à Liège…  (heu non, en fait, pas à Liège !)

 

 

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Bleu blues

Alors, voilà, j’ai fini par remonter, il fallait bien s’y résigner ! Un trajet sans embarras, dans un compartiment réservé, salon privé de classe première déclassé. Tranquillement installée, dérangée seulement par deux agents de la sécurité de rail, embarqués à Lille, capitale de la Flandre, éructant en flamand. Sans gêne mais armés. Pour protéger qui, je ne sais, mais pas moi en tous cas ! Pour protéger quoi, dans ce convoi ? Peut-être le contenu des valises prestement chargées à Roissy. Des agents pas rassurants, on a commencé à s’y habituer. Des armes partout, des regards suspicieux, de la méfiance et de l’indifférence, des mateurs et des amateurs. Au marché, au centre commercial, au concert, à l’opéra, à la ville comme à la gare. Un peu, beaucoup, partout, improbables et, au final, inutiles. Manchester en manchette.

Pendant ce temps, dans ma rue, deux policiers cyclistes poursuivent un gros camion à coups de sifflet ! J’ai bien aimé la scène, tirée d’une bédé digne de l’Agent 212 ! Ils ont fini par l’arrêter, je ne sais pour quel motif, j’ai passé mon chemin. Repris la route, le bus, les habitudes. Pris des détours aussi, par le Brabant vallonné. Revu des ami-e-s. Revu la maison de lilas embaumée, cachée sous le figuier. Il me remonte des parfums de loin. De ces arbres que j’ai plantés et qui continuent à grandir sans moi. Ce ne sont pas tout à fait mes racines, ce sont des origines et des souvenirs mêlés.   

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Lilas et figues

A la gare de Namur, j’ai loupé la correspondance, j’ai emprunté l’escalator qui n’était pas en panne. Trop pressée, j’ai raté une marche, j’ai chu. Aucun agent pour me relever, seulement la main d’une dame compatissante. Jambon grillé sur le gril, genou amoché. J’aurais pas cru que ça fasse si mal. Désormais, ce sera l’ascenseur, quoi qu’il advienne !   

Pendant ce temps, l’étudiante étudie. Motivée par son départ annoncé. Acceptée à l’université de Nagoya, son dossier validé, son billet d’avion réservé. Ouf ! Manquent encore le visa, l’assurance et la banque. Parce que là-bas rien n’est comme ici ! Ni les retraits d’argent, ni les mutuelles, ni les appels en urgence. C’est loin, le Japon, c’est une île à l’autre bout du monde… Elle y sera bientôt, départ fin août, retour après Noël. Reste à profiter de l’été ! Et de la terrasse partagée avec un stagiaire français. Ici, rien n’est jamais évident, le bleu toujours un peu différent.

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Bambou de chez nous

Bus bleu

Quand je descends, il y a deux choses à ne jamais oublier : les lunettes solaires et… le parapluie. Parce que oui, dans le Sud, quand il ne sert pas d’ombrelle, le parapluie peut être utile! Surtout en novembre. Et à condition bien sûr que le vent s’absente, ce qui arrive forcément quand il y a des nuages.  Il fait un temps de tous les saints, qui ne va pas durer. 

Quand Mistral revient, il chasse tout ça, exit le gris et les parapluies. D’un coup, d’un seul, revoilà le grand bleu, le frais, et même le froid, je chausse mes lunettes noires, je sors mon lainage. J’y suis, il fait juste bleu comme j’aime. Comme j’aime ça, bleu vivifiant. Je retrouve mes marques, un café en terrasse, un croissant chaud comme une madeleine de proust. Je revis mes souvenirs à chaque détour.

Je pose les pieds dans d’anciens pas, comme en lévitation. Je lève les yeux, une église me sourit. Comme c’est étrange, elle se souvient. Cette place, je la devine, je la connais, la reconnais. Je l’invente et je la hante. Voilà le square qui m’abrita, le coin qui m’enchanta. Je glisse dans ce décor immuable, dans cette ville de remparts, de murs minables, de sombres ruelles, de claires chapelles, de pavés glissants, de palais étincelants. J’y suis, j’y reste, j’y étais, j’y fus, j’y serai. Le temps ici importe peu. Il s’arrête.  

Que dire d’un voyage sans histoire ? Avec des trains à l’heure, des ascenseurs en ordre de marche, des militaires dans les couloirs, les douaniers à peine énervés. Qu’ils ont fermé le couloir de la gare du Sud pour mieux contrôler l’accès au Channel, sans escale et sans calais ? Je ne sais. Je ne sais pas pourquoi il faut désormais sortir de la gare, parcourir un trottoir mal pavé comme les roulettes des valises adorent, pour mieux rejoindre l’autre partie de la gare. Bienvenue au pays surréaliste. Des bus attendent, des porteurs vous interpellent pour vous emmener à Charleroi-Airport où je ne veux pas zaller ! Moi, je veux du bleu Zepplin. A l’arrivée, un chauffeur, qui n’est pas uber mais ami, m’attendra. La vie comme ça, il me plaira.

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Mon bus à moi, il est bleu…
et l’avion, il est loin, regardez bien !

Ce matin, le ciel m’est tombé sur la tête, effondrée je suis ! Le vilain canard a réussi son pari ! De tous les personnages de Disney, celui que j’ai toujours détesté. Me voilà consternée, ma fille dégoutée, prête à renoncer à la vie sur Terre. Quoi de plus dur pour une mère ? Avoir vu venir sans rien pouvoir y faire. Pas même se taire. Nos cris d’orfraie en vain. Il n’est de pire imbécile que celui ne veut pas entendre la voix de la raison. Ceux-là sont nombreux. Nous dérivons. Dangereusement, et tous les optimistes n’y pourront rien changer. Les pessimistes non plus, qu’ils aient tort ou raison.

Alors, j’ai repris le bus bleu jusqu’à l’université. Dans la bibliothèque, je me suis réfugiée. Plus aucun garde à l’entrée. Se ressourcer. Retrouver les fondamentaux, se nourrir de valeurs universelles. Des hommes, des arts et de la musique, de l’histoire. Dans les  livres me plonger. Sur la piraterie en mer de Chine, dériver. Quelques japonaiseries, des bronzes et des bonzes, des cloches et des tambours, l’un ou l’autre dragon imaginaire. Cachez ce monstre que je ne saurais voir !  yell

 

Bus Stop

Les arbres jaunes sont devenus, vous avez vu ? Le temps passe dans la rue comme dans la ville. Plus de frites derrière le coin, Nono soigne sa femme. Plus de paëlla à emporter, la vieillesse s’est imposée. Plus de pizza au feu de bois, les Fratelli sont partis. Le Paki se maintient mais sans rien faire à manger. Plus loin, il me faut aller, une rue en chantier pour changer, dépavée, dévastée, embourbée. Un Stambouliote propose des farfalles, il va même s’agrandir, m’annonce-t-il fièrement. Les immigrés ne doutent de rien pour relancer l’activité ! Mais plus de monnaie au monnayeur, l’agence bancaire ihainegé a fermé. Faut marcher, retourner vers l’opéra. Et il n’y a même plus de casa près de la casa. Un seul constat, la vie du quartier s’est bien dégradée depuis deux ans qu’on est arrivées. Une qualité de vie, qui permettait de trouver un peu de tout pas loin et même tout près !

La vie d’une ville est faite de lieux et de liens. Elle passe par la culture, les commerces et les transports. Côté opéra, concert, boverie et cinéma, je ne me plains pas. Côté transports, la navette fluviale s’arrête fin octobre. Le reste n’a pas fini de me secouer. A l’abribus, sponsorisé par decaux, des malins ont cassé le mécanisme qui tourne sans fin, faisant un bruit très malsain. Exit la pub pour les savons machins, des soutiens machines, des smartphones sans frais, des vacances sur la plage de Sfax. Des choses qu’on n’aura jamais et dont on ne veut pas d’ailleurs. Nous, on veut vivre à Grenoble ! Ou alors on veut juste un bus qui arrive à l’heure, sans attendre trop longtemps à l’abri de la pluie et sans bruit. Quand le 4 arrive enfin, la correspondance est ratée bien sûr et le bus nous file sous le nez. Là, il nous faut encore attendre, sans abri aucun, en plein vent, en plein froid, coincés sur un bout de trottoir, les pieds trempés par l’eau que les voitures projettent. Chouette ! Avec le bruit des sirènes de pompiers pour changer. Ceci est un terminus de bus à Liège !

Plus chouette encore, quand dans le bus on monte et que l’averse redouble quand il démarre. Le toit ouvrant est à option, et l’option est bloquée sur le mode “open”. Dans le bus, se faire tremper et garder son parapluie ouvert ! Du jamais vu, nulle part. Sauf à Lîdje, bien sûr ! Mais ça n’étonne personne. Placide, le vieux monsieur que j’interpelle serait presque fier de cette particularité. Son regard me dit, on vit comme des bouseux mais c’est normal on sort de la mine comme le belge du tombeau ! De quoi vous plaignez-vous, on n’est plus dans le trou… Les trous, ils sont sur la route qui font des flaques et qui secouent le bus sans amortisseur aucun. Un bus dans lequel on manque à chaque tournant de tomber et de se cogner. Les bleus, ils sont sur ma jambe droite. Les coups, sur mon bras gauche. Le rhume, il est pour mon voisin. Après, on ira chez le médecin, on sera en arrêt maladie. Vous me direz, c’est pas comme ça qu’on va relancer l’activité…

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Ceci n’est pas une affiche d’abribus !