Où l’affaire se corse (2)

24 juin – Fête de la Musique, ici et là, partout, presque pareille et différente, hier, avant et maintenant. L’année dernière, sous un soleil de plomb, j’ai marché jusqu’au bout de la rue des trois faucons rénovée, jusqu’à l’ombre du micocoulier, jusqu’à la fraîche récompense d’une église gothique provençale. Il y avait un concert d’orgue à St-Di, au cœur de la cité papale et au moins deux douzaines d’autres manifestations auxquelles participer, sans plus savoir où donner du micro. Cette année, l’air était pareillement étouffant au début de l’été mosan mais l’offre nettement plus limitée. Au cœur de la cité ardente, il y avait un concert de chambre et une chorale en répétition à la collégiale St-De. Qu’ils soient Di-, De-, Deu-x, ou même di-eux, je les confonds toujours un peu et les saints m’indiffèrent assez. Ce jour-là, sous un soleil pesant, j’ai cheminé au milieu du chantier, évitant les trous béants, hésitant sur les passerelles branlantes — qui pour certaines étaient déjà brûlantes— franchissant tous les obstacles dressés, avec une assurance acquise au fil des mois. On apprend vite comment survivre dans une ville éventrée, parce qu’il faut bien aller chercher à manger, de quoi se nourrir d’émotions, de notes et d’eau fraîche.

Rien de remarquable dans ces deux concerts, qui étaient de peu d’intérêt, en vérité je vous le dis. Certes, la musique profane jouée par des amateurs offre quelque chose de touchant, de rafraîchissant même, si j’osais la comparaison. Mais l’église n’a jamais été un lieu de prédilection à mes oreilles fort peu sensibles à la réverbération des voûtes et des ogives. En temps de paix passe encore mais quand le feu militaire et l’orage nucléaire grondent au loin, on se surprend à vouloir chercher refuge loin, très loin. Par exemple, au bord du Rhône, ce qui n’est guère malin, quand on sait que la centrale de Pierrelatte y fait trempette, pour autant que le niveau d’eau soit suffisant, ce qui n’est pas vrai de tous temps. La sècheresse a déjà et aura encore des effets qu’on préfère ignorer.

Allons donc danser et chanter, sous le pont, comme le veut la chanson. Tout oublier dans un moment entre deux, quand le vent doux vous caresse, quand l’orgue de Barbarie vous emporte loin de tous les barbares, les barbants et les barbus. J’ai bien aimé ce moment suspendu, qui emporte mon chapeau sur l’île de la Barthelasse. Quelques amis, quelques passants, des chanteurs amateurs en quête d’éphémère, au jour le plus long. Y’a de la Joie, entonnait le Fou chantant, chanson de printemps, chansonnette d’amour, chanson de vingt ans, chanson de toujours, chanson reprise en chœur. Sur un banc, deux gamins m’interpellent : “ah oui, j’connais, c’est la publicité pour l’eau de Badoit” ! Douce France, bercée de tendre insouciance…

Dans la joie ou la douleur. Chanter ne suffit pas toujours à écarter la peine. D’ailleurs le peintre, qui chante bien, fort et juste, fort juste, ne chantait plus avec nous. Il ne se laissait plus entraîner dans la farandole des mots, les notes ne l’évadaient plus, la mélodie n’occultait pas sa souffrance. Pourtant, on avait voulu y croire mais peut-être pas assez prié, dans aucune église. Ce n’est pas faute d’avoir essayé.

A Cargèse, petite ville fleurie marquée à la gloire de Colona, deux églises se font face. Nous sommes brièvement rentrés par effraction dans la première, nous avons rapidement évité la seconde, avant de chercher à nous poser pour nous désaltérer. Paisiblement installés dans un jardin paradisiaque, sous la tonnelle, face à la mer turquoise, nous goûtons pleinement cette parenthèse au milieu des oiseaux et des plantes grasses. Soudain, s’élève un très beau chant corse, ou russe, ou grec, ou certainement orthodoxe. Curieux, fascinés, nous demandons d’où vient cette longue et belle mélopée qui résonne dans le val, cette messe à laquelle ne pas assister. Embarrassé, le garçon nous répond qu’il s’agit d’un chant de funérailles, qui célèbre le départ d’un patriarche très apprécié. Vous l’aurez compris, c’est ici que l’affaire a commencé à se corser. Au début du printemps ’23, à peine quelques semaines après le peintre, Marcel Amont a emporté le chapeau de Mireille, ses souvenirs et une bonne partie de ses illusions.
(affaire à suivre)

Où l’affaire se corse (1)

Juin 23. Déjà ! Un an et même deux ans passés, un anniversaire de plus, une année de moins. 2022 fut agitée, comme une mer bleue et grise, tour à tour d’huile et déchaînée, sur le pont d’un navire, à fond cale d’un paquebot, en plein soleil sur un canot, sans rame. Une année vécue comme une libération, une délivrance après l’an vingt-et-un qui fut enfermement, isolement, débordement, confinement et abstinence. Faut-il oublier ou se souvenir à jamais de cette période, de cette traversée de tous les dangers, où on ne pouvait sortir que masqué pour écoper ? Où, même au marché de Noël voisin, je n’ai pas pu aller me promener. Où, de manière plus absurde encore, je pouvais aller chercher du fromage sur la rive gauche de la place en simili fête mais pas sur la rive droite pour acheter une gaufre ou un foulard, ni même un santon que je ne pouvais pas ramener de Provence. Kontrolle, Papiere bitten ! Pendant tout l’automne et l’hiver 21-22, sans jamais compter ni les heures sombres, ni les nuits blanches, nulle part où aller sans pass ! Aucun cinéma, aucun resto, aucun bar, ni surtout accès à aucun train pour descendre dans le Sud. Comment peut-on imaginer pareil emprisonnement en pleine ville? Sans parler des soignants français renvoyés chez eux sans indemnités, sans revenus, ni possibilité de travailler. A pleurer souvent, désolée, isolée, déchirée.

En avril ’21 pourtant, bravant les interdits, j’avais été danser sur la place publique parce que de liberté on avait soif et marre de leurs dé-règlements absurdes. Un samedi, sur la place au perron des libertés, nous étions dix à vouloir danser encore. Dix jours plus tard, face à la gare nous étions mille. Puis, dans toutes les gares de France, sur toutes les places d’Europe, sur tous les marchés, dans les villages, des milliers à chanter, à danser, encore. Merci HK pour cette espérance et ce regain de confiance dans l’humanité. En vrai et en virtuel, j’y ai croisé des frères de cœur, des sœurs en rythme, des regards, des enfants, des musiciens, des gens bien. Ils m’ont aidé à traverser la tourmente, sans baisser la tête, sans plier, sans couler, sans jamais renoncer. A plusieurs, on est meilleurs.

Or donc, cette année sans bleu mais avec inondations, est passée sans que je veuille m’y arrêter, tandis que le peintre déprimait et s’abîmait, loin de tout, loin de nous. Il arrive que la maladie vous rattrape au détour d’un crachat sans même sortir de chez soi, tranquillement installé avec son chat, qu’on soit vacciné ou pas. Il lui semblait normal de se conformer à la norme, bien qu’artiste il n’était pas aussi rebelle qu’il voulait bien l’admettre. Et certainement pas anarchiste. Il a tout bien fait comme on lui a dit, il a parfaitement souffert, il a consciencieusement accepté l’inacceptable, avec l’espoir chevillé au corps, le rêve en perfusion et l’optimisme à dose homéopathique. Il a tout bien fait, sauf d’imprimer ce qui était écrit en grand, en gros, en large et en long, sur son paquet quotidien : FUMER TUE.

Or donc, l’année de la délivrance pour moi fut aussi celle de la souffrance pour lui. En avril ’22, j’ai enfin pu descendre, masquée tout du long mais autorisée à manger dans un bistrot à Lille, quelle victoire savoureuse ! Et pour lui, quelques huîtres gobées aux Saintes n’ont jamais parues si délicieuses. Le traitement semblait fonctionner. Il avait scrupuleusement et courageusement suivi les trente séances imposées. Il allait pouvoir recommencer à manger presque normalement. Un couple de pigeons nichait derrière le volet fermé de la chambre enfumée. Le mâle et la femelle se relayaient pour couver les œufs et je n’ai pas eu le courage de les chasser. Dans la pénombre je suis restée, souhaitant qu’avec le printemps chaque jour soit plus long et moins pire que le précédent. Comment rassurer l’autre qui souffre, sans mentir, à faire semblant mais pas seulement ?

A vouloir m’éclipser, je me suis mise à tracter pour l’élection présidentielle avec l’espoir insensé que tout pouvait encore changer. Ironie, une nouvelle fois insoumise, je me trouvais à rappeler qu’un autre monde est possible et à vanter les mérites d’un Jean-Luc ! Ce dernier plaisait beaucoup aux mamans à la sortie des écoles et aux militants du café des cheminots. Même à la cafétéria de la clinique privée, en lisant le programme de l’Avenir en Commun, les sourires se faisaient de connivence et en solidarité. Une nouvelle fois, j’ai adoré ces échanges populaires et ces rencontres improbables. Si bien qu’arpentant les rues de l’intra-muros, placardée en femme sandwich en suivant l’accordéon, je peux dire que j’ai vaillamment défendu la retraite à 60 ans ! Aujourd’hui, chacun peut mesurer l’exploit non accompli, le chemin parcouru et l’aveuglement des électeurs à la fois dociles et frileux…

(Affaire à suivre)

Premier printemps

Dans le Nord, voici qu’au 21 février de l’an 21 du 21e siècle, naît le printemps. Un jour étrange, où les gens sont à la fois masqués et légèrement vêtus, où le soleil prend le dessus sur les arbres encore nus. Un jour où le bleu s’installe, profondément, comme dans le Sud. Une journée où le vent est supposé ramener des nuages de sable du Sahara qu’on ne voit pas. Il fait 17° à midi alors qu’il faisait -13° à minuit, la semaine dernière. Une amplitude de trente degrés en huit jours de nature à affaiblir des organismes fatigués par le changement d’année sans changement de perspective. Les voilà soumis à rude épreuve nos corps vieillis, aguerris à l’hiver, même les plus immunisés à coup de vitamine D et autre zinc d’apothicaire qu’on prend au petit déjeuner, comme chaque matin depuis six mois. Pourtant quelle respiration bienvenue, quelle euphorie dans l’air soudain ! Comme un parfum de liberté.

Sous la citadelle, l’herbe et la plage

Hier, une foule est sortie masquée et grimaçante, déguisée dans les rues, en chantant et dansant sur la place, juste en face et à côté, devant les cafés fermés. Ceci est un lieu essentiel, ont-ils scandé, en jetant des confettis. La police a sévit, on ne sait exactement pour quel motif. Quatre personnes rassemblées sont autorisées à l’extérieur et les cercles de craie tracés au sol montraient qu’il y avait bien plus que quarante voleurs de liberté qui ne violaient aucune règle. A l’intérieur, c’est différent, bien sûr puisqu’on ne peut toujours recevoir qu’une seule personne chez soi, la même personne, durant une période de trois ou de six semaines, qui s’en soucie encore. Depuis Noël, on ne sait plus très bien si on peut encore inviter mère-grand et le papet en même temps dans sa bulle ! On ne voit plus les cousins, ni aucun ami de près ou de loin, sauf au jardin et pour autant qu’on ait la terrasse. Bien sûr, il faut être rentré chez soi avec l’avant dernier métro à Bruxelles, pour 22h en Wallandrie, pour 24h en Flandre, pour 18h en France, pour 21h aux Pays-Bas, sauf que dans ce dernier pays, le couvre-feu a d’abord été déclaré illégal par un tribunal avant d’être légalisé par le Parlement ! Nulle part pourtant, cette mesure absurde n’a prouvé aucune efficacité. Au début du mois, en pleine dystopie, un ami est venu qui très vite est reparti. Une exposition nous avons visité, qui était autorisée dans une église en musée transformée. De la grande évasion nous avons rêvé !

Il était une fois dans l’Ouest où j’étais

Dans les rues désertes, vite on presse le pas, le front bas, le masque de base, un cabas ballant à chaque bras. Sortir au quotidien, ce n’est plus sortir d’une routine bien rodée. Attendre devant le magasin, deux personnes à la fois maximum, c’est écrit en grand. Alors même par grand vent, on attend sagement. On prend un panier, on met du gel sur les mains, gluant, collant, giclant, transparent ou tout simplement absent ! On slalome entre les clients sans visage, on sourit en vain à la caissière qui n’a pas compris le message. On s’éloigne, à pas comptés, on évite le bus bondé, tous compressés. On préfère encore marcher même si on est drôlement essoufflé dans la montée. Le masque détrempé, l’air se fait rare, le nez coule, le pas devient lourd. Si seulement on pouvait croiser un regard, s’arrêter pour parler, de tout, de rien, rire aux éclats, se poser en terrasse, regarder les enfants jouer au ballon sans appréhension.

Still standing for Culture

Derrière le rideau métallique, un café fermé qui ne rouvrira pas. Un peu plus loin, le bistrot ma voisine, comme tous les restaurants, est fermé depuis quatre mois, et pour la deuxième fois. Sa patronne touche une indemnité qu’on appelle droit passerelle mais elle avait déjà licencié la moitié du personnel au premier confinement. Employée à temps partiel, ma riante voisine touche un chômage réduit, qui ne lui permet plus de vivre décemment. Par chance, avec son chien, elle s’est réfugiée chez ses parents qui vivent au Sud, pas loin d’où vous savez. Pour l’instant, elle ne peut plus remonter avec eux puisque les frontières sont à nouveau verrouillées, de part et d’autre, selon des modalités aléatoires, avec un couvre-feu fixé à 18h qui les obligerait à foncer ! De toute façon, à son retour, il n’y aura plus de bistrot et plus de boulot pour elle. Cette réalité-là, beaucoup ne veulent pas la voir. Des étudiants qui viennent quémander les repas solidaires qu’on prépare au coin du fourneau et d’un chaudron qui n’est plus assez grand pour nourrir toutes les bouches, pourtant j’en ai croisés. Jamais la grande précarité n’a été aussi palpable au détour du chemin. J’en pleure aussi.

Des salles de spectacles sous les verrous, le directeur de l’opéra est mort, des concerts interdits dans les églises ouvertes pour quinze personnes seulement, des cinémas à l’abandon qui jamais ne reprendront, des chorales sans chœur, des ballets sans chaussons, des associations qui n’associent plus que des zombies, le moral à zéro, les plages interdites, la mer qui monte, l’amer qui tue, les courbes qui baissent et toujours le même discours : la peur dans l’attente du vaccin salvateur. Jamais le nombre de croyants n’a été si important.

Le saint-salut est attendu !

Un air d’avant

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Emmenez-moi voir la mer !

Il y a eu une fenêtre de tir, il ne fallait pas la rater. Le ciel était bleu, prometteur de beaux jours, avec l’envie de respirer, enfin, un grand coup. Soulagée après tant de tourments. Aspirer aux vacances, à refaire des projets. Retrouver le chemin du Sud, perdu de vue depuis un an et demi, au moins, certainement plus. Je ne compte plus les jours depuis que je fus confinée —comme des millions— cherchant d’abord à comprendre, vainement, avidement. Puis, renonçant à raisonner, oubliant d’écrire, n’osant plus même poser les questions qui dérangent. À guetter les chiffres, sur le fil quotidien d’un macabre bulletin, espérant la fin du printemps. Ployant sous le poids de la vague, le dos courbé, le nez bouché, à coudre des masques, avant que la machine ne tombe en rade. À sortir à demi, et même moins.  À trembler et à tousser, douloureuse épreuve à traverser. D’autres s’en sont sortis plus ou moins bien, sans passer par la case des urgences, alités à attendre que ça passe en évitant de trépasser. Ils sont immunisés mais la connerie a continué ses ravages. Se taire. Sans écrire durant des semaines, je vous ai épargné le récit de mes jours sans rêve et de mes nuits sans trêve. J’étais enfermée, renfermée, comme sidérée, comme des milliers.

Non, je ne compte plus les heures depuis ce jour de mi-février, où en allumant la radio, j’ai su que je ne l’entendrais plus. Il y eut certainement beaucoup de monde à l’enterrement. Ce genre de rassemblement qui — de l’Oise à la Wallonie Picarde — réunit toutes les conditions de la propagation d’un virus, avant qu’aucun média n’en parle. Un jour, le ciel vous tombe sur la tête, sans crier gare. Pourtant des trains, j’en ai pris la nuit et je mens toujours à travers la plaine. A travers les ondes, disparus les échanges, envolées des confidences, effacés les éclats de rires. Facétieux complice qui a tiré sa révérence, sans émettre aucun avis de tempête. Comme un alter qui s’enfuit sans bruit. C’est ainsi aussi que l’encre s’est tarie, avec l’envie de partager. Toujours dire merci à ceux qu’on aime, merci d’être là, merci aux amis. On en parlait, quelques fois, ici aussi.

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C’est quand on rame qu’on voit ses amis !

Or, donc, j’ai repris le train qui était à quai et même à l’heure. L’ascenseur de la voie 10 fonctionnait parfaitement. Tout était soigneusement fléché pour suivre le parcours du combattant. Dans la grande gare, le plan Vigie Pirate était activé. Les toilettes, toujours payantes, étaient à nouveau ouvertes. Les snacks en-plastifiés, les échoppes vides et les clients absents. La police en nombre, les stewards en rouge, les hommes de ménage en blanc, les femmes de service en jaune, les superviseurs en bleu, et les masques de toutes les couleurs. Aucun contrôle au final mais un départ décalé en deux temps, pour nettoyage retardé. On soigne autant la sécurité que la parano mais tout le monde est très docile. Les sourires travestis ne trahissent aucun vent de panique. Seuls les médias s’affolent, seuls les réseaux s’enflamment. Pour tromper la chaleur, pour respirer, il faut boire. Ou manger, pour réussir à ôter le masque. Moment de liberté dérobé à l’attention du contrôleur qui répète inlassablement que le port est obligatoire, sur le nez et la bouche, pas la tête, ni le cou. Sur un trajet total de neuf heures, depuis la maison jusqu’à l’appartement, je vous laisse calculer combien de fois j’ai voulu boire, goulûment, lentement, posément, éternellement, jusqu’à plus soif !

Dans la ville ancienne, retrouver les traces d’un passé toujours présent. Si peu a changé mais tout a bougé. Floraison de rues piétonnes, où les cyclistes s’épanouissent sans complexe. Des kayaks, avec gilets jaunes, désormais se faufilent sur le pont. Très logiquement aussi, désormais, on arpente des ramblas le long des remparts. Des enseignes nouvelles et beaucoup d’enseignes fermées, et pas seulement à cause de l’été. Le cyclo-panier a disparu. En huit ans, de la livraison à vélo de produits locaux, gariguettes, fromages et saucisson à foison, jusqu’à la fabrication de sandwiches sans égal durant le festival, il a vécu le temps d’un magasin aux Lices puis d’un autre aux Carmes.  De la fermeture du premier, il y a trois ans, à celle du second à présent, quelle tristesse ! Nouvel avis de décès qui m’affecte plus que je ne voudrais. Le bar à chats est toujours là mais le jeune patron a passé la main à deux dames patronnesses. Tout bouge, qu’est-ce qui change en mieux ? Le tram circule en silence. Il ne me conduit nulle part où je veuille aller tandis que le bus qui m’amenait au centre a été détourné. Il me faut à présent marcher sous le cagnard, avec un filet et sans canne, mais toujours avec le chapeau en évitant qu’il s’envole bien sûr !

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Ça circule tranquillement mais très chaudement ! (10h20)

Depuis mon arrivée, Mistral a fait relâche. Trois jours seulement, il a soufflé pour nous permettre de respirer un peu. Sur le petit marché, le paysan affirme qu’on peut être contents, tout le pays est en canicule mais pas ici ! Enfin, dans la chambre quand même, 30 degrés la nuit, avec une humidité relative à 97%, j’appelle ça un sauna transformé en hammam, tandis que l’après-midi à 37° ressemble à une fournaise sans ventilo. Manquerait plus que j’ai la fièvre et qu’on appelle ça corona ! Devant le laboratoire d’analyses de l’avenue, les files s’allongent. Grappes d’impatients, d’inquiets, d’innocents, qui s’agglutinent comme dans un mauvais film. Sûr que c’est le meilleur endroit pour croiser ce qu’on veut éviter. Mistral revient, ils sont devenus fous !

Au jardin, les trois voisines se réunissent à l’heure de l’apéro pour pousser la chansonnette comme au temps des guinguettes au bord du Rhône. Ah, ce petit vin blanc qu’on boit sous la tonnelle… Sur la plage, à condition de se lever tôt, la mer est encore fraîche et le sable déjà chaud. La foule arrive avec la régularité d’un métronome réglé sur le thermomètre qui grimpe. Il n’y a aucun débordement, chacun garde son parasol et son frigo près de soi. Nager fait un bien fou, même si on a perdu du tonus et que les muscles ont fondu.  Déjeuner en terrasse, en toute tranquillité, la serveuse a les yeux rieurs malgré la chaleur et le trop plein d’heures creuses. Au cœur de la nuit, les illuminations réjouissent les familles en quête de divertissement. Les murs qui s’effondrent ne sont que projections de l’imaginaire et la musique de Moskowski adoucit les mœurs. Maintenir enfoncée la touche pause. Mémoriser les instants bariolés.

Le temps des bulles au carré !

Sur la place des Corps Saints, l’ambiance était encore à la fête. On aurait même pu se croire en vacances, hors festival. Les enfants riaient, les parents parlaient, les jeunes pétaradaient, les anciens s’asseyaient, les cyclos circulaient, le virus chômait. Seuls les serveurs déguisés dégustaient et même dégoulinaient. Les flics nous dévisageaient incrédules, aucun comportement contraire à verbaliser, les distances raisonnablement respectées. C’était le bon temps, presque comme au temps d’avant. Certes, on fondait sous la canicule, on flanchait sous l’ozone, on souffrait sous les tropiques mais on a évité la contrainte du masque obligatoire en rue, à une nuit près ! On respirait… mais pour combien de temps encore ? Nos vies morcelées n’ont pas fini de se déliter sous les coups d’une normalité assortie de moralité. Tout cela confine au mieux à la stupidité au pire à la dictature, qui avance à peine masquée. Pendant ce temps, la Terre continue de souffrir, donnez-lui un peu d’air, donnez-nous un peu d’espoir !

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Au balcon, sous vos applaudissements…

Confinée, l’étudiante a brillamment réussi son second mémoire !

Temps perdu

L’année 2019 est passée mezzo voce. Trois enterrements et un mariage qui n’a pas eu lieu. Et voilà l’année nouvelle qui enchaîne… et se trompe. Encore un enterrement ! Double dose.  La fin des illusions et d’une période de dix ans bien tassés. Il me faudrait beaucoup de bleu pour supporter l’épreuve et cette double ration de bleus. Alors que je ne suis plus au Sud autant que je voudrais, le sort au Nord s’acharne. Au printemps, je suis descendue, en bus, pour une fois ! En passant par la Lorraine, avec mes sabots trop crottés, j’ai croisé des mirabelliers en fleurs et des âmes apaisées. Mais c’était avant et les tourments sont revenus en remontant, bien que l’ascenseur fonctionne mieux à présent. L’apprenti horloger n’a pas réussi à arrêter le temps comme je lui avais demandé. Le stagiaire gascon a vainement expérimenté un jeu vidéo à remonter le temps. La laborantine s’est trompée dans l’interprétation des résultats de l’expérimentation. Et l’étudiante a repris le cours de ses études en bord de Meuse, en anglais et en aval.  Mais où va-t-on ?

Bleu nancéien et ligne bleue des Vosges

Mettre 2019 aux oubliettes, à mijoter sous le couvercle d’un chaudron ? J’ai bien essayé de cuisiner pour d’autres, avec un succès tout relatif. J’ai rencontré des gens bavards, idéalistes, déconnectés, atypiques ou sympathiques. Un professeur végan au repos forcé, une gynéco énergique sans répit, un pâtissier non diplômé allergique au gluten, une économe écolo très rebelle aux produits lactés. Certains sont devenus des proches, qu’on appellerait des amis en défaut du nombre d’années méritées. C’était bruyant et dispersé. Avant l’été, je me suis éloignée, j’ai tourné le coin. Ensuite, j’ai bien essayé d’écrire pour d’autres, avec un succès très mitigé. Il existe désormais un site, un projet, des idées, si vous en avez, vous savez où me trouver. Vous pouvez m’écrire. Tout ça semble encore lettre morte. Après, j’ai bien tenté de faire voyager les autres, avec un succès d’estime qui invite à poursuivre en dilettante. J’ai formé, déformé, accompagné, bon an mal an, des bons et des méchants.

Cette année ne fut pas totalement vaine mais bien plombée, zébrée de jaune et d’éborgnés. Malgré les Anglois dérivants, les canots crevés, les pompiers cernés, les grévistes encerclés et la France engluée, à l’automne, j’ai vu Kalune en vrai et en chansons, en chaise et en os. Mais dans le Sud, je ne suis pas retournée et à mes activités, j’ai mis fin. Quelque part, sur la mer agitée, j’ai failli…

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Quand le bleu et le gris finissent aux Saintes,
comme à Oostend et comme partout…

 

De la disparition des gentils

Couples brisés par le destin, redouble mon chagrin.

Mon voisin, emporté à la fin de l’été, si cruellement soigné, luttant pour rien, sous la canicule. Simple, bon, généreux, il parlait fort et cuisinait pour deux. Dans la cour, sa chienne hurle à la mort. Il laisse sa femme impotente à la merci de toutes les souffrances, de l’absence et des incontinences. Les fenêtres sont occultées, le silence se fait, l’ombre rode. Aucun Noël cette année, ni pour elle, ni pour lui, ni pour nous. Le vide dans la cour a changé le cours de nos vies.

Là-bas, à peine plus âgé, le cœur fragile depuis longtemps, c’est un grand-père gâteau, si peu gâteux, qui laisse muette son épouse inconsolée. Le beau couple soudé soudain désuni. La solitude d’une fin de vie qui s’installe, sans plus d’horloge qui sonne au salon.

Ici, c’est une amie militante, à peine retraitée, qui devait s’ennuyer. Elle a fumé sa dernière cigarette laissant son mari désemparé. Voilà son complice de toujours à la merci des regrets et des requins. Elle a renoncé avant l’heure et j’ai bien failli arriver en retard à la cérémonie. De train annulé en correspondance manquée, je suis arrivée en taxi ! Non, les transports en commun ne sont pas tous fiables.

Aussi, je ne suis pas retournée au pays picard pour pleurer le départ du plus loyal des compagnons de mes routes paysannes. A la ferme, sa femme désespérée. Comment va-t-elle s’organiser, survivre, poursuivre, revivre ? Ensemble, ils ont combattu l’empoisonnement du sang causé par les pesticides. Ensemble, ils ont rebâti une ferme en autonomie, avec des races rustiques et d’authentiques fourrages. Ensemble, ils ont transformé le lait de leurs vaches en beurre d’exception et livré des colis frais, qui partent en circuit court, jusqu’au village d’à-côté, où habite une autre amie. Oui, il m’est arrivé de hanter la région et cette région me hante encore. Il avait 50 ans, deux enfants, une vie d’idéal au service des autres, une belle intelligence, du coeur et des doutes. Des doutes sur le changement d’heure en été. J’en ai aussi. Est-ce que vous en avez ?

Le secret des banquises – Alain Bashung

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En bleu et jaune

Mireille vire au jaune. Le temps ne fait rien à l’affaire. Après le vert, le blanc, le bleu, me voilà jaunie. Rajeunie, j’aimerais mieux! C’est le foie certainement… et les fêtes n’arrangent rien à l’affaire. Cette année, aucune oie gavée, pas le moindre chapon. Il va falloir se calmer, vivement le carême. D’ailleurs, je n’ai plus les moyens d’aucun excès. La ceinture, il faut serrer d’un cran, à tout moment elle peut craquer. Non, ce monde ne tourne pas rond. Non, cette vie n’est pas celle qu’on voulait. D’un gilet me parer, au rond-pont manifester. Mais déjà je n’ai plus de voiture pour y aller. Insoumise, je reste.

Au jour de Noël, la place envahie de pompiers, sirènes hurlantes, me rappelle que le jaune est de mise en cette fin d’année. Ils sont tous là, ils sont venus. Embrassades mais nul embrassement. Un innocent lampadaire renversé par un chauffard éméché fait craindre le pire, qu’une conduite de gaz soit touchée.  Chacun sera rapidement rassuré mais le poteau restera penché ! Le désordre va s’installer durablement.

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Depuis novembre, je n’écris plus. Le temps a disparu. A remonter le moral de l’étudiante dépitée. A rechercher des solutions en vain. A souffler le chaud et le froid, d’un hiver qui s’annonce doux, ou peu, ou pas. Je ne suis pas redescendue. Au Nord, entre des vents violents, des journées lumineuses, des pluies incertaines, l’automne s’est décliné. Il s’est attardé. Au 11 novembre, la guerre enfin terminée, les forêts d’Ardennes étaient flamboyantes, de rouge et d’or, plus denses, plus belles qu’au Québec. Aux détours des boucles de la haute Meuse, des images d’une rare beauté sont restées gravées. Il va me valoir les dessiner car il n’y a aucun cliché. L’appareil, qui sert à téléphoner, à tchater, à surfer, a perdu l’option “photographier”.  Voilà une bonne raison de désolation.

Sur la place, les lumières de Noël sont installées, depuis… bien longtemps. De jour, de nuit. Elles clignotent de manière aléatoire, placées de manière très discutable. Dire qu’elles illuminent le quotidien serait péremptoire. Une certitude, la centrale nucléaire de Tihange fonctionne toujours. Elles brisent la grisaille et elles retardent le crépuscule. Ces journées trop courtes, qui ressemblent à des nuits, me minent. Mais l’espoir reprend, se grignote, seconde par seconde. Dans un mois, les candélabres seront éteints !

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Avec du bleu mais d’un goût douteux,
ceci n’est pas le marché de Noël !

Pendant ce temps, sur la grand place, qu’on dit du marché ou Saint-Lambert comme la gare, se tient le grand marché de Noël, le vrai, celui qui attire les badauds, les gogos, les amis, les lointains, les égarés, les éperdus. Il s’ouvre à la Saint-André et il s’éteint à la Saint-Sylvestre. Entre les deux, on discute, on rigole, on boit beaucoup, on mange trop, ça sent, ça glisse, on achète des objets inutiles, des décors qui vont fondre. J’évite, je ne peux plus circuler. Citoyenne de ma ville empêchée. Si je déteste assez, j’aime surtout l’idée de retrouver, comme chaque année, Madeleine la fermière qui vient vendre ses fromages de Herve et son boudin. Et puis aussi, je regarde les santons… qui me ramènent au Sud.

Mais cette année, aucune envie de consommer. A Brüssels, nous sommes allées marcher. Nous étions cent, nous étions mille et par de prompts renforts, nous fûmes septante, que dis-je, soixante-quinze mille au moins. Pour le climat, pour les enfants, pour demain, pour aujourd’hui, pour le temps, tant qu’il est encore temps. Certains disent qu’il est déjà trop tard. Alors, on reprend. Non, pas une part de dinde. Non, pas un autre morceau de buche. Non, pas un troisième cadeau sous le sapin. On reprend en chœur ! Le changement, c’est maintenant ! Ça tombe bien, en 2019, on va voter. Et avant ça, on va crier, on va chanter. Plus fort ! Encore… Un jour, se lever. Au printemps, se réveiller.

Sing for the Climate

 

Automnalété

Alors, je suis remontée ! Vous pensez bien que je ne pouvais pas rater la proclamation de l’étudiante japonisante, en toge et mortier qu’elle portait avec la plus grande distinction. Elle avait fière allure et à peine quelques larmes. Mais beaucoup d’émotions pour moi au regard du chemin parcouru, en six ans, entre Avignoùn, Brussël, Lavilleneuve et Lîdje. Nous y voilà, les amis réunis, pour une chaleureuse après-midi qui s’est prolongée dans la nuit. Feu d’artifice. Et puis après, quoi ? Sensation de vide et volonté de retrouver une autre énergie pour de nouvelles aventures. L’été se prolonge, le bleu est profond, le temps semble patiner puis brusquement s’accélérer. A 19h20, il fait nuit et 22,7 degrés. Cherchez l’erreur, sommes-nous encore dans le Sud ou le Nord était-il inversé ?

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Bâtiment universitaire qui se veut passif

Sur la place, le deuxième jeudi du mois, le marché des artisans s’installe comme en Provence, avé l’accent en moins. Là-bas, le marché du mardi chante le fromage de chèvre et les poires du petit producteur de Cheval Blanc. L’artisan boucher découpe le faux-filet sous le regard amusé de Monsieur Phoque. Il taquine Madame Chapeau, qui ronchonne comme à son habitude, Mistral l’a encore empêché de dormir. On dirait que la caméra de Marcel tourne et j’enregistre tout. Je me régale de la scène, tout en sachant fort bien qu’il faudrait devenir végan, un jour prochain, un jour lointain. Même si le bleu se fait incertain sous les platanes, devinez où je me sens bien.

Sur la place du Nord, les ouvriers communaux viennent accrocher les lumières de l’Avent avec 10 semaines d’avance ! Une Lorraine a descendu la Meuse sous le soleil tapant. Elle s’est invitée pour une parenthèse imprévue. On a bu un alcool de mirabelle mais j’ai bien connu une Polonaise qui en prenait au petit déjeuner ! Un copain a sorti un nouveau bouquin, le livre d’un ami se vend moins bien que prévu, encore des projets dans les cartons, je n’ai pas totalement renoncé à écrire. Tout est chamboulé. Déjà, les rayons des magasins regorgent de guirlandes, de boules et de sapins en plastique à usage unique. La foire d’octobre bat son plein de croustillons et peluches made in RPC sous les cris esbaudis. Le réchauffement climatique, désormais sous nos yeux et sans pull, implique qu’on limite notre consommation. Et pourtant… Devenir responsable, c’est agir autrement. Il ne suffit pas de voter sans rien changer à nos habitudes.

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Marché d’artisans qui se veut de Noël avant l’heure

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Cité miroir, reflet de nos vies disruptées par la publicité

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Musée de marionnettes où il arrive que nous soyons jouets de nos illusions 

La situation est grave, et désespérée affirment les uns. Mais rien n’est certain, affirment les autres. Alors, on crie, en vain. A mon retour, l’escalator du Midi fonctionnait parfaitement bien et je n’ai pas raté mon train. Mais à l’arrivée, dans la gare prestigieuse, l’ascenseur est tombé en panne. Me voilà donc bloquée, à quai et à l’intérieur de l’élévateur, sans pourvoir ni descendre, ni sortir. Dans mon bocal, je crie. Dans mon bocal, je tape sur la vitre. Dans mon bocal, j’enrage et je m’use les mains. Et je me brise les doigts pour rien. Nul ne m’entend, nul ne me voit. Après de trop longues minutes, enfin, deux jeunes filles, plantées sur l’autre quai, aperçoivent mon étrange comportement d’insecte pris au piège et se décident à venir à ma rescousse. Miracle, l’ascenseur se remet en marche. Tout reste possible, si on fait attention aux signaux de fumée, aux cris des oies qui fuient le grand capital. Hé, ho, les gens… il se passe des choses graves en ce moment.

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L’alerte est lancée, mais seuls les plus jeunes sont impressionnés

Mistral gagnant

Lundi, il est revenu en force, cinglant, bruyant, assommant, nous gratifiant d’un bleu parfait, d’un froid polaire, à ne pas sortir sans manches. Mistral s’invite. Octobre a sonné, nous rappelant que l’été s’en est allé, après des journées d’une chaleur insolente et des nuits d’une douceur délicieuse. Ainsi je suis revenue au bon moment, celui du basculement. J’adore débarquer à Avignon à l’intersaison, au temps de l’été qu’on dirait des Indiens, au moment où le Canada me manque tant. Voyage sans encombre, retard habituel, ascenseur en fonction, changement chaotique à Aix, pour changer, et forte chaleur à l’arrivée. J’y suis, j’y reste. Je me promène, je me régale, je m’évade. Je découvre, je devine, je redécouvre, je réinvente. De nouveaux lieux, les mêmes mais différents, des endroits revisités. J’adore me balader le nez en l’air, pousser la porte du Musée Lapidaire, retourner au Cloître Saint-Louis, traverser la rue sans chercher d’emploi.

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Passer à la Poste, repasser devant les Corps Saints, reprendre la petite rue repavée et marcher sans tomber, retraverser la place Saint-Didier rénovée. Comme elle est belle, comme je l’avais rêvée, ma ville !  Il y a 5 ans, j’imaginais qu’à cet endroit, un bâtiment à l’abandon ferait un très beau lieu d’accueil, d’échanges et de partage. D’accord, c’est redevenu un café fréquenté et bien famé, qui ne recueille aucun affamé. Mais l’envie de m’y poser pour écrire, encore et à nouveau, refait surface. Quelques dizaines de mètres plus loin, une maison très étonnante, qui est longtemps restée fermée aux yeux des passants, ouvre désormais ses portes aux artistes. Je m’y sens comme chez moi, dans un très joyeux fatras comme j’aime et que n’aurait pas renié ma mère. Jugez vous-même !

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La Maison de Fogasses, c’est un peu fou…

Des surprises, il y en a partout. Des bonnes surtout. Comme de pouvoir danser dans la grande Cour du Palais, celui des papes que vous savez. Avec une projection féérique et en musique, sous la Lune et les étoiles, avec Mars en voisin. Une nuit magique, quelques instants volés, comme suspendus, presque irréels. Et puis revenir par les ruelles, encore animées, sans vent et sans crainte, légères comme des papillons à la nuit tombée. Je n’ai jamais fini de parcourir l’intramuros et j’en découvre encore, derrière le décor.

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Ceci n’est pas le pont d’Avignon… mais le pont du Gard, bien sûr

Tant d’illusions ! Pour ce qui est d’avoir du bleu, vous êtes servis. Et si vous voulez des clochers en voici aussi : celui des Carmes qui me charme toujours autant, et celui plus austère de Saint-Pierre qui m’indiffère assez. Je vous laisse deviner…

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Dans cette rue, qu’on appelle Carreterie, il y a un magasin cyclo-bio, qui depuis cinq ans a bien prospéré, la dame et toujours là et le patron souvent me reconnait, quand nous parlons circuits courts. Il y aussi mon bar, un café où il est bon de s’asseoir en terrasse pour regarder passer le temps. Tout au bout de la rue, il y a l’Université où il me plait d’aller. Non loin, à tribord, il y a les Halles, que l’on rejoint par la rue Sain, du nom d’un peintre orientaliste. On y trouve aussi la boutique d’un incroyable artiste, qui se rêve sculpteur de cuivre et de ferraille, en créant de toutes pièces des pièces très improbables. C’est ici qu’on se dit tout devient possible. Il suffit —pour ça— d’un peu d’imagination, comme dirait si bien Charles Trenet, qui empruntait si facilement la nationale 7.

C’était un dimanche seize

C’était un dimanche de septembre. Un dimanche comme celui-ci, peut-être même à la même date. Je vérifie, le seize, en effet. Il y a six ans exactement. Elle avait seize ans. A la gare du Midi on embarquait pour le Sud, d’amies entourées, pour un moment suspendu. C’était le début d’une longue aventure. En-Avignoùn, avant même la création de ce blog. Les premiers jours, les premières semaines que vous ne connaissez pas. Le départ précipité. Un coup de fil, le jeudi, a suffi pour nous décider à boucler les valises.  Inscription au Lycée du vent chantant, où elle a vite déchanté devant le travail à mener. Du travail, j’en avais dès le lendemain, pour une mission parisienne, qui me redonnait espoir. Et puis Lyon, et puis Montfavet, puis le mouvement pendulaire a commencé.

Des premiers mois, vous ne savez rien. De sa logeuse, commerçante venue de Nyons, danseuse de salon, aux accents racisants-mais-jamais-bien-méchants. Du coup de volet sur la main l’étudiante qui a fait son premier concours blanc en grimaçant. Des versions en espagnol sur fond de Muse qui cherchait à nous amuser. Du premier marché de Noël aux chalets blancs sur la place de l’horloge. Tic-tac, le temps a passé. Des démarches et des requêtes. De l’inscription en histoire par défaut. Enfin, l’installation provisoire dans l’appartement au goutte-à-goutte. La suite vous l’avez lue, devinée entre les lignes.

Il y a eu le festival, une fois et plus, les marchés de Provence, une brève incursion à Aix, puis Bruxelles pour une très dense année, puis le déménagement vers Liège, l’inscription en chansons et Japon. Un premier TFE, des notes brillantes et des déceptions. Et toujours Avignon, la découverte de ses environs. Des toiles et du Mistral. A la vitesse du train qui fonce entre les incidents et les attentats, les années ont passé trop vite. Quelques ascenseurs en panne, un séjour nippon et le retour au terminal. Un mémoire pour un été torride qui restera dans les annales. Une défense avec brio, et de nouvelles espérances.

Jeudi, on attendait un appel qui nous rappelle à Paris. On se disait qu’on partirait le dimanche seize. Mais ce fût la déconvenue, un dossier administratif bloqué pour d’obscures raisons numériques. Le décret de Bologne n’est toujours de mise à Lutèce. Vendredi, encore dépitées, ce fut la belle surprise. La plus grande distinction accordée qui laisse entrevoir de nouveaux horizons, entre Meuse et …une ville qui reste à déterminer!

Ce ne sera pas un grand départ, quelques ajustements, la poursuite d’un cursus aux contours incertains, avec peut-être des concours. Mais ce qui est acquis, en six ans, permet d’espérer qu’il y aura encore d’autres voyages, d’autres histoires, d’autres recherches, d’autres mémoires. Peut-être aussi que le blog se fera plus discret.

On ne sait pas toujours tout. Parfois, il faut deviner. Quelque fois c’est risqué. On avance à l’aveugle. Enfants, avec mes frères, on jouait au Stratégo©. A trop jouer à ce jeu —militaire s’il en est— les deux ont fini par faire l’armée. Seul le plus jeune y est resté, moi je n’y suis jamais passée. A ce jeu, les démineurs sont les plus humains. Des pions stratégiques indispensables pour avancer et détruire les redoutables bombes qui entourent l’ennemi. Mais ce sont aussi les premiers à tomber, face à n’importe quel soldat ennemi. On les envoie, non pas en éclaireurs, mais en appui, au moment où on a identifié de possibles mines, stèles cruelles. Ils n’ont qu’une seule chance et aucun droit à l’erreur. Je ne sais pourquoi j’y pense, alors que ça tangue, ça grince et ça gronde dans un monde jamais en paix. Il n’y a pas que les éléments qui se déchaînent. Et je repense à Siméon le stylite, qui espérait qu’à rester ficher sans bouger le monde allait changer. Fuir ou rester. Que faire ? Nicolas est parti, d’autres s’en iront, les migrations sont le lot de l’humanité. Nous voilà avec une nouvelle question existentielle. Il y a bien des élections locales mais, cette année, je ne m’en soucie guère. Je redescends bientôt…

 

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Serait-ce le début ou la fin des sushis ?

 

Feuilles d’automne

Ainsi nous y voilà. Septembre s’invite. La couleur a changé, la température a baissé, d’un coup d’un seul. Le soleil se fait plus discret, plus bas déjà, le vent sans nom reprend du service, impertinent qui fait frissonner nos soirées. L’été en a fini de nous faire suer. Les fruits ont mûrir trop vite. Les mirabelles avant les figues, les raisins vendangés. La rentrée annoncée avant l’heure, et bientôt plus de changement d’heure en Europe. Chacun fera ce qui lui plaira sauf en matière de déficit budgétaire.  D’ailleurs, n’est-ce pas déjà le cas ? Les bateaux à la dérive ne trouvent aucun port où accoster. Qu’avons-nous fait de notre rêve européen ? Qu’avons-nous fait de notre volonté de sauver les hommes et la Terre d’un même élan. Manquerait plus que Nicolas Hulot démissionne… En vérité, je vous le dis, tout ça ne nous rendra pas le climat !

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Ainsi donc, comme prévu, l’été fut chaud, torride, terrible. Le plus chaud qu’on ait jamais connu sous nos latitudes, ni ailleurs non plus. L’été violent, celui des incendies après les inondations du printemps. Un été sans eau, un été sans ombre, un été sans air, comme un désert. Un été que l’étudiante n’est pas près d’oublier. Le mémoire, parfois appelé thesis en anglais ou ronbun en japonais dans le texte, a enfin été rédigé, relu et corrigé, imprimé, relié et déposé en heure et temps. Il parle de musique et de pièces anciennes, de gagaku, de kabuki et de koto revisité. Biwa n’est pas qu’un mot qui rapporte beaucoup de points quand il est bien placé au Scrabble©. Reste à présenter la défense, ou la soutenance selon qu’on est situé d’un côté ou l’autre la frontière. Exercice périlleux qu’elle se prépare à affronter, avant d’autres turbulences. Le comment du pourquoi de l’après qui viendra, on ne sait où, mais on y est déjà ! Nul ne peut dire si le ciel sera bleu ou gris pollué, assombri ou détrempé, empli d’espérances ou d’illusions.

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Délivrance et soulagement!
Où on voit bien que les pavés de la cour ont été parfaitement nettoyés, ainsi que l’endroit exact où j’ai chu au début du printemps gelé.